TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESLes ancêtres des superhéros. De Hercule à Superman.

Cet article a été publié il y a 10 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Si les scénaristes de DC Comics ont pu mettre au point Batman et Green Lantern, ce n’est pas seulement par le fait d’injections répétées de mescaline. Sans remettre en cause leur origine partiellement psychotrope, les superhéros dénichent leurs ancêtres dans des époques tout de même plus reculées que les crisiques années 1930. Mais certainement que les prototypes les plus ressemblants commençent à enfiler leur masque au détour de cette décade-butoir, qui marque l’effervescence des Comics. Le Fantôme de Lee Falk, en 1935, entame la marche. Pour autant, brosser une généalogie prolongée a paru plus pertinent, tant de patents liens de parentés semblent se tisser entre les héros de l’Antiquité et nos superhéros modernes. Une histoire de chaînons manquants. 

 

Trivialement, il y a césure entre héros ordinaire et superhéros. Comme si le préfixe « super » inoculait à son porteur un extra-statut. Car, pour esquisser une définition, si le héros fait acte de bravoure face à une situation difficile et généralement à l’encontre d’un adversaire, le superhéros, de son côté, révèle plutôt des abilités extra-ordinaires innées ou acquises, et qu’il dirige au service de sa tâche en aborant une bonne dose de mascara et de tissus derrière lesquels on débusque, à l’accoutumée, les traits d’un homme ordinaires menant un double jeu.

 

Antiquité

Des avatars accomplissant des exploits surhumains se dégagent dès les récits mythologiques. Les dieux païens de la Grèce Antique sont doués de pouvoirs exceptionnels. Hercule, demi-dieu de la mythologie gréco-romaine, devient, dans la réalisation de ses douze travaux, un personnage héroïque de fiction. Doté d’une force anormale, il revêt une forme primitive de super-pouvoir.

De son côté, l’épopée homérique met en scène, dans l’Illiade puis dans l’Odyssée, des hommes qui n’ont rien d’autre que leur chair pour se débattre dans leur monde qui réclame des efforts surhumains.  Achille de l’Illiade a sans doute des prédispositions, du fait de son invulnérabilité qui provient d’une trempette dans le fleuve magique de Styx. Au surplus, sa légendaire talalgie fait irrémédiablement penser à la vulnérabilité de Superman à l’égard de la kryptonite. Par contre, dans l’OdysséeUlysse — plus attachant puisque transfiguré par Joyce dans le (génial) bouquin éponyme — garde cette qualité d’humain dénué de facultés particulières. Il est un individu résistant. On retrouve les germes de notre définition liminaire.

 


Ulysse aguiché par les sirènes d’Homère

 

Âge médiéval

Les légendes médiévales fournissent des exemples à foison. Tout ce qui orbite autour du druidisme et de la sorcellerie peut s’apparenter à une perfusion de pouvoirs a posteriori ; les origines peuvent se creuser par là. Panoramix, on connaît, mais il y en a d’autres : Diviciacos figure au rang des druides historiques ; Cathbad est au pinacle de la mythologie celtique ; Merlin est un enchanteur proche du druide. (Saluons, au passage, le mouvement néo-druidique contemporain). Toutefois, c’est surtout sur le Roi Arthur qu’il paraît palpitant de lorgner. Doté d’une épée magique, il détient, par là, un équipement spécial archaïque. Un peu à la façon de Valkyrie dans les Marvel Comics. À noter que tout cela tourne dans le bon sens parce qu’Arthur est élu, sélectionné par les dieux — à la façon de Neo dans la Matrice. L’élection, comme au suffrage universel (ah, ah), lui transvase des capacités inédites.

 


Panoramix préparant de la dopamine archaïque

 

On le voit : l’Antiquité et l’Âge médiéval recèlent de personnages superhéroïsant, souvent prototypaux, qui, à l’examen, forment les figures de proue de la généalogie qui nous intéresse. Super-pouvoirs innés, abilités acquises, attributs fortifiants : dès le Moyen-Âge, les jalons sont posés.

 

Époque moderne

Typiquement, le superhéros est au service d’une cause : il délivre donc une certaine vision de la justice. Le Don Quichotte de Cervantès trifouille de ce côté dès le XVIIe siècle en volant au secours des opprimés. De même, Etienne Lantier de Germinal dénonce l’injustice de classe en prenant la tête d’un mouvement ouvrier ravageur. Il gagne son statut de héros littéraire en côtoyant et défendant les victimes de l’injustice. Scrutant du côté de chez Hugo, on peut retenir la figure de Jean Valjean, parmi Les Misérables, pourvu, lui aussi, d’une force exceptionnelle.

Bien entendu, l’idée de surhumanité se profile dans les lignes du Zarathoustra de Nietzsche, qui prophétise tant le dernier homme que le surhomme, bien que l’idée prenne plutôt la direction de la métaphysique que celle de la biologie — n’en déplaise aux idéologues nazis. Même combat, d’ailleurs, pour Edmond Dantès dans l’histoire du Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas père, qui répond à une approche du héros surhumain.

Partant, l’image du héros-justicier s’empare largement de la littérature et de la philosophie bien avant qu’elle n’intéresse les Comics. Il y a aussi, à l’arrière-fond, des considérations morales, juridiques, sociales. C’est bien là un ensemble de conceptions porté par Superman qui dépeint, en fait, sa propre dichotomie du bien et du mal. C’est à ce titre qu’Umberto Eco, dans De Superman au Surhomme, rattache les super-pouvoirs à l’ordre politique en place et qui lui sont tout dévoués.

Une tracabilité indéniable, donc.

Cet article a été publié il y a 10 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Paul Conge

Rédac' chef du webzine. Je promène mon objectif du côté des minorités, des dérives policières et des anars de tout poil.

(A)parté pas si vite !

Museum de Toulouse : une expo consacrée aux «Magies et sorcelleries»

Cet article a été publié il y a 1 an. Il commence à dater mais …