TEMPS DE LECTURE : 12 MINUTESEn Aparté avec…Mr et Mme Okkö

Mr et Mme Okkö fait parti des innombrables groupes que le luxuriant vivier toulousain propose à l’heure d’ aujourd’hui. Seulement, ce quintette se démarque aisément des autres formations grâce à sa musique singulière, amalgamant sans gêne une kyrielle de genres. Avec ses titres originaux, Massira Boukhal et ses quatre acolytes vous proposent un voyage sonore atypique et original, guidé par des textes inspirés que chacun peut s’approprier selon son interprétation. Le 9 Février au Connexion café, M. et Mme Okkö a répondu à l’invitation d’Aparté pour ouvrir la X-Arts Party, au coté de groupes comme Dawa Deluxe, Gonesthedj et les danseurs de Dreamworks ! Nous avons profité de l’occasion pour revenir sur l’histoire de ce groupe pas comme les autres.

   Quentin Dary ©

Qui sont les acteurs du projet Mr et Mme Okkö ? Faites-nous les présentations !

Yoan : Nous sommes six avec l’ingénieur du son, Henry Pierre Barnet. Sur scène, il y a Edwin Budon à la batterie, Allan Vivant à la basse, Onel Miranda Ramos aux percussions, Massira Boukhal au chant, et Yoan Hernandez à la guitare.

Votre rencontre s’est effectuée pour les besoins du groupe, ou vous vous connaissiez déjà ?

Massira : Il y a les deux. Chaque acteur du groupe connaissait quelqu’un qui connaissait quelqu’un. Nous avons changé de musiciens et la formation n’ a pas arrêté d’ évoluer. Mais là, après de belles rencontres, nous sommes maintenant une belle équipe.

Ce line-up là est en place depuis combien de temps ?

M : Ca va faire deux ans que l’on joue ensemble mais le projet existe depuis 2009.

C’est tout récent !

Y : C’est récent oui, mais petit à petit ça vieillit ! (rires)

Désolé si on vous le demande assez souvent, mais pourquoi Mr et Mme Okkö finalement ?

M : C’est vrai pourquoi Mr et Mme Okkö ? (rires) C’est une idée qui m’est venue lors d’un voyage au Maroc. Il y avait marqué quelque part Morocco, alors j’ai pris les deux “c” pour y mettre deux “k” qui ont donné Okkö. C’était dans l’idée de se tourner davantage vers une compagnie de cirque afin que ça représente moins un groupe avec une chanteuse et des musiciens. L’accent c’est notre petit coté artistique. Le “madame” c’est parce que je suis à la base du projet et que j’ai fait en sorte de mettre au monde cet enfant, et vu que nous l’ avons fait comme dans un couple normal, il fallait un “monsieur”. Enfin moi ça me faisait rire, parce qu’au nom on pense plus à un duo, et on ne s’imagine pas que ce sera un quintette. Puis ça change, la mode en ce moment c’est de donner que le nom des chanteurs, et moi je ne suis pas à la mode. (rires)

Quel est le processus de création au sein du groupe ?

Y : C’est vraiment collectif et pour presque tous les morceaux, ça part des textes.
M : Oui, sinon je ne pourrai pas. J’ai besoin de vivre la musique à travers mes textes, je suis auteure et pour moi le plus important c’est de dire. Quand ensuite la musique vient souligner tes mots je trouve ça fantastique, donc évidemment c’est un travail qui a été fait ensemble. Chacun avec sa spécificité, sa diversité, ses qualités et ses défauts apporte une pierre à l’édifice et ça a permis de créer une musique assez singulière puisque l’on vient tous d’horizons différents. On a trouvé notre patte ensemble.
Y : Au niveau musical tout le monde amène ce qu’il veut.

« Chacun avec sa spécificité, sa diversité, ses qualités et ses défauts apporte une pierre à l’édifice et ça a permis de créer une musique assez singulière […] »

Est-ce que justement chacun amène son petit bagage musical avec son domaine de prédilection, ou tout le monde est multi-influencé ?

Y : Tout le monde est ouvert et curieux, un musicien en général ne se cantonne pas à un genre précis. Après on a tous des styles de prédilections qui ressortent par la force des choses, puis du coup ça fait un énorme mélange.
M : On peut citer Onel par exemple, le percussionniste du groupe, qui est dans un genre plus traditionnel dans son jeu. Onel c’est celui qui a vraiment cette spécificité, mais qui est aussi ouvert pour mélanger les instruments traditionnels avec de la musique électrique.

Faut-il une part de calcul quelconque pour créer une musique aussi singulière que la votre, ou prônez vous le laisser-faire ?

