TEMPS DE LECTURE : 10 MINUTESEn Aparté avec… Alain Chabat

Cet article a été publié il y a 10 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Marsupilami : n.m (marsupilami franquini) Petit animal facétieux (mais qu’il ne faut pas faire chier, non plus) vivant en Palombie et qui « N’existe ». Est affublé d’une longue queue de 7m et arbore un pelage d’un jaune étincelant tacheté de noir. Jeune comédien poilu et prometteur. Côtoie assidûment Alain Chabat et Jamel Debbouze. 

Rencontre avec son metteur en scène, et partenaire de film Alain Chabat joliment accompagné de la comédienne Aïssa Maïga. Interview décalée avec un déconneur !

 

Maboo : Le marsipulami est né dans un album de spirou histoire de ressituer un peu les choses.. Comment vous est venue l’idée d’en faire un film ?

Alain Chabat : Il est né en 1952 et moi je le lisais quand j’était tout petit. Il me faisait rêver et rigoler. Et puis, je l’ai relu plus tard et j’ai découvert d’autres choses, parce que Frankin comme Gossini et plein d’autres auteurs travaillent sur plusieurs niveaux de lecture. Une lecture enfant, une lecture ado et parfois même une lecture plus adulte. Ca m’a vraiment jamais lâché, j’ai toujours eu envie de faire une comédie d’aventure avec ce petit personnage central.

 Il y a un clin d’œil à Frankin dans le film car on voit apparaître à moment donné une illustration d’un marsupilami en dessous duquel il est écrit : « Marsupilami Frankini »

A.C : exactement, c’est même un clin d’œil à Haussman, un copain dessinateur de Franquin qui avait fait sa version du Marsupilami et qui était pour le coup, très réaliste. Et je ne sais plus dans quelle encyclopédie animale, ils se sont permis de mettre le nom en latin du Marsupilami : « marsupilami franquini« .

Tout en gardant la surprise,  vous avez fait faire à Lambert Wilson quelque chose d’extraordinaire…

A.C : Je trouve que ça manquait dans sa filmographie (rires). Il est incroyable, il s’est emparé du personnage plus qu’à bras le corps et il s’est éclaté à faire cette scène, ce personnage et son parcours. Je ne connaissais pas Lambert, je l’ai rencontré sur le film, c’est un mec vraiment super, c’est un grand acteur.Il a travaillé plusieurs mois sur cette scène pour que ce ne soit pas une kermesse… mais que ce soit chic !

 Au niveau des costumes, c’est proche de l’univers de tintin… c’est voulu ?

A.C : Quand on travaillait avec Olivier Beriot, le chef costumier du film, on a passé en revue plein de dictateurs, de toutes sortes, du côté très sombre, Pinochet etc… pour finalement revenir à quelque chose de très pétant. Et pour le coup, en Palombie, ça pète de couleurs.

Avez vous tourné dans des décors naturels ?

Oui, c’est tourné au Mexique , c’est sublimement beau là bas. Pour ce qui est jungle et villages, on a tourné dans la région de Vera Cruz et dans un petit village qui s’appelle Katemako. Il y avait une forêt primaire absolument intacte qu’on a relooké comme une jungle.

 Le marsupilami est criant de vérité…

A.C : Et bien, c’est le casting, hein, il fallait trouvé un vrai petit marsu…

 

« J’avais vu un premier marsupilami qui était franchement très diva »

 Et en ce moment, il est où le Marsupilami ?

A.C : Je l’ai laissé dans sa fôret.

 Ah ok, je pensais qu’il dormait dans une des chambres de l’hôtel…

Ben non, ce serait cruel de déplacer un animal en dehors de son environnement naturel. Ce serait contraire au message du film. Donc, on l’a laissé là bas.

 Vous l’avez casté parmi d’autres marsupilami ?

A.C : Alors oui, j’avais vu un premier marsupilami qui était franchement très diva. Il n’était pas d’accord avec les textes, avec les scripts… Il voulait même jouer un autre rôle, celui de Jamel, tu vois, et son agent était insupportable.

Et du coup vous avez pris le couple  de marsupilami ?

A.C : J’ai pris un marsupilami marié, voilà. Et puis, il fallait qu’il se reproduise dans une des scènes, donc la question du couple était vraiment incontournable. Tout ça a fait qu’il a fallu du temps pour mettre en place ce film qui a l’air simple, mais… Ce dossier là était très compliqué.

Alors, il souhaite faire un Marsupilami II où il a d’autres plans là ?

A.C : Je ne sais pas, mais j’espère qu’ il a pris goût au tournage, en tout cas.

Il est doué quand même , c’est un sportif.  Dès la première scène, on le voit faire Tom Cruise dans Mission Impossible et descendre  dans une grotte souterraine à l’aide de sa queue. Et puis,  il y a pas mal de combats et aussi une référence à Matrix…

A.C : Dans les bd de Franquin, le marsu est joyeux, distrait, gourmand, facétieux, et puis le petit animal est bagareur. C’est sur que quand on vient le chercher, à ce moment  là, il est présent. Surtout quand il s’agit de défendre sa famille… A ce moment là, il ne rigole plus, oui.

Et le personnage de Jamel, qu’en est-il ?

AC : C’est un type au grand cœur visiblement, puisqu’il s’occupe de tous ces enfants qu’il a recueilli . Il a dit la vérité quand il était petit, car il avait vu un marsupilami , il n’arrêtait pas de le dire, mais personne ne l’a jamais cru. Donc à un moment, vu que la vérité ne sert à rien, il est devenu menteur et escroc et c’est comme ça qu’il gagne sa vie . Et en même temps, ce n’est pas évident, il a quand même 19 petits mômes qu’il faut nourrir, donc lorsqu’il voit arriver cet occidental plein de pognon que je joue, il a une bonne occasion de faire une petite culbute et de l’arnaquer. Sauf que les deux vont se retrouver ensemble dans pleins de problèmes plus compliqués à régler.

