TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESLIVRE/ La Vitesse des choses, Rodrigo Fresán

 

 

Titre : La Vitesse des choses (La velocidad de las cosas)

Auteur : Rodrigo Fresán

Date de sortie : Argentine : 1998 ; France : 2008

Pays : Argentine

Le livre en un tweet : « La Vitesse des choses, c’est la vitesse de la mort. #Fresan »

Commentaires : Au parcours de l’ouvrage, les physiciens ne manqueront pas d’associer la vitesse des choses à la cinématique. Ça tombe bien, oui : en calcul différentiel, la vitesse c’est cette inconnue, le bon vieux X. Cette ligne courbe, l’insondable inconnue, court sur tout l’ouvrage, tout en transversale, et l’on s’échine à l’attraper, à la capter, à la décoder. Elle captive l’attention de bout en bout. La Vitesse des choses, au travers d’une douzaine de nouvelles  qui se font écho— parmi lesquelles Signaux captés au coeur d’une fête, Preuves irréfutables de vie intelligente sur d’autres planètes —, prend des postures narratives d’une originalité rare, en piochant largement dans la culture cinématographique et littéraire contemporaine.

    Contenant et contenu sont à l’image de la vitesse des choses : animés de mouvements, de virages, d’accélérations, et filant en avant, retournant en arrière : l’a-linéarité est totale. Des histoires se fondent les unes dans les autres, il y a résurgence de signes, de référents, du lexique, des personnages tout au travers des nouvelles qui déploient pourtant des mondes à part : l’encapsulation contamine l’ensemble, le recoupement est vertical, les nouvelles se téléphonent sur plusieurs niveaux.

    Du coup, on est pris de grosses confusions, on essaie de se rappeler, on postule, et, à mesure des indications, on se réjouit d’avoir tapé juste, ou faux. Il n’y a qu’à se laisser prendre dans les trajectoires et le foisonnement.

 

Scène liminaire de 2001 : l'Odyssée de l'espace

    Comme les nouvelles, les narrateurs — ces « je » pluriels et schizophrènes — se déclinent eux-mêmes, reprennent les mêmes vocables ou les mêmes objets. Il(s) se met(tent) en scène, flexible(s), polymorphe(s), et le lecteur, lui aussi, est happé dans l’histoire qui paraît fabriquée et improvisée pour lui, devenant lui-même objet. Toute une mise en exergue des influences réciproques entre réalité(s) et fiction(s) est dévoilée au grand air, les deux sont inséparables.

    Et, avec la fiction, on fait revivre les choses, la réalité morte, on fait parler les morts, à coups de prolepses et d’ellipses. Pour retrouver notre fil d’Ariane, la Mort, est-ce le dernier terme de l’équation ? Non, les choses et la fiction laissent comme une traînée de poudre derrière elles.

 

Libre propos : Il faudrait se braquer sur la puissance d’évocation : des objets, des histoires, des mots, de la photo, du cinéma, de la musique. Tout ce qui titille l’hippocampe de l’auteur et du lecteur qui, en fin de compte, se rejoignent dans une communion qui les transcende. Car dans le flux de la vitesse des choses, la mémoire périclite, devient amnésique d’elle-même. Ici, la contingence, la plasticité de tous les hommes.

    Tout un enjeu réside dans cette relation entre les hommes et les choses. Dans un battement d’humanisation-réification, les hommes et leur monde révèlent souvent des caractères d’objets, mécaniques, déchargés de leur humanité :

« Je regarde les fêtes comme si c’étaient des tableaux. »

Quant aux choses, on leur délègue des caractères d’hommes :

« Les photos de Diane sont à présent plus vivantes que Diane.  »

Parfois plus vivantes que nous, les choses renferment aussi les mémoires. Elles véhiculent le regret et tout le reste. Omniprésentes, pour autant elles — dans leur technologie — nous échappent car nous sommes des profanes — comment ça marche ? —. Partant, il y a, dans la vitesse des choses, cette distance insurmontable du quotidien.

    Fresán mouline toutes les règles de la réalité, de la fiction, de la mémoire, et de la construction, dans des espaces-temps pluriels. Or, l’espace-temps, c’est la vitesse des choses en puissance. Et ce, quoiqu’on y déplie : fiction, ou réalité. C’est pour ça qu’elle est omniprésente, mais pas inénarrable.

    Là réside tout le brio.

 

Contexte : La Vitesse des choses, on ne sait pas trop ce que c’est, d’où ça vient ! L’idée surgit un jour dans un recoin de cerveau, sans plus de précisions. La Vitesse des choses, c’est la confusion, l’entrecroisement. C’est toujours là, ça a toujours été là.

 

Pages dispensables : Les pages blanches, à la fin du livre.

Pages indispensables : Celles de la première nouvelle, à dégouliner de larmes. Celles, aussi, qui portent sur un figurant de 2001, l’Odyssée de l’espace, qui ne veut plus enlever son costume de singe.

Il aurait pu rendre jaloux : Son proche ami Roberto Bolaño (auteur des Détectives sauvages, 2666 ou La Littérature nazie en Amérique), décédé en 2003, dont on sait qu’il trouvait chez Fresán de l’inspiration. Leurs ouvrages sont comparables.

 

Roberto Bolaño

 

Morale : La morale est plurielle et pléthorique, à l’image du livre : les choses et les hommes sont plastiques ; la vitesse des choses nous glisse entre les doigts ; la vitesse des choses, comme la fiction — le cinéma, la littérature — fait vivre et revivre à coups de flux et reflux ; une distance insurmontable nous sépare de notre environnement et du quotidien ; et ainsi de suite…

Ce qu’en diront les autres : « Et Dieu dans tout ça ? »

Avis du conseil  : Un exemple de la complexité narrative de la littérature sud-américaine en un recueil et six-cents pages. Toutes nos féloches, vieux fou.

Suite logique :  Mantra.

Pourcentage : 92%

Article rédigé par Paul Conge

Rédac' chef du webzine. Je promène mon objectif du côté des minorités, des dérives policières et des anars de tout poil.

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