TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESDans l’objectif de… Jean Philippe Moulet

Avec l’avènement des appareils photos numériques et autres reflex ultra-sophistiqués dont l’usage est aujourd’hui (presque) à portée de mode d’emploi, associer « photographie » et « professionnalisme », c’est accepter de concevoir la photo comme un métier. Un rêve pour certains, une utopie pour d’autres, déjà blasés de leur application instagram. Pour discuter de cette question, il n’y avait sans doute pas meilleur endroit que la terrasse couverte du Connexion café, le tout, évidemment, dans le cadre de la x-arts party, organisée par Aparté. Parmi les artistes présents, Jean Philippe Moulet, photographe, dont l’objectif avait ce soir-là vu passer de nombreux sourires alcoolisés, sans doute un peu déstabilisés par cette installation originale qui tenait lieu, ce soir-là, de photomaton. Si l’interview a failli ne jamais voir le jour, c’est bien, ironie du sort, la faute aux nouvelles technologies : et parce qu’en un clic, toute une vie numérique a basculé dans le néant de la Corbeille, Jean Philippe a gentiment accepté de nous la faire à l’ancienne. Par mail, en toute simplicité. Dans l’objectif de Jean Philippe Moulet.

Du coté de l’équipe de rédaction, on se prête au jeu sans hésiter. Ces deux mecs là, vous l’aurez compris, on peut pas les encadrer.

Aparté.com : Quelle formation as-tu suivi pour parvenir à te professionnaliser ?

Jean Philippe Moulet : J’ai d’abord fait un bac S, puis un BTS photo, en deux ans. Ensuite, j’ai poursuivi avec une troisième année photo, le BTS étant très théorique.

Selon toi, comment se fait la transition entre la « photographie loisir » et l’envie d’en faire son métier ?

C’était d’abord une passion. Puis, lorsqu’il m’a fallu choisir mes études, j’hésitais entre l’informatique dans les télécom et la photo. A ce moment là, le numérique commençait à prendre de l’importance, et la photographie me permettait de concilier mes différentes envies. J’ai alors visité ETPA (école de formation de la photographie et du multimédia à Toulouse, ndlr), ce qui a fini de me convaincre.

 

© Jean Philippe Moulet

Quels sont les enseignements dispensés en école de photo ?

Le BTS comporte de nombreux cours plus ou moins intéressants et utiles, mais très variés : cela va de la prise de vue, de la chimie, de la physique, de l’optique, à des matières incompréhensible pour les néophytes, tout en passant par des matières comme le droit, l’anglais, marketing, commerce…..

« Je trouve le rendu de l’argentique bien meilleur que celui du numérique »

Quel matériel utilises-tu ?

Pour tout ce qui est professionnel, j’utilise uniquement le numérique : je possède deux boîtiers différents selon le type de boulot, studio/mode ou bien reportage en extérieur. En ce qui concerne mon travail perso, je travaille les reportages et les portraits en argentique au moyen format : c’est une manière vraiment différente de travailler, que je trouve bien plus intéressante. Se contenter de quelques poses, l’attente du développement en laboratoire, le fait de laisser une trace sur quelque chose de matériel aussi.. Tout cela participe du rendu de la photo, que je trouve bien meilleur.

As-tu déjà eu l’occasion d’exposer tes travaux ?

J’ai commencé à exposer en tant qu’étudiant. Plus tard, j’ai réalisé une série de portraits sur les sportifs étudiants, présentée dans le cadre de l’Université Paul Sabatier, ainsi qu’une série sur Las Vegas exposée en mai dernier sur la place Sainte-Scarbes, à Toulouse. J’ai aussi exposé mes travaux dans une galerie, à Paris, en novembre.

« Selon moi, la seule condition pour pouvoir être photographe professionnel est de pouvoir en vivre »

Quel est ton rapport aux logiciels photos, et à la retouche ?

Je dois dire que cela m’agace un peu, tous ces gens qui s’estiment photographes uniquement parce qu’ils possèdent un réflex numérique, un blog et des copains qui « like » leurs photos sur facebook. Selon moi, on n’est pas obligé de passer par une école ou une formation spécifique pour prétendre faire de la photographie son métier; autant faut-il pouvoir en vivre. Après, je trouve bien que la photographie suscite autant d’intérêt car il s’agit avant tout d’un chouette moyen d’expression, capable de créer du lien social.

© Jean Philippe Moulet

Quelle est la photo la plus insolite qu’il t’ait été donné de faire ?

Celle nommée Bleu Blanc Rouge, tout d’abord. J’étais alors en reportage au CAFI (Centre d’Accueil des Français d’Indochine), où je passais des journées entières à rencontrer les gens et à les prendre en photo… Je m’apprêtais à partir lorsque ce mec, qui n’avait sans doute pas toute sa tête, a surgi en face de moi. Il se tenait là, à côté de ces trois linges arborant chacun une couleur du drapeau français, symbole très fort par rapport à ces gens vivant ici, surtout connaissant leur histoire… Je n’ai pu faire qu’une seule photo. Souriant au début, le type a brutalement changé de comportement une fois la photo prise.

En ce qui concerne le canard, j’avais monté un studio photo dans la cour d’une ferme dont j’ai photographié tous les animaux; cela m’a pris un rien de temps, et c’était d’autant plus drôle à faire que je trouve les animaux super expressifs. Cette série a rencontré beaucoup de succès, et le canard figure aujourd’hui sur ma carte de visite.

© Jean Philippe Moulet

Celle ci, c’était dans une boîte, à Shangaï. Il était trois ou quatre heures du matin, je m’apprêtais à partir quand je me suis aperçu que les filles qui attendaient au bar étaient en réalité des prostituées accompagnant des expatriés européens. En quelques minutes, je réalise toute une série : je trouve les images super fortes, d’autant plus fortes qu’elles restent très suggestives, on devine beaucoup de choses. J’ai notamment réalisé une pochette de CD avec l’une de ces images.
Pour voir les autres travaux du talentueux Jean Philippe Moulet, c’est par

Article rédigé par Julie Lafitte

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