TEMPS DE LECTURE : 13 MINUTESEn aparté avec… Willy Rovelli

Depuis maintenant plusieurs années, Willy Rovelli est devenu l’une des voix incontournables de la station Europe 1. Il nous a d’abord fait rire chaque semaine dans « Samedi Roumanoff », et depuis maintenant plus d’un an, il officie dans la nouvelle émission quotidienne de Michel Drucker : « Faites entrer l’invité ». Mais la maison bleue de la rue François 1er ne pouvait contenir à elle seule un être aussi sur-vitaminé. Sous l’impulsion d’Anne Roumanoff, Willy a franchi le pas, et  depuis de nombreux mois il défend sur les routes son premier spectacle « Willy en Grand ». Grâce à ce projet, l’humoriste a su se créer un public, son public. La presse comme les spectateurs sont unanimes : Willy est une bête de scène ! Si tout le monde est dithyrambique, Willy ne considère pas que tout est acquis et travaille dur pour que le rêve se perpétue. Parallèlement à ces activités, et comme si cela ne suffisait pas, la complicité entre l’humoriste et la dame en rouge donnera même naissance à un programme court sur France 2 : « Roumanoff et les Garçons ». De passage au théâtre « La Comédie » à Toulouse, Willy Rovelli a accepté de s’entretenir avec Aparté, afin de parler avec nous de son quotidien.

© Gaëtan Ducroq

Aparté : Je sais que tu es anxieux par nature, pas trop stressé par cette première date de la rentrée ?

Willy Rovelli : Je ne suis jamais très tranquille quand je rentre sur scène, ou même quand je fais mes chroniques à la radio,  je suis toujours un peu inquiet. Je suis un peu tendu sans avoir le trac qui  paralyse, c’est plutôt celui qui stimule. Je préfère l’avoir, car j’ai déjà joué deux-trois fois sans et j’étais pas bon. Je préfère avoir peur et me sentir un peu en danger.

Tu es quand même en confiance non ? « Willy en Grand » a été joué dans plusieurs salles depuis des mois !

Ça fait un an mais je ne l’ai pas autant joué que ça. Si je l’ai joué, mais je n’ai pas non plus fait plein de dates. Comme je n’en suis pas pleinement satisfait je fais souvent des changements. Ce soir je vais tester plusieurs nouvelles choses. Quand j’ai répété dans ma chambre c’était très drôle. (rires)

Peux tu nous parler de la genèse de ton spectacle ? Comment as-tu décidé de franchir le pas et d’affronter la scène ?

C’est Anne Roumanoff qui m’a mis un peu un coup de pied au cul. J’avais fait un test il y a trois ans, j’avais fait quelques sketchs comme ça mais ça n’allait pas. Je ne savais pas trop pourquoi. Quand je l’ai rencontré en 2009 pour la radio elle m’a un peu poussé en me donnant des conseils qui se sont avérés très justes. Elle a été un peu un coach mental pour me forcer à y aller. J’avais très peur car nous sommes nombreux à faire du « one man show ». Je me suis demandé ce que j’allais pouvoir apporter de neuf.

Quelle a été concrètement le rôle d’Anne Roumanoff dans la mise en scène ?

Elle ne m’a pas fait énormément de mise en scène, c’était surtout un travail de coaching. On a mis « mis en scène » car il fallait résumer un peu tout ce qu’elle avait fait. Elle a regardé un peu les textes, et elle a aussi établi une structure pour pas que ça ne parte dans tous les sens. Mais elle m’a toujours dit : «  nous on fait une petite préparation, mais c’est toi qui va le faire vivre sur scène. Tu joues ce que tu as envie de jouer, si tu n’as plus envie de jouer un truc tu ne les joues plus. Maintenant le bébé t’appartient ». C’était un espèce de stimulant, une donneuse de coups de pied au cul. (rires) De temps en temps il en faut.

Est-ce que ton spectacle peut être alimenté par des chroniques faites à la radio et inversement ?

Carrément ! La radio nourrit mon spectacle, le spectacle nourrit la télévision et la télévision nourrit la radio.

« La radio nourrit mon spectacle, le spectacle nourrit la télévision et la télévision nourrit la radio. »

Ce triptyque est devenu indispensable pour toi ?

Oui parce qu’au moins ça me permet de tester des choses. Parfois j’écris des textes à la radio et je me dis : « tiens ça m’a amusé, je referais bien ça sur scène ». Sauf que ce qui marche en radio ne marche pas forcément sur scène et vice-versa. De toute façon il faut essayer, il y a forcément des choses qui marcheront, et puis si ce n’est pas le cas c’est la vie, nous ne sommes pas des robots. J’assume tout.

