TEMPS DE LECTURE : 10 MINUTESEn Aparté avec… Gilles Peterson

Grâce à la webradio Good Morning Toulouse (GMT), Aparté.com vous présente Gilles Peterson, l’animateur radio et DJ à l’origine du Worldwide Festival qui était l’invité de La Petite début novembre dernier. Rencontre autour de Cuba, du magret de canard et de l’avenir de la radio.

©Lapetite.fr

Aparté.com: Comment ont-ils vécu Mala Cuba (ndlr : Projet pour lequel Gilles Peterson à travaillé avec le DJ dubstep Mala après un voyage à La Havane) ?

Gilles Peterson: Ah ça je sais pas. J’ai vraiment hâte de le voir parce que quand tu vas à Cuba tu sens que c’est tellement différent d’ici. C’est un monde de fort contact avec les gens. Nous on est allé là-bas, on est entré en contact avec beaucoup de musiciens et puis on a terminé dans un studio. Maintenant on a une version de notre impression de Cuba. Avec Mala, ce qui était très bien, c’est qu’on est resté un peu de temps et puis on a fait des soirées là-bas. C’est avec lui qu’on a fait les premières soirées dubstep là-bas disons. Et puis j’y ai trouvé une petite scène électronique, qui jouait plutôt Ricardo Villalobos tout ce son plutôt européen, berlinois, il y avait un petit peu de ça. J’ai senti alors, qu’il y avait quelque chose, il y avait des gens qui voyageaient hors de Cuba, qui comprenaient la scène, les Djs. Alors quand on a amené Mala, on a fait des soirées, c’était énorme. La 3e fois qu’il est venu il y avait 2000 personnes. Maintenant j’ai envie d’envoyer genre 20 000 albums là-bas, de les leur donner tous parce qu’on peut pas vendre les disques là-bas. C’est juste important qu’on puisse le faire entendre aux radios là-bas, je suis sûr que ça va avoir un grand impact. Parce qu’il y a vraiment une scène là-bas. Il y a le reggeaton qui est pas trop intéressant comme son, mais d’un autre côté les Djs comme Diplo ils ont quand même pris. Puis les groupes de Puerto Rico, ils ont pris des éléments de reggeaton, ils ont fait des trucs intéressants avec ça. Je pense qu’avec Mala c’est la même chose: ils vont faire des fusions, ils vont comprendre d’où vient la musique de Mala et puis ce sera très intéressant à voir. Je suis très fier de cet album.

Est-ce que tu sens que maintenant tu as une responsabilité par rapport aux nouvelles générations musicales ? Est-ce que tu sens que maintenant ils te considèrent un peu comme un papa ?

Oui d’un certain côté. Du moment que je suis passionné par la musique, j’essaye bien sûr d’aider les jeunes à comprendre la musique, de les encourager. Je sens qu’il y a des gens qui font de la musique qui est mieux que la moyenne, ou qu’il y a beaucoup de potentiel, là j’essaye de les aider bien sûr et puis de les supporter parce qu’ils ont besoin de ça au début. Puis je pense que ça se voit maintenant avec le Worldwide, même tous les groupes comme Joy Orbison qui était là, ou Mala, ou les groupes avant comme Rony Size. Ces groupes-là, à ma petite manière, de mon côté de la scène, j’ai pu un petit peu faire comprendre à d’autres gens qui ils étaient. Du moment que la musique est forte et que je suis passionné, je vais continuer à faire ça. Mais je sens pas une responsabilité, moi je suis seulement « I wanna have fun », je suis excité par la musique. Une des choses pour lesquelles je pense avoir certainement le plus de talent c’est notamment en communication avec la radio et puis avec les trucs que je fais comme DJ. Je peux vraiment dire « c’est bien ça ». Quand j’avais 15 ans dans une boîte, je me suis dit : «ça c’est tout ce que je veux faire dans la vie». C’est d’introduire plus de monde à ces gens-là, à cette musique-là. On retourne au jazz, tu sais si je peux introduire Love Supreme de John Coltrane à des jeunes de 13 ans ou de 15 ans alors je fais un bon boulot.

Est-ce que tu penses que l’inverse est en train de se passer ? Est-ce que tu penses que la scène jazz a appris à s’ouvrir, à être moins élitiste, moins rigide et s’est ouverte à l’électro ?

C’est tellement différent. Le jazz, c’est très indépendant, je pense qu’il y a certainement des gens dans le jazz qui ne veulent pas, qui veulent que ça soit juste une petite scène juste pour eux. Mais ces jours-ci, par exemple il y a un pianiste, David Virelles, qui joue avec un pianiste cubain, super avant-garde. C’est très free-jazz et tout ça. Il voulait que je mixe à sa soirée à New-York. Y a des musiciens dans la scène jazz qui sont très ouverts. La nouvelle génération, ils veulent entrer. Ils comprennent d’où je viens. Et puis la vieille génération, eux ils sont super heureux parce qu’ils n’ont pas de travail. Alors finalement on leur donne du travail, on les invite. Par exemple y a deux ans on a invité un groupe qui s’appelle The Pyramids à jouer au Worldwide à Sètes. C’est un groupe qui vient de San Francisco. Du jazz très spirituel, très pyramide et tout ça. On les a fait jouer, ils étaient incroyables, et ils ont signé. Flying Lotus voulait les signer sur Brainfeeder. Finalement, ils ont signé avec un label électronique de Berlin. C’est super quand on voit ça. Ils sont tous très heureux qu’il y ait une scène en Angleterre et puis partout autour du monde qui les reconnaisse, même 20 ans plus tard.

