TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTESLIVRE/ Demande à la poussière, John Fante

Cet article a été publié il y a 10 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

 Titre : Demande à la poussière (Ask the dust)

Auteur : John Fante

Date de sortie : 1939

Pays : Etats-Unis

Le livre en un tweet : « Quand la littérature et les femmes se réconcilient dans la poussière. #demandeàlapoussière »

Commentaires :

Fantasmer sur ses perspectives d’écrivain, c’est l’apanage de tous les scribouillards. Mais personne ne le fait comme Fante.

« Arturo Bandini, romancier. Gagne largement sa vie en écrivant des nouvelles. Écrit un livre à présent. Un livre formidable. Avis délirants, avant publication : prose remarquable. Rien vu de comparable depuis Joyce. »

Bandini, son autre-moi autobiographique, brossé de bout en bout dans un style oralisant impeccable, émaille Demande à la poussière d’une mise en scène de lui-même, d’une projection d’un soi devenu tout à coup fascinant pour la littérature planétaire, lu dans tous les coins, adulé par la critique, alors que son orgueil, réellement, n’a que quelques fragilités pour s’appesantir.

Car, dans le monde palpable de Demande à la poussière, Bandini, trop sensible, « trop esthète » comme il dit, publie rarement, n’a pas franchement de succès, mais la moindre annonce de publication lui est orgasmique. Il gagne des clopinettes par intermittence, et, dans le fantasme du succès, prodigue, il dépense suivant les circonstances, si bien qu’il dilapide son porte-monnaie en rarement plus d’une journée. Pataud avec les femmes, maladroit avec la plume — deux choses qui paraissent très liées, du reste — Bandini vit bien mieux dans le fantasme, inadapté endurci à la réalité. Son univers est fiction.

En-deçà de la recherche de prestige, Bandini recherche l’inspiration. Tout transparaît dans un tas de chouettes monologues, en vue interne : ce qui l’inspire, largement, ce sont les femmes ; témoins: la prostituée dont il essaie bien plus de pénétrer l’âme que les orifices, l’obsession pour Camillia, serveuse mexicaine inexpugnable qui devient caricaturale des pratiques américaines tant elle cherche à s’intégrer, avec laquelle, d’ailleurs, s’installe un jeu de nationalités, et, last but not least, le regain d’inspiration par Vera. Point fondamental, car, une fois Vera hapée par Bandini, la terre tremble. Des morts de partout, un déluge de poussière. Et sourd l’inspiration pour son roman. Il lui suffisait de demander à la poussière.

« J’ai vomi leurs journaux, j’ai lu leur littérature, observé leurs coutumes, mangé leur nourriture, désiré leurs femmes et visité leur musée. Mais je suis pauvre et mon nom se termine par une voyelle, alors ils me haïssent, moi et mon père et le père de mon père, et ils n’aimeraient rien tant que de me faire la peau et m’humilier encore, mais à présent ils sont vieux, en train de crever au soleil et au milieu de la rue, en pleine chaleur, en pleine poussière… »

 Contexte : Fante, torturé dans sa jeune tête, s’est réfugié en 1938 pendant quelques mois au motel, où il expérimente la vie, par les femmes, et par la littérature. Fol instant d’inspiration très évocateur pour Fante. Dans Demande à la poussière, il dépeint ses premiers pas d’écrivain un peu miséreux, quoique très ambitieux. Tout cela marque les débuts de Bandini, son alter-égo qui ne le quittera plus.

Pages indispensables : Les scènes où Bandini, cherchant à draguer la serveuse Camilia, tombe dans des sommets d’arrogance.

Il aurait pu rendre jaloux : Oublions le conditionnel : Charles Bukowski, qui le revendique comme une influence majeure. Se mouvant en littérature avec son alter-égo Henri Chinaski largement inspiré par Bandini, Bukowski a toujours discerné en Fante le modèle d’une écriture composée avec les tripes étalées au grand air. Voir le Journal d’un vieux dégueulasse ou Au Sud de nulle part.


Charles Bukowksi

Morale : Quand il n’y a pas d’inspiration, il faut faire trembler la terre, simplement.

Ce qu’en diront les autres : On découvre dans Demande à la poussière une bourrasque littéraire qui conte les aventures d’Arturo Bandini, Rital du Colorado. Dans la lignée de Faulkner, et avant Charles Bukowski ou Jim Harrison, Fante ouvre une piste balayée par les poussières chères à l’Ouest sauvage. (Télérama)

Avis du conseil : À dépoussiérer d’urgence.

Suite logique : Le reste de la trilogie: La route de Los Angeles et Bandini.

Pourcentage : 83%

 

 

Cet article a été publié il y a 10 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Paul Conge

Rédac' chef du webzine. Je promène mon objectif du côté des minorités, des dérives policières et des anars de tout poil.

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