TEMPS DE LECTURE : 9 MINUTESEn Aparté avec… Dawa Deluxe et Chiko Denja

C’était le 9 février dernier au Connexion Café. La X-Arts Party battait son plein, et le dancefloor n’attendait qu’une chose : se faire burriner juste ce qu’il faut. J’ai passé une vingtaine de minutes avec un de ces groupes metteurs d’ambiance : Dawa Deluxe, accompagné du routard du rap toulousain Chiko Denja (ex-Jam Session Bandia et Alif Soundsystem, assurant les premières parties de Zebda et Manu Chao). Ils ont foutu le bordel dans mon magnéto de fortune pour me raconter ce qu’ils ont été, ce qu’ils sont et ce qu’ils vont devenir. Récit halluciné.

©Yona Hillat

Dawa Deluxe, ça a commencé quand et comment ?
Rémi (basse & rap) : Ça a commencé, franchement… ouais c’est Charlus qui peut le dire ça. Il vient de rentrer !
Big Boss Charlus (percussions, batterie & rap) : Ça a commencé quand les musiciens étaient tous à l’IUT (ndlr. Paul Sabatier), on s’est rencontrés comme ça. Il y avait Martin (claviers), Valentin (AKA Valja, batterie), moi, William (AKA Willux Willux, guitare & saxophone) est arrivé un an après, dans le même IUT. Martin connaissait un bassiste de génie, bien expérimental : il nous a présenté Rémi, on s’est lancé et Dawa Deluxe a évolué.
Rémi : Voilà ça c’est la vision de Charlus. Moi je connaissais Martin du lycée, c’est à cause de lui que j’ai rencontré ces gangsters et que je les ai intégrés.

C’était en quelle année tout ça ?
Charlus : Il y a deux ans ?
Rémi : Deux ans ! Tu rigoles ou quoi ?
Sousou (ingénieur sonore) : 1976 ! Herbie Hancock jouait à cette époque là. (rires)
Rémi : C’était il y a quatre ou cinq ans maintenant. Et encore, on n’avait pas le même nom à l’époque.

Sissi and the Funk Factory ?
Rémi : Et avant ça, c’était les Fat Songs ! Mais ce n’était pas tout-à-fait les mêmes musiciens. Il y avait pas Willux, pas Sousou…
Willux : Si ! Quoi «y avait pas Willux» dans Sissi and the Funk Factory !
Rémi : Mais non, c’était un clarinettiste je crois. Il s’appelait Antony.
Willux : Ah oui pardon. Mais j’ai fait une date avec les Fat Songs, c’est pour ça. On avait joué Tomber la Chemise !
Sousou : Oh putain merde, ‘fallait pas le dire ! (rires)
Willux : C’était énorme !
Charlus : Et donc là, Dawa Deluxe, ça fait environ deux ans et demi que ça tourne. Avec cette formation en tout cas.
Sousou : En formation dégât quoi !

On vous prête un style funk assez marqué, mais sans prétendre m’y connaître, j’ai entendu dans votre musique pas mal de free jazz, de bebop voire même de progressive à la King Crimson. En clair, c’est quoi vos influences ?
Rémi : Ah, du King Crimson ! Il est pas dégueu’ ! (rires) Non plus sérieusement, ça dépend des périodes, et ça dépend des personnes en fait.
Martin : On a quand même du RH Factor, Herbie Hancock…
Sousou : De manière plus générale, je pense qu’on peut dire Weather Report. Ça a été une vraie ligne de conduite.
Rémi : Le groupe de Pastorius, Joe Zawinul. Et King Crimson en ce moment, on écoute pas mal en effet.
Sousou : Mais c’est vrai qu’on retrouve un peu ce côté hardcore dans notre musique. Ce côté groove et recherche. Rémi vient de là, quand il écrit nos morceaux, ça se sent vraiment.
Charlus : C’est évident qu’il y a une énorme influence jazz, mais nos instrus ont très souvent une bonne grosse basse funk. Ça dessert pas mal les quelques passages rap disséminés dans nos morceaux. Parfois même, un soupçon de reggae…
Sousou : On emmène pas mal chacun de notre côté. Ça cimente bien notre musique.
Valja : Et vu qu’on traîne très souvent ensemble…
Rémi : On joue aussi beaucoup avec d’autres artistes. Chiko (Denja) sera là le 23 mars pour notre concert à La Dynamo, on aura aussi un rappeur rencontré à St-Étienne. Et le but de notre groupe, c’est aussi de rester ouvert au featuring.
Sousou : On se rapproche vraiment de l’idée de collectif en fait. Des featuring, on en a eu au taquet maintenant !

Chiko Denja, comment as-tu connu Dawa Deluxe ?
Chiko Denja : On s’est croisés à un concert à La Madrugada, sans Charlus si je ne m’abuse, et on s’est échangés les numéros, tout simplement. On s’était recontactés pour que je joue avec Royal Rooste (cf. un autre collectif toulousain), et on a répété tous ensemble dimanche dernier.

Je vais éviter de parler de vous façon perché, j’ai vu le traitement que vous aviez réservé aux chroniqueurs de Télérama…
Rémi : Non mais c’est moi qui ai mis de la merde sur le MySpace ! Les types sont même pas au courant. C’est des fausses citations, en fait c’est parti d’un texte à trous, sur lesquels se basent les biographies que tu dois faire sur MySpace, tout bêtement. Charlus aussi a mis des conneries, je crois.
Charlus : Purement fictif, ouais.
Sousou : Il y a beaucoup de textes où c’est n’importe quoi. C’est une sorte de ligne de conduite. On s’appelle pas comme ça par hasard ! C’est de la logique illogique en quelque sorte.

