TEMPS DE LECTURE : 2 MINUTESFILM/ Quelques heures de Printemps

Les tensions se dissolvent-elles dans la mort ? En filigrane du dernier film de Stéphane Brizé, cette question résonne lourdement dans les choix narratifs et esthétiques implémentés par Quelques heures de printemps.

Alain, routard basico-basique débordant d’animosité, et ayant dernièrement terminé un petit séjour carcéral pour une obscure affaire de drogue, est contraint de réinvestir le domicile familial. Son caractère colérique, balisé par des silences longuets et une tendance pulsionnelle à l’énervement, est télescopé par la sobriété de sa mère qui survit, tant bien que mal, au retour de son fils de 48 ans qui piétine pour dénicher un emploi. Le film se construit autour de leur relation turbulente, au milieu de laquelle,  le voisin, attachant quoique vide et simplet, sert de tampon. 

Sans doute que le grief dominant à apposer au film est celui qui saute aux yeux dès les premiers instants. Car, c’était prévisible, de manière à surligner une profondeur dramatique qui cherche à émerger d’une superposition d’éléments lourdingue, Brizé déploie une pelote de ficelles effilées jusqu’au dernier poil. Focalisation sur l’instant fort, absence de transitions, plans grossis et prolongés, silences bêtes et béats, dialogues épurés, langage ordinaire, petits gestes et regards prétendument profonds qui ne racontent rien, déculpabilisation du personnage central d’ailleurs viscéralement pulsionnel, avec, en appui, un relief thématique qui gravite autour de la maladie et du pétage de plomb régulier… on sait donc bien que l’on vogue vers le drame.

Et toutes ces postures rebattues débouchent sur une banalité terrible. Les personnages s’abîment les uns après les autres dans le stéréotype. On ne nous donne à voir, en dernier lieu, qu’un quotidien froid, chiatique et boursouflé de frictions primaires sur lequel personne n’a vraiment envie de s’attarder. Pathos pas trop insistant, certes, mais l’uniformité des plans et le déroulement des ficelles courues d’avance s’essaient à cuisiner une mayonnaise contemplative qui ne prend pas.

Musicalement, il faut bien concéder que le film a quelque chose d’éthéré. Néanmoins, bien qu’émaillée d’une ligne de violons sanglotants à touche longue — en tonalité mineure —, la bande originale n’est pas sans rappeler les sonorités de Mihaly Vig pour Béla Tarr. Coïncidence assez frappante, voyez l’extrait de Werckmeister harmonies.

Mais n’est pas Béla Tarr qui veut. Là où mon réalisateur hongrois bien-aimé réussit, par une très fine esthétique en noir et blanc, à installer un cinéma propre et mélancolique comme du papier à musique, Brizé ne parvient qu’à émettre qu’un signal morose. Et la vraie question, en définitive, est celle-ci : va-t-on au cinéma pour contempler la morosité de tous les jours ?

Article rédigé par Paul Conge

Rédac' chef du webzine. Je promène mon objectif du côté des minorités, des dérives policières et des anars de tout poil.

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