Jamel était une évidence pour le rôle que vous lui avez donné ?

A.C : C’était l’envie de départ, assurément. Dans Astérix et Cléôpatre, on a tourné ensemble mais on avait pas de scène commune, on s’est pas perdus de vue puisqu’on se voit régulièrement. L’envie de départ était de former un couple de cinéma ou un tandem et avoir le maximum de scènes ensemble. Bref, avoir deux personnages qui peuvent se pourrir la vie, l’un l’autre. Puisque ça me fait rire quand il me pourrit la vie et j’adore lui pourrir la sienne.

« C’est compliqué de parler de quelqu’un en mal quand elle est à 4 cm »

Et pour Aïssa, ça c’est passé comment ?

Aïssa : Je lui ai envoyé mes cousins, mes frères, mes oncles, il a dit oui.

AC :  J’ai dit oui, mais spontanément . (rires)

Aïssa : Un oui franc et immédiat.

AC : J’ai dit d’accord à tout le monde, en disant « ouais, ah bin justement, j’étais en train de l’appeler » ! Ca faisait un petit moment qu’on se croisait…

Aïssa : Et après je l’ai menacé et ça s’est très bien passé : j’ai eu le rôle.

AC : J’adore Aissa, c’est assez compliqué de parler de quelqu’un quand elle est placée à 4 cm…en mal. Je l’adore comme comédienne, comme personne humaine et c’était un délice de travailler avec elle.

Parfois vos mimiques dans le film nous rappellent un peu Didier.

A.C : Parfois, oui, mais mon jeu est très limité (rires). En fait, je réfléchis pas, c’est Jamel qui me pousse là dedans. Il me dit : « je te jure, des fois tu fais des teutés, tu sais même pas commentVas- y, fais des têtes on s’en fout. » Et en fait, quand je me lâche un peu plus, je vois qu’il est pété de rire et il me dit : « mon frère, j’ai 14 ans et demi quand tu fais cette tête là, ça me pète de rire ! ».

Dans le film, on note une référence aux Nuls, c’était un passage obligé ?

A.C : Oui, sinon on m’attaque en justice. La fausse pub, ça s’y prêtait, c’était un moyen simple, graphique, pour passer d’un univers à l’autre et à arriver à restituer le contexte très rapidement.

Et comment s’est passé le gros clin d’œil à Celine Dion ?

La personne que joue Lambert est effectivement fan de Céline. Alors, je lui ai demandé l’autorisation,  qu’on utilise son nom,  son image et sa musique. Et à chaque fois, elle m’a fait confiance. Elle a été très gentille parce que, après tout elle ne savait pas… Quand on en est à l’écriture, on ne sait pas ce que va devenir le film. Jusqu’au bout, elle a été d’une simplicité et d’une gentillesse à la hauteur de sa « staritude« .

 

 

« Le Marsupilami, il N’existe ! »

Et alors pour les dialogues, ce dialecte…

A.C : C’est du palombien. Au début avec Jamel, de temps en temps, il y avait des gros mots qui sortaient dans certaines scènes, et je lui disais « tu peux pas dire nique ta race .… On est en Palombie, ça ne marche pas« . Et du coup, on a trouvé des gros mots tels que « hijo de speculos » ou « faritas de leche ». Ca sonne comme un « va te faire… » C’est du palombien, quoi, comme les dessinateurs dans les années 50 qui détournaient la censure en mettant des bombes et des explosions dans les bulles pour signifier les injures. Il y a un petit espace de créativité là dedans. Et Jamel voulait vraiment beaucoup que ça parle palombien et régulièrement il cherchait des occasions de mettre du palombien dans ses textes. Il était vachement attentif à ça.

Au niveau du rythme du film en fait,  c’est pas que j’ai eu du mal à y rentrer, mais on est vachement dans la contemplation et à moment donné on se retrouve embarqué dans le film et le rythme se fait plus rapide. Il vient progressivement couper la lenteur du début…

A.C : On est pas à New York, y a pas 3 plans et ça y est on sait qu’on est à NY. On est en Palombie et je présente pas mal de personnages au début. Je n’ai pas pu commencer le film plus vite, par contre après il prend son rythme, on a toutes les clefs et le truc s’accélère et j’espère qu’il trace après jusqu’au bout.

Oh oui ça trace !

A.C : Mais je suis d’accord avec toi. Et puis je voulais montrer le marsu tout de suite pour les enfants aussi. J’avais envie tout de suite de les rassurer et de dire…

Aïssa : Il N’existe !

A.C : Oui ! Et de leur dire, y a pas de problème on va pas attendre 50 ans pour le voir . Il imite un enfant « gnnagnna, il arrive quand ? » (Rires). Oui, c’est vrai, quand t’es petit c’est énervant. Non, mais je suis d’accord…

Mais quand je parle de lenteur je parle pas d’un truc soporifique, hein !

A.C : Oui oui ! me dit il en souriant. Je devais mettre en place tout un côté émotionnel avec le personnage de Jamel, j’avais pas envie de faire un film qui attaque sur « gag, gag, gag, gag » et tout de suite foncer. Quoique, j’aimerai bien faire un film comme ça !

Cet article a été publié il y a 10 ans. Il commence à dater mais n'est pas forcément obsolète.

Article rédigé par Maboo

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