Concernant tes chroniques  sur Europe 1 dans l’émission de Michel Drucker, « Faites entrer l’invité », combien de temps de travail cela te demande ? Vous savez le nom des invités longtemps en amont ?

Mon pauvre ami, si tu savais le nombre d’heures que j’y passe ! Le problème c’est que les invités peuvent changer au dernier moment. Par exemple jeudi nous devions faire une émission sur les Dieux du Stade, puis finalement ils ne sont pas venus. Ça peut vraiment changer en 24 heures. On les a pas trop en avance. Après moi je ne m’y prends pas trop tôt pour travailler. Déjà je n’ai pas trop le temps, puis j’ai remarqué que travailler au dernier moment, un peu au dépourvu,  ça me permet de travailler plus vite et mieux. Mais j’y passe quand même à peu près 5 heures. Tu cherches des trucs sur internet pendant une heure, une heure et demi, puis après tu es devant ta feuille blanche.

Et ça jusqu’à la dernière seconde non ?

Oui, oui ! Après moi j’écris que jusqu’à 21h30, car il y a des sons à sortir que je dois donner au réalisateur de l’émission. Mais jusqu’à la dernière seconde c’est vrai que je corrige toujours un peu. Après on y va.

Pendant chacun de tes spectacles, tu introduis toujours une petite pastille sur l’actualité. Es-tu un mordu de l’info ?

Oui ! C’est d’ailleurs un peu Anne qui m’a donné ce goût-là. Elle fait beaucoup d’actu que ce soit à la télévision ou même sur scène.  J’étais déjà assez client, mais j’avoue que là aujourd’hui  je suis peut-être un peu trop dessus. J’arrive pas trop à m’en détacher. J’aime bien lire la presse, j’aime bien aller sur Internet, regarder la télé…

« Monter sur scène était un peu mon grand rêve »

Est-ce difficile de traiter de choses plus politisées ?

Politique moi je n’en parle pas beaucoup, parce que j’ai l’impression qu’il y a des personnes qui le font tellement mieux que moi, je ne sais pas trop ce que je peux apporter de plus. J’en fais pas beaucoup, je donne un avis comme ça mais c’est pas là où je me sens le mieux. J’aime bien parler de la vie quotidienne, d’ailleurs dans le spectacle c’est un peu ce que je fais tout le long. Je parle beaucoup de la vie quotidienne, ce qui intéresse un peu tout le monde.

Vie quotidienne que tu mêles sur scène avec anecdotes de ta propre vie…

C’est ça ! J’imbrique un peu les deux, d’où le titre « Willy en Grand ». C’était un peu mon grand rêve de monter sur scène, et en même temps c’est par rapport à ma taille, parce que tu as du remarquer que j’étais un géant. (rires) Il fallait un titre au spectacle. Ça fait un peu mégalo mais bon, je me suis imaginé où il serait en rouge en gros sur la façade de l’Olympia, je me suis dis que ça ferait assez joli. De toute façon je ne serai jamais à l’Olympia. Mais tant pis, je serai au moins sur votre blog. C’est déjà un super début, il y en a qui tueraient père et mère pour y être.

Que ce soit dans les chroniques à la radio ou sur scène, le moins que l’on puisse dire c’est que tu dégages une grosse énergie. Est-ce que tu as dû apprendre à la jauger pour ne pas être dans la démesure ?

Oui, mais le problème c’est que je n’y arrive pas toujours. Il faut que je la canalise mais quand j’ai le trac je suis un peu comme Daniela Lumbroso. Quand elle a le trac, elle monte encore plus dans les aigus. Moi c’est pareil, je suis un peu la Daniela Lumbroso de l’humour. Le problème c’est qu’il faut que je fasse attention à ma voix et aussi à mon énergie, c’est un peu compliqué. Parfois je suis tellement excité que j’en donne un peu trop, mais en même temps je suis tellement content de jouer et de faire mes chroniques. (rires) Il y a plein d’invités à la radio qui viennent me voir à la fin en me disant : « hé, il faut vous calmer ». (rires). C’est chacun son style, mais c’est vrai qu’il faut que je canalise, que je fasse attention. J’essaie mais quand tu es pris dans l’excitation c’est dur.

« Je suis un peu la Daniela Lumbroso de l’humour. »

Grâce à Europe1.fr, on peut voir tout ça en vidéo !

Oui ! D’ailleurs, je crois qu’il vaut mieux les regarder que les écouter. (rires) J’évite de me regarder parce que parfois je me dis : «  ah, tu aurais dû faire un peu plus gaffe ».  C’est un peu ce que je dois travailler.

J’ai lu que tu recevais des scénarios pour le cinéma depuis maintenant quelques mois. Est-ce qu’il y en a un qui a retenu ton attention ?

