TEMPS DE LECTURE : 3 MINUTESFILM/ Le Capital, Costa-Gavras

Cet article a été publié il y a 10 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Énième dévoilement d’une oligarchie véreuse flottant au pinacle des marchés financiers, Le Capital dégaine une intrigue proto-crisique qui vient se loger parmi les premières frictions annonciatrices de l’apocalypse bancaire que l’on sait. Slalomant entre les stéréotypes, parfois avec brio, tantôt en fonçant dessus les yeux bandés — car c’est un art difficile que de reprendre un sujet aussi effilé —, le fil emprunte une signalétique tout de même plus fine qu’à l’accoutumée. Commentaires. 

Improbable mais vrai, Gad Elmaleh est dévêtu de ses hardes d’amuseur public pour endosser, costume trois pièces et polygamie inclus, le rôle de président de la Phoenix Bank. Choix d’affiche inattendu mais pas moins assumé par Costa-Gavras qui s’attelle à « sortir les acteurs de leur routine », confie-t-il lors de l’avant-première au Gaumont Toulouse. 

Par là « rendu sympathique » — mais débridé quand même —, Gad Elmaleh, alias Marc Tourneuil, nouvellement commis, tente de grimper dans l’estime des agents du vase-clos financier, théâtre de relations houleuses au sein duquel les uns et les autres concoctent des stratégies destinées à le dégommer de sa place au sommet. À l’épicentre de personnages qui « ne connaissent le monde que par des chiffres et des graphiques », un lot de coups bas l’attend. 

Et il s’immisce, humain encore, dans un environnement rutilant et psychoactif qui participe à étioler son humanité pour de bon. 

 

Fil blanc

Entre un incipit grotesque et une clausule immonde, le film régurgite les postures usuelles : classes sociales clivantes, dématérialisation, déshumanisation (même les cadeaux aux petits éphèbes sont déshumanisés, rendez compte), l’argent ne dort jamais, et consorts.

Si la narration est un peu cousue de fil blanc (avec des gyrophares cinématographiques qui hurlent à chaque bifurcation), Le Capital introduit un certain indice de truculence bienvenu par, notamment, l’illustration de la causalité entre pouvoir et crise sur les marchés. « La crise que tu as créée est un vieux truc pour asseoir son pouvoir », balance un acolyte.

Sauvé également par la prestation louable de la charmante Céline Sallette, Le Capital esquisse, autour de Marc Tourneuil, un triangle de désir inattendu (Natacha Régnier, Céline Sallette, Liya Kebede) et dont les segments s’ajustent à ses évolutions et obsessions, jusqu’à se défaire en dernier souffle. La complexité des rapports entre les grandes têtes aux commandes, qui nous épargne une perspective monolithique (mais pas dénuée de clichés) sur la finance, est également à saluer. Plus mitigé, en revanche, sur les interventions hors-jeu de Gad Elmaleh comme narrateur omniscient, qui ne brillent pas par leur finesse. 

 

 

Nihilo

L’évolution de Marc Tourneuil le déleste au fur et à mesure de ses critères moraux. Fidélité, intégrité, loyauté, s’oblitèrent basiquement derrière son inclinaison à grossir son aire d’influence et ses avoirs sonnants et trébuchants. Encore que le pouvoir n’est qu’un champ de possible vivement corrélé à l’argent, qui, tout bien pesé, constitue l’incontournable valeur derrière laquelle tous les spéculateurs en jeu courent à grosses enjambées.

Mais l’argent n’est pas une valeur en soi (car c’est un médium froid), surtout une fois dématérialisé : il s’agit, au bout du bout, d’une coquille vide. Cette volonté de coquille vide décline d’une volonté de néant. Se développe, chez Marc et les autres, un nihilisme dégoulinant, inoculé dans tous les cloaques de la pyramide oligarchique par l’immoralité ambiante et la dévaluation de tout le reste. Tout ça n’est, en dernière mesure, qu’un jeu d’enfant puéril — c’est la conclusion de l’épilogue —, vide, et destructeur. 

À zieuter pour la patte de Costa-Gavras.

Cet article a été publié il y a 10 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Paul Conge

Rédac' chef du webzine. Je promène mon objectif du côté des minorités, des dérives policières et des anars de tout poil.

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