TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESChronique #1: « Direcciόn Argentina »

Ce que je vais raconter au cours de cette chronique tient son origine dans une idée tout à fait fantasmagorique. Mais commençons par le commencement, et ce par une question totalement fondamentale : Est ce que vous auriez imaginé partir en Argentine en stop ?

©Florian bardou

Pour ma part, je me serais contentée d’une solution somme toute classique, l’avion. Mais il faut croire que certains laissent à leur imagination le soin de programmer leurs projets.

Mais nous, Toulousains, nous sommes sous la pluie (si, souvent), les arbres perdent leurs feuilles et les étudiants se plongent à contrecœur dans d’éphémères, bien qu’intenses, révisions. . . Ce que je vous propose alors est une échappée ; la main vissée sur le front, protégeant le regard des reflets du soleil sur la mer bleuté : un regard vers un ailleurs plus exotique.

Une question  nous brûle la langue : comment une telle idée argentine germe dans l’esprit d’une jeune toulousaine ? Non, ce n’est pas sur un coup de tête que l’on décide tout à coup de prendre le large. Isis me raconte qu’elle ne trouve plus assez de motivation à suivre les cours à l’université. Au contraire, la possibilité d’apprendre par soi-même, et d’une autre façon, lui donne envie. En mobilité pendant un an à Grenade pour des études de sociologie, elle se met à l’espagnol. Cette expérience lui donne une envie irrépressible de découvertes, et plus exactement vers des lointains hispaniques.

Or, quand Isis part à l’aventure, elle ne fait pas semblant. Même si elle me confie que ses choix de locomotion sont aussi motivés par des raisons économiques, elle apprécie ces manières de voyager « un peu alternatif : le CouchSurfing (service d’hébergement temporaire de personne à personne), covoiturage, auto-stop… ».

Mais le mieux encore, c’est de l’écouter raconter : « La première fois que j’ai entendu parler du bateau-stop, c’est sur une plage déserte des côtes hispaniques avec un hippie aux allures de Jack Sparrow qui avait rencontré une fille qui voyageait comme ça. Je me suis renseignée sur les voiliers, cargos, ferry et autres transports maritimes, sur les saisons de traversées, sur les compétences nécessaires (moi qui suis montée seulement une ou deux fois sur un bateau) et je suis partie. ».

Motivations et informations : check. Mais côté programme, est-ce qu’elle compte se laisser porter par le vent côtier ?  « Le plan, pour l’instant, c’est d’aller en Amérique du Sud et le petit défi c’est d’y aller sans avion, pas par peur (tout le monde me demande ça), mais par envie de voyager autrement, de prendre conscience des distances qu’on parcourt (la traversée en bateau c’est trois semaines) et découvrir un autre monde que je ne connais pas du tout : la mer ! Je suis partie en stop de Toulouse, j’ai traversé l’Espagne en bus, covoiturage et stop et la suite devrait se faire en bateau, mais ce n’est pas chose facile, alors si un bateau part pour les Antilles, j’irais aux Antilles et s’il va au Brésil, j’irais au Brésil ; d’où la nécessité de ne pas se fixer un objectif trop précis. Après, dans l’idéal, je veux faire l’Argentine, le Brésil, le Pérou, la Colombie (et puis la Bolivie, le Chili, le Guatemala, le Mexique : bref, toute opportunité se présentant!) Avec qui ? Pour l’instant je suis toute seule, ou sur de courte durée je rencontre des compagnons de voyage. Après j’ai prévu de retrouver des amis en Amérique du sud pour voyager ou vivre un peu du côté de chez eux! ».

Cadiz - Andalousie, port historique vers l'Amérique du Sud - ©Florian Bardou

Au moment où elle me répond, elle est à Cadiz, une ville portuaire d’Andalousie. Dans une auberge de jeunesse, elle échange quelques heures de travail pour un lit et quelques vivres. A travers ses balades, elle se met en quête d’un navire en direction des Îles Canaries, carrefour où se retrouvent les voiliers en direction du continent américain. Mais elle garde les pieds sur terre, et préfère ne pas laisser ses attentes gâcher les agréables surprises qui parsèment son voyage. Elle se sait chanceuse : l’auto-stop a fonctionné jusqu’à bon port, et pourtant ce n’est pas le pays le plus réputé pour ce mode de transport. Là-bas une pancarte n’est quasi d’aucune utilité : « Il faut parler, négocier, faire rire, et là en général les stations services sont très utiles ; bref, donner envie aux gens de passer un bout de chemin avec toi. Pendant un moment, j’avais ma pancarte Buenos Aires et ça leur plaisait ! ». Par contre, « Les ports, c’est autre chose. C’est vraiment un autre monde et on ne voit pas d’un bon œil qu’une gamine de 21 ans veuille s’embarquer dans un tel projet. On me prend un peu pour une folle, mais il y a des côtés positifs, parce que les marins sont un peu impressionnés. Alors après quelques explications et négociations, ils finissent généralement par m’aider. »

Isis est aujourd’hui partie de Cadiz. Elle a réussi à dénicher une embarcation pour les îles Canaries. Mais une fois à terre, elle saute dans un voilier qui l’emmène à Cabo Verde, îles situées à l’ouest de la Mauritanie et de là monte à bord d’un nouveau voilier, direction : Brésil.

Dès qu’elle débarque sur les terres du Nouveau Monde, je vous promets la suite de son aventure.  D’ici là, soyez sérieux et couvrez vous bien.

Pour plus d’images et d’anecdotes: http://montastrucbuenosaires.wordpress.com/2012/10/09/88/

Article rédigé par sophier

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