Non, franchement ça ne m’ intéresse pas. Autant il m’est arrivé de voir des spectacles d’humour ou d’écouter des émissions de télé ou de radio en me disant : « olala, j’aimerais bien y être », autant le cinéma pour l’instant ça ne m’intéresse pas même si j’aime beaucoup y aller en tant que spectateur. Ça ne se voit pas mais je suis un petit nerveux, une petite boule de nerfs, et le cinéma il faut être patient, tu passes ta journée à attendre. Par exemple je tourne des sketchs pour France 2 tous les soirs; et parfois tu passes des heures assis pour 20 secondes de prises. Je n’ai pas la patience d’attendre, puis pour l’instant ça ne me branche pas. J’aime bien avoir un contact avec les gens, jouer avec eux, sentir qu’ils sont là. J’aime beaucoup le partage. Je trouve que le cinéma c’est un peu plus égoïste. Je dis ça maintenant mais… enfin pour l’instant ça ne me dit rien. On verra plus tard.

Pour l’instant on peut te voir dans « Roumanoff et les garçons » sur France 2 donc. Est-ce que tu es content de la forme de l’émission, de son accueil ?

L’accueil de l’émission non, on s’en est pris plein la gueule. L’émission a démarré doucement, on a testé quelque chose d’un peu nouveau, un peu ovni. C’est quelque chose d’un peu hybride, on ne savait pas vraiment quel ton employer. Moi je voulais aller plus loin, Anne ne voulait pas préférant y aller doucement. Dès le début je lui disais qu’il fallait y aller et taper fort. Elle a un peu hésité, du coup je pense qu’on aurait du le faire. De toute façon, on s’installe à peine et ce n’est que pour quatre mois. Il y a beaucoup d’imperfections ça c’est sur. C’est un programme nouveau qu’on a fabriqué elle, et moi d’ailleurs. Il y a plein de défauts, c ‘est évident. Je sais que cette semaine ça a beaucoup changé par rapport à il y a quinze jours quand ça a démarré, et je suis persuadé que ce sera encore le cas dans les semaines à venir. On essaie de trouver le bon dosage pour savoir pourquoi les gens viennent peu la regarder. Après quand ils sont là, ils restent jusqu’au bout. Les courbes sont belles, mais on est dans un tunnel de publicités. Il y a le jeu de Nagui puis douze minutes de pub, et on est en plein milieu. C’est un placement un peu bâtard. Le seul truc c’est que ça a déclenché une vague de haine, surtout contre elle, et ça me choque un peu. Je pense que c’est quelque chose de très parisien, c’est ce que j’essaie de lui dire. Au-delà du périphérique personne n’est au courant. (rires) Non mais c’est vrai qu’on s’en est beaucoup pris, surtout elle parce que c’est la vedette. C’est une petite émission qui n’a pas d’autre ambition que celle de divertir  pendant cinq-dix minutes en fin de journée. On règle des comptes avec personne, on a pas violé des enfants.

Il y a une belle bande d’humoristes dans cette équipe, si tu pouvais nous en conseiller un qui n’est pas forcément connu du grand public ?

A aller voir sur scène ? Donel Jack’sman ! Il a bien cartonné chez Ruquier dans « On ne demande qu’à en rire », en plus on s’entend très bien. Si il passe à Toulouse, il faut aller le voir. Il a beaucoup de charisme, son spectacle s’installe encore, mais ça va devenir quelqu’un d’intéressant à regarder oui. Mais il est moins bon que moi forcément. (rires) En plus, il est noir, on ne pourra pas dire que je suis raciste !

Tu es proche de tes fans sur les réseaux sociaux, est-ce que cette proximité est primordiale pour toi ?

Oui, pour l’instant je peux le faire. Je ne suis pas encore Brad Pitt, assailli de partout. Non mais c’est normal, j’aime bien et les gens sont sympathiques.

Et tu les gâtes de plein de petites vidéos !

Arrête, j’ai essayé d’en mettre une ce matin. J’en ai fais une géniale et je n’arrive pas à la poster. Tiens regarde, tu vas voir la primeur de ce que j’ai fait. Mais je n’arrive pas à la poster cette garce.

Si tu devais partir sur une île déserte en apportant avec toi un livre, un album et un film ?

Je ne pourrais jamais y aller, je me ferai trop chier ! (rires) Pour le bouquin sans hésiter ce serait une biographie. Je ne suis pas très roman, mais je suis passionné par la politique. Pour un disque pas Zaz ça c’est sur, donc n’importe quel autre. (rires) Pour le film je prendrai un Louis de Funès. C’est un peu ridicule mais je prendrai ça parce que ça fait trente ans qu’il me fait rire.

Retrouvez Willy Rovelli près de chez vous grâce à la tournée de son spectacle « Willy en Grand » !

 

Article rédigé par jordanm

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