M : Ça se fait spontanément et je dirai que c’est juste un processus de création. Ca dépend comment la personne amène les choses. Moi quand j’apporte les textes et que l’on commence à travailler, j’ai déjà une idée de l’ambiance, je ressens des couleurs et eux le fabriquent ensuite.
Y : C’est beaucoup basé sur le ressenti au départ.
M : Oui il faut dire ça, une musique elle se crée avec une énergie et du ressentiment. Il ne faut pas que je me contente de lire les textes, il faut que chez eux ça génère quelque chose, et que ça leur donne envie de fabriquer un truc ensemble. C’est ça que je trouve génial dans la création, nous sommes pas les seuls à décider.
Y : C’est super libre.

Vu le format des chansons et leur musicalité, j’ai l’impression que vous ne vous imposez aucune barrière, c’est juste ?

M : Aucune barrière, aucune contrainte, et toute musique est la bienvenue. Mais ça surtout pas. La grande liberté que l’on a dans la musique c’est de la composer et au moins on peut toucher à tout, c’est ça qui est un bonheur. Je ne vais pas faire une chanson de façon précise pour que tout le set soit pareil. Tu connais ça : “Ca fait mal de vivre sans toi, papaaaa”. (rires)

Dans le domaine musical, on parlait avant de « jazz », « classique », « rock » ou encore « pop ». Maintenant les appellations de genre sont devenues de plus en plus précises. Comment qualifierez-vous votre musique pour la faire découvrir à quelqu’un qui ne vous connaît pas ?

Y : Ca c’est la grosse difficulté, c’est de la musique quoi !
M : On ne peut pas se contenter de dire ça ! (rires) Déjà ça ne doit pas être évident d’être dans un style, dans un seul format.
Y : Parce que tu dois y rester après.
M : Voilà, alors qu’on a pas cette contrainte là et qu’on peut s’exprimer vraiment pleinement. Pour les programmateurs, la difficulté c’est de nous donner un style, on est donc obligé d’en inventer un et d’imaginer des phrases. On a trouvé par exemple “Mr et Mme Okkö, musique du monde moderne”, “Mr et Mme Okkö, les tiroirs du monde” ou “Mr et Mme Okkö, world music vitaminée”. On essaye de se réinventer parce qu’on ne veut pas s’enfermer nous aussi, on est pas une plaquette de beurre. (s’approche du dictaphone) Nous ne sommes pas une plaquette de beurre avec des codes barres. (rires)

« Nous ne sommes pas une plaquette de beurre avec des codes barres. »

Dans les quelques titres que j’ai écouté, il y a des textes engagés. Pourquoi ce choix ?

M : On vit en 2012 déjà. (rires) C’est bien d’être au fait de la réalité et tous ces textes n’engagent que moi. C’est pour ça que je les mêle à la poésie, pour que chacun puisse se faire son délice à leur écoute. On ne peut pas être insensible au fait de ce qui se passe aujourd’hui. La musique permet de véhiculer des messages ou de dire tout simplement ce que l’on ressent. Tu as écouté “Les chiens” ?

Oui, je pensais justement à ce titre là.

M : Voilà, celle-ci c’est une belle dédicace à qui tu sais bien sur, je n’ai même pas besoin de te le dire. Je trouve ça normal.

Et vous chantez en français pour rendre le message plus explicite.

M : Complètement.
Abdel : Dans les textes que Massira écrit, on trouve de la poésie et de l’humour. C’est une manière de gratifier les personnes qui sont venues écouter et prêter attention au message véhiculé, c’est quelque chose de très important.
M : Les gens viennent après le concert me dire que le texte leur parle, qu’on l’entend.

« Dans les textes que Massira écrit, on trouve de la poésie et de l’humour. C’est une manière de gratifier les personnes qui sont venues écouter et prêter attention au message véhiculé […] »

J’ai l’impression qu’il y a une double lecture dans tes textes, on entend quelque chose mais il y a toujours un questionnement pour savoir si c’est ça que tu as voulu dire ou non.

M : Oui, mais complètement. Tu l’entends comme tu dois l’entendre, c’est pour ça que j’ai dis que ça n’engage que moi ce que j’écris. Il y a des gens qui ne comprennent pas forcément quand je chante en arabe, mais ils ont bien entendu quelque chose. Les mots et la force de la langue sont aussi forts qu’un instrument de musique.

Ta voix mêle chaleur et énergie, quels sont les chanteurs qui t’inspirent ?