J’aime pas Macéo Parker, on fait quoi ?
Chiko Denja : T’aimes pas Macéo Parker !?

C’est pour le clash…
Chiko Denja : Cela dit, c’est vrai qu’à un moment, c’était périmé. Il passait tout le temps à Toulouse, enfin moi j’en avais un peu marre de lui.
Rémi : Moi je l’ai appelé pour qu’il vienne featurer dans le groupe, il m’a pas répondu…
Chiko Denja : Avec Fred Wesley, ça tournait vraiment au taquet. Le Bikini, Pinsaguel… j’ai dû les voir quatre ou cinq fois.
Sousou : Après, Macéo, c’est quand même de la balle !
Rémi : Non mais on est d’accord, ça tue tout. Le sax’, la rythmique… y a rien à dire. Après on kiffe bien, mais il fait pas non plus l’unanimité. C’était surtout à l’époque de Sissi and the Funk Factory.
Charlus : Quand on cherchait un son funk, il a fait partie des musiciens qui nous ont inspiré, clairement. Mais maintenant qu’on est Dawa Deluxe, on est passé à autre chose.
Sousou : Le mec maîtrise les bases, c’est clair. C’est un monsieur.

« On se rapproche vraiment de l’idée de collectif (…) On s’appelle pas comme ça par hasard ! C’est de la logique illogique en quelque sorte. »

Plus sérieusement, c’est quoi l’activité de Dawa Deluxe ? Un nouvel album fort bien emballé si je ne m’abuse ? 
Sousou : L’album est sorti mec ! C’est tout chaud, cinq euros, pas cher. On a pas de label ni rien, mais c’est là, à la demande.
Rémi : Bien emballé dans du plastique, absolument ! Enregistré il y a presque un an maintenant, dans la salle Insa qu’on nous prête gracieusement.
Sousou : Les néons vibrent, c’est parfait pour notre son ça.
Charlus : Hormis certaines parties qu’on a dû reprendre après, c’est que de la prise live. C’est ce qui correspondait le mieux à notre style, clairement.
Sousou : et ça reste très artisanal : enregistrement, production, mixage… on a tout fait.

Une tournée derrière ?
Valja : Cet Été, on se loue une putain de baraque en bord de mer !
Rémi : Dès la semaine prochaine, j’appelle. On a envie que de ça : faire du son sur la côte et dormir à la belle étoile sur la plage. Ça c’est le genre de tournées qui me botte, je sais pas vous, mais…
Martin : Tu gagnes rien, mais qu’est-ce que tu t’amuses !
Charlus : On est réunis tous les cinq, pour la première fois depuis un an, et on va faire du son tout l’Été, là où on pourra mais comme l’a dit Rémi, dans un cadre propice !

Ce concert à St-Étienne, un souvenir particulier ?
Sousou : L’Été dernier en effet.
Rémi : C’était plus qu’un concert ça ! On pourrait appeler ça un concert-chantier ! (rires)
Sousou : On était avec le collectif ETC œuvrant pour l’urbanisme libre. Les types arrivent quelque part et transforment l’endroit qu’on leur a prêté ou qu’ils squattent, carrément, pour en faire un lieu sympa et convivial. Et ce qu’il s’est passé, c’est qu’on a joué pendant le chantier ! Il y avait un énorme tas de terre à la place de la scène, on a sorti les pioches, les niveaux, et on a tout dégagé nous-mêmes. Grosse galère pour la batterie. Ce matin-là, j’étais dépité.
Rémi : Il faut que je te passe des photos de ces mecs en tenue de chantier !
Sousou : Quand on a réussi à finir les balances, il a commencé à flotter… Honnêtement, c’était bien.
Willux : Après on s’est fait embarquer par un gars qui voulait nous faire goûter des trucs maison, et…
Sousou : Oui parce que ce mec génial assis à côté de moi, a paumé les clés de l’appart’ dans lequel on devait crécher cette nuit-là. On était à la rue, un peu débrouillards on a réussi à squatter une soirée bourrée de minauds. Quarante minauds, dont un rappeur ! Du coup, on a imposé notre son direct’, les gens de la soirée se sont barrés petit à petit, et on est resté avec ce fameux rappeur stéphanois. La connexion s’est faite à ce moment-là, il a posé sur nos sons, et depuis on a gardé contact, et il vient avec nous en mars à La Dynamo. Des rencontres inattendues et surprenantes si je puis dire.
Rémi : Et surtout bien sèches ! On était secs quoi…
Sousou : Enfin bref, week-end de feu signé Willux. Il laisse sa sacoche par là, il revient, elle n’y est plus. Un grand classique. Puis quand on a voulu repartir, la bagnole était dans une rue en travaux… merci Willux quoi.
Willux : Sans moi on serait pas partis, c’est vrai. Alors remercie-moi sincèrement s’il te plaît, parce qu’il me semble qu’on a bien ri quand même !
Sousou : Et plus sérieusement, pour en revenir au concert de La Dynamo, il se passera quelques semaines avant un autre concert dans notre fief, le Cri de la Mouette.
Rémi : Erish nous aime bien, donc on a la chance de pouvoir y jouer régulièrement.

———————–

Dawa Deluxe sera en concert avec Chiko Denja le 23 mars à La Dynamo. Leur album et tout autre renseignement sont disponibles sur leur MySpace.

Article rédigé par Matthias Haghcheno

(A)parté pas si vite !

En Aparté avec … El Gringo, (très) jeune dessinateur

Bientôt majeur, le Toulousain El Gringo publie sur son compte Instagram ses dessins axés sur …