TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTESLIVRE/ Evguénie Sokolov, Serge Gainsbourg

Titre : Evguénie Sokolov

Auteur : Serge Gainsbourg

Date de sortie : 1980

Pays : France

Le livre en un tweet : « Un livre Petdagogique @Pr Flageoles, gastrologue à Castelnaudary » – « Un Guerre et Pets qui détonne #Tolstoï »

Commentaires : Evguénie Sokolov est le premier roman, « conte parabolique », de Serge Gainsbourg. Le personnage principal, Evguénie Sokolov est atteint d’un mal peu enviable, qui remporte assez peu de succès en société. En effet, il pète à outrance, émet des vents sismiques qui confondent ciel et terre.

« Déclaré champion toutes catégories l’on me surnomma l’Embaumeur, la Bombarde, le Canonnier, l’Artificier, l’Artilleur, le Baroudeur (…) Perlouse, j’en oublie certainement(…)»

Evguénie va alors se servir de ses effluves intestinales, de ses remous gastriques, afin d’exercer un art majeur : la peinture. Les vibrations que lui confèrent ses ouragans digestifs, donnent à son œuvre une touche bien particulière, comme un vent de folie, un vibrato bien à lui. Cette manière quasi « sismographique » d’esquisser ses plus belles œuvres gastro-intestinales, va faire d’Evguénie l’un des artistes les plus côtés du monde de l’hyper abstrait.

Peu à peu, le peintre gazéifié va apprendre à manier l’art du pet. Il va peaufiner sa pratique en adaptant savamment son alimentation en fonction de la force du vent souhaitée, tel un marin qui est à l’affut de la brise.

Bien sûr, la provocation est constante tout au long du récit. C’est un roman constipé, qui à chaque moment frôle l’explosion, l’éruption. Comme lorsque Evguénie raconte son aventure homosexuelle « Quant à mon aventure homosexuelle passive (…) j’expulsai tel un lance-roquettes le membre inquisiteur d’un pet magistral et définitif. » … Tout un programme qui infuse paisiblement au fil du récit.

« Je me procurai donc un mètre de tuyau de caoutchouc, pratiquai une incision dans la toile de mon masque à gaz et y introduisis l’une des extrémités du tube que je fixai ensuite avec du chatterton. Et après avoir enduit l’autre extrémité de vaseline, je me l’insinuai dans le fondement. »

Le roman est sombre, malgré les apparences festives et joyeuses que le bruit d’un pet ou d’un quelconque refoulement gastrique peut provoquer comme hilarité. La fin tragique et magistrale, clos nettement et d’une manière précise le récit. C’est un roman progressif, digestif, qui monte en puissance pour exploser à la fin.

On peut effectuer différentes lectures du roman. On peut tout simplement le prendre au premier degré, apprécier le style fin à la Gainsbourg qui permet d’être monstrueusement proche de la réalité tout en restant délicat. C’est une chanson d’une centaine de pages qui s’offre au lecteur, les pets rythmant les mots. On peut tout aussi bien y voir une critique de l’art, ou plutôt de ce qu’est devenu l’art avec tous les excès et les aberrations que l’on peut rencontrer. Le style provocateur de Serge Gainsbourg en fait un roman truculent, on reconnaît tout de suite sa « patte », en cela il s’agit de littérature.

 Contexte : En 1980, Serge Gainsbourg est une star de la chanson française. Il vient de faire Aux armes et caetera, il est dans sa période provoc’.  Il est déjà auteur, compositeur, chanteur, photographe et metteur en scène, ne lui manquait plus qu’à écrire un livre.

Le roman est assez mal reçu. Jugé trop vulgaire, outrancier, Evguénie Sokolov ne plaît pas à grand nombre de personnes. D’autres y voient une critique de l’art assez fine et une description réaliste du « fin fond » de l’Homme dans sa laideur. Un roman qui divise est en principe un roman qui vaut le coup d’œil.

Pages dispensables : Certains passages sont un peu lourds. Le méthane monte à la tête et constipe les méninges. Le style « chirurgical » avec lequel S. Gainsbourg décrit le pet est un peu gros.

Pages indispensables : La fin tragique d’Evguénie Sokolov, qui décide de se suicider à l’aide de ses gaz et tant d’autres …

Il aurait pu rendre jaloux : Les producteurs de pruneaux de la ville d’Agen. C’est une ode à la constipation.

Morale : Pet à son âme.

Ce qu’en diront les autres : « Il y a de l’orage dans l’air / Il y a de l’eau dans le gaz / Entre le jazz et la java » Claude Nougaro.

Avis du conseil : Avis aux âmes sensibles, changez de route, la piste est boueuse, glissante par certains endroits.

Suite logique :Écouter Serge Gainsbourg, entrer dans son univers ou alors lire un traité de médecine sur les gaz intestinaux si vous désirez approfondir le sujet ( Les secrets de l’intestin : filtre de notre corps, Louis Berthelot et Jacqueline Warnet-Belleval).

Pourcentage : 80%

 

Article rédigé par Yoann Solirenne

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