M : Ce sont plutôt des hommes comme Gainsbourg ou Arno. J’aime les voix touchantes aussi, comme Barbara.
A : Il y a Brigitte Fontaine aussi. (rires)
M : Catherine Ringer par exemple ! Voilà, j’aime les personnages.

Les personnes qui ont un univers dans lequel tu as envie de t’immiscer…

M : Voilà, les gens qui ne font que chanter. Pour moi, c’est pas chanter pour chanter. L’artiste est dans son univers et ça créé quelque chose. Catherine Ringer j’adore, vraiment.

Si vous deviez choisir entre scène et studio ça serait ?

Y : La scène ! Je pense vraiment que nous sommes un groupe de scène bien qu’on pourrait être aussi un groupe de studio.
M : On aime tous la scène déjà, la musique vivante quoi.
Y : On est triste quand on fait pas de scène.
M : Allan tu aimes la scènes toi ?
Allan : Oui j’aime la scène, et je crois même que j’aime la scène plus que la scène ne m’aime.
M : C’est pour ça que l’on y revient toujours.

Un mot pour vous qualifier sur scène ?

Y : Energie.
M : Fou.
Abdel : Poëtico-milanto-comosmopolito-délirant.
Allan : C’est pas un mot, mais je dirai : “un bon moment de délire”.

Le « fail » le plus courant sur scène ?

A : Le guitariste casse souvent une corde, ou les jacks qui ne marchent plus.

Un souvenir mémorable ?

M : A Pibrac c’était magnifique, il y avait que des papis et mamies mais à la fin ils ont tous dansés. Ils étaient venus pour ça, c’était génial.
A : C’est là où on s’est dit qu’on pouvait toucher les 7 à 77 ans.

Pour le concert de ce soir, vous êtes accompagnés par une scénographe : Darkimey. Comment avez-eu l’idée de travailler avec elle ?

Abdel : Serana alias Darkimey est une artiste un peu touche à tout, elle travaille pas mal sur Toulouse. Elle côtoie les anciens et à leur contact elle développe la technique qu’elle a en construction comme de jeunes groupes comme Mr et Mme Okkö. Moi ça me semblait une rencontre naturelle et évidente. Seulement, rien n’est jamais évident, il faut que les artistes arrivent à conjguer leur talent. On verra bien et longue vie à eux si ça marche. Même si ça n’était pas amené à se reproduire à l’avenir, on gardera quand même l’échange humain qu’il y a eu.

J’ai entendu dire que vous lui laissiez carte blanche pour ce soir…

M : C’est ça la musique, on laisse ouverte sa création pour que nous-mêmes on continue à la découvrir. L’idée de bosser avec des gens du cirque, j’adorerai. il faut toujours être dans la recherche.
Abdel : On parle de production artistique mais moi je préfère le terme de “frabique artistique” et je pense que mes amis en conviendront. C’est plus adapté, on tate, on essaie, on cherche… c’est de l’artisanat et dedans il y a “art”.

 « C’est ça la musique, on laisse ouverte sa création pour que nous-mêmes on continue à la découvrir. »

Un EP de Mr et Mme Okkö a vu le jour il y a quelques mois, quelques mots là dessus ?

Y : On l’ a sorti non officiellement par nos moyens, c’est un petit EP en auto-production.
M : Je lance un appel, nous cherchons un mécène qui tombe amoureux de nous.
Abdel : Arrêtez de filer du fric au PSG, il y a des artistes qui crèvent la fin ! (rires)
Y : Ou que quelqu’un joue au loto pour nous.
Abdel : Il faut qu’il soit chanceux alors, ou alors qu’il soit amené à tomber nez à nez avec un trèfle à quatre feuilles.

Vous comptez prochainement sortir un autre format court ou carrément l’album ?

Y : Ce serait plutôt un album live car l’idée c’est de retranscrire un spectacle.
M : Ca c’est dans l’éventualité.

Mr et Mme Okkö n’est pas un groupe dont la musique s’enregistre piste par piste en même temps non ?

M : Tu as raison quand tu dis ça car pour entendre ce que tu vas peut être percevoir dans un concert de Mr et Mme Okkö, il faut le voir en live. Les chansons que l’on a sur Myspace, c’est du studio et on l’accepte, mais ça ne représente pas l’énergie qu’a le groupe sur scène. C’est pour ça qu’on a décidé de faire un album live, c’est plus réaliste. Comme ça tu sais direct si tu aimes ou pas, il y a pas de tricherie derrière le studio à faire 50 prises.

N’hésitez pas vous aussi à vous rendre aux concerts de Mr et Mme Okkö près de chez vous. Retrouvez toutes les dates à cette adresse.

Article rédigé par jordanm

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