Par rapport au festival actuel, comment est décidée la programmation quand on est invité par une structure qui a son identité propre ?

Je travaille avec Yvan du Worldwide, on discute et puis il me dit. On voit qui peut venir, quel est le budget et comment on peut faire marcher ça. Je suis super excité parce que dimanche vous avez Lucas Santana qui va être ici. Et puis ce soir y a Ame. Il y avait Souleance, Joy Orbison… Il y a tellement de choix, heureusement c’est pas trop difficile de faire une bonne sélection. C’est comme si c’était Noël, on est dans un magasin de jouets et puis on cherche.

Vous aviez une liberté totale ?

Oh ouais ouais. Sauf deux, trois qui sont trop chers mais…

Une petite question sur la radio étant donné votre expérience : Comment vous voyez le futur de la radio ? Est ce que le futur de la radio c’est la webradio ? Est ce que c’est autre chose ?

C’est un petit peu tout je pense. Par exemple j’étais à Boiler Room TV dernièrement. C’est la télévision Internet, c’est un programme toutes les semaines, c’est juste une boîte, ils présentent les DJ et les lives, et puis les gens ils sont à table à la maison en train de regarder mais ils ne vont au club. C’est genre club à la maison. C’est vraiment bien choisi. Hier soir il y avait James Lavelle. La semaine dernière y avait Four Tet et Caribou. C’est pas cher, c’est relax et ça marche très bien. D’un autre côté y a les stations – de radio. La semaine dernière j’étais à New-York , j’ai fait de la radio. C’était un peu comme une autre station à Londres qui s’appelle NTS, ce sont des stations simplement internet. Ils commencent à avoir des énormes écoutes parce que les gens sentent que c’est quelque chose qu’ils ne peuvent pas trouver ailleurs. Maintenant il y a tellement de choix, je pense que c’est une bonne chose. Il y a certainement moins de monde sur chaque station mais maintenant tu peux trouver tout ce que tu veux. Et puis je pense que c’est vraiment à la station de radio d’être… Il y a plus de compétition maintenant. Et ça c’est une bonne chose.

Tu as mangé du magret de canard ?

Oui, mais pas ce soir.

Parce que c’est la spécialité ici.

[Rires] Ah oui, oui, non pas aujourd’hui. C’est ma faute, je me suis endormi. Excusez moi je suis arrivé tard ce soir, je devais être ici à 19h. C’est bien il y a du monde au moins, on va pouvoir faire la fête ensemble ce soir.

Quels sont vos prochains projets ? Vous allez continuer à explorer le son en Amérique Latine ? Continuer à aller dans d’autres pays plus au Sud, au Brésil peut être  ?

Oui, au Brésil certainement. Je vais peut être faire un truc au Pérou avec Mala. C’est un pays assez intéressant parce que c’est à côté de la Colombie, il y a beaucoup de musique mais les gens ne connaissent pas très bien. C’est un petit peu la bouffe et puis la musique, c’est pas connu autour du monde alors qu’il y a un très très haut niveau. Mais le Brésil c’est sûr. Là je vais faire un projet avec un grand musicien brésilien. Je peux pas vous dire son nom. On va faire un petit truc, un peu la même chose qu’à Cuba avec les vieux et les jeunes. Faire un album assez conceptuel. Bien sûr le Brésil c’est très intéressant parce qu’il y a la Coupe du Monde, il y a les Jeux Olympiques et puis la musique. Les gens découvrent toujours le Brésil. Il y a un son contemporain, c’est vraiment très musique là-bas, c’est pas juste la Bossa Nova! Cette année il y a de supers albums. Toute la musique du nord du Brésil. Je veux vraiment passer du temps là-bas.

Sinon je viens de faire une compile Black Jazz c’est un truc avec un vieux label Black Jazz qui vient de sortir aux USA. Je vais faire une nouvelle compile sur mon label qui s’appelle Brownswood Bubblers. On fait le festival Worldwide, l’édition d’hiver au mois de mars, l’année prochaine.

Puis je vais courir dans le marathon de Londres au mois d’Avril. Et j’ai ma charité que j’ai commencé y a un an qui s’appelle le Steve Reid Foundation. C’est un batteur de jazz qui est mort il y a deux ans. J’avais passé beaucoup de temps avec lui. Il avait travaillé avec Four Tet, avec John Coltrane, tous ces gens-là. Quand il est mort, j’ai senti qu’il n’y avait aucun soutien aux USA pour la santé. J’ai senti qu’il y avait trop de musiciens, d’héritage qui finissait mal. Je travaille avec The musicians benevolent fund, c’est une organisation anglaise qui travaille avec les musiciens. Là avec des artistes on a fait une association qui s’appelle donc Steve Reid Foundation, on fait des trucs déjà. Par exemple la semaine dernière avec ce qui s’est passé aux USA, à New-York on a donné 1000 £ à un groupe de musiciens qui s’occupe des musiciens de jazz. C’est un peu une manière de soutenir une génération très importante et d’un autre côté c’est aussi pour l’éduquer. C’est quelque chose qui est très jeune mais qu’on va développer à fond.

Article rédigé par Victoria Bach

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