TEMPS DE LECTURE : 11 MINUTESEn Aparté avec … un Anonymous (1/2)

Interview avec un membre d’Anonymous sous le pseudonyme de n0d4ta. Avec lui nous allons parler de cette organisation, de leurs pensées et des actions à venir. Sans oublier le débat actuel du téléchargement.

Photo Benjamin Gorlin, Aparté.com

 

Peux tu me présenter Anonymous en quelques mots ?

Anonymous n’est ni un groupuscule, ni une petite organisation secrète. C’est un mouvement idéologique, auquel n’importe qui peut y participer simplement avec un peu de volonté.

 

Puisque tous le monde peut s’identifier dans Anonymous, est-ce que tu peux nous expliquer ce qu’il s’est passé avec l’attaque de « L’Express » et est-ce qu’il n’y a pas un problème d’identité?

Oui, effectivement c’est comment identifier un groupe auquel tout le monde peut appartenir. Qu’est-ce qui fait que nous sommes Anonymous ? Pour moi et pour la plupart des Anonymous, bien que je puisse parler qu’en mon nom, c’est un ensemble de valeurs qui sont la défense des libertés aussi bien d’expression que du net en priorité. Cette identité-là est très vague, derrière on peut avoir chacun une morale très différente. C’est pour cela que certains s’en sont pris aux médias car ils considéraient que la fin justifiait les moyens alors que la majeure partie d’Anonymous seront partisans que les médias sont le symbole de la liberté d’expression, ils ont droit a l’immunité. Je dis immunité comme si on accordait un droit. C’est vrai qu’Anonymous fait très juge de beaucoup de chose, ce avec quoi je ne suis pas forcément d’accord. On est pas là pour rendre un verdict mais pour alerter plus qu’autres choses. Justement j’ai une idée très différente de l’usage qu’on doit faire d’Anonymous du courant principal. Beaucoup pense que ça doit être un instrument de justice et ce qu’il s’est passé avec « L’Express », c’est qu’une partie de ces gens qui n’avaient pas de respect de cette valeur des médias, qui sont extrêmement minoritaires car quand on est cohérent avec ces idées on comprend que s’attaquer aux médias c’est s’attaquer à la liberté d’expression. Ces gens-là ont attaqué sans réfléchir parce qu’ils se sont sentis agressés, alors que la provocation était volontaire. C’est tellement facile avec l’outil de se dire on va attaquer, il suffit de deux ou trois personnes en accord. Il n’y a même pas eu de temps de réflexion, c’est aussi le problème avec internet c’est que tout se fait instantanément sans temps de réflexion. Et ça donne des erreurs comme celles de « L’Express ».

 

Les médias vous nomment des « cyber-pirates » es-tu d’accord avec ce terme?


Oui, on peut le dire dans le sens où ça définit un peu plus le pirate, il peut y avoir un pirate pour tout et n’importe quoi. Ça définit bien le mouvement, car pirater c’est détourner l’usage premier d’un objet pour en faire ce que l’on veut. L’ordinateur est fait pour telle ou telle chose mais il y aura toujours des usages déviants exploités par des gens et qui petit a petit vont se démocratiser, qui pourraient être des outils dangereux et avoir un réel impact sur internet , sur la vie réelle puisque les deux sont intrinsèquement liés. On peut nous définir ainsi car 99,9% des Anonymous sont pour la culture libre. Même moi qui discute beaucoup avec la génération de nos parents, ils comprennent mais ne considèrent pas ça comme moral. Pour eux le piratage, c’est illégal et donc assumer les conséquences. Je pense que dans notre génération actuelle considère que c’est devenu naturel et qu’il faut faire avec car les temps changent. La morale est ce qui peut ou ne pas se faire à une époque donnée et que du coup on a des major qui essayent de maintenir en place quelque chose qui devient obsolète, c’est aussi pour cela qu’on se bat avec nos actions.

 

Peux-tu me parler de ces actions?


Il y a eu l’opération Megaupload, qui commence à porter ses fruits. Comme autre action on peut citer les opérations Sony, l’implication dans les révolutions arabes. En ce moment, il y a l’action « Down with ACTA » qui pour la première fois est une action qui se fait plus dans la vie réelle que sur Internet. On pense que le seul moyen d’agir c’est de prévenir les gens dans la rue car sur internet ils ne sont pas assez informés et le seul moyen c’est d’aller à leur rencontre.

Ensuite il y a l’opération « Black March », on essaye de la mettre en place pour tout le mois de Mars. Elle consisterait à boycotter tout produit copyrighté, acheté ou téléchargé légalement ou illégalement. Plus de cinéma, plus de disques, plus de livres, black out total pendant un mois. Histoire de pouvoir dire que l’on a un pouvoir sur vous et que sans nous vous êtes rien. Essayez de vous mettre à notre portée plutôt que de vous en éloigner parce que vous allez vous mettre à dos les usagers et ça se répercute sur vos finances. Montrer qu’il y a un réveil de la population, je pense que ça ne dépassera pas les 5%, mais déjà cela me semble énorme à l’échelle du monde ou des pays occidentaux. Ce sont toujours des minorités qui ont commencé les révolutions et là ça sera une minorité comme Anonymous ou les gens qui participeront à cette opération. On veut prouver que ce qui tue soit-disant les major du disque qui prétendent aller si mal à cause du partage libre et qui pourtant font des chiffres record en période de crise et que la culture est le seul secteur qui ne souffre pas de la crise. Et que s’ils veulent souffrir de la crise, on peut les faire souffrir aussi.

 

Le week-end dernier il y a eu des rassemblements d’Anonymous dans trente-six villes de France, est-ce que ça y est Anonymous est une nouvelle force visible cette fois ?


Oui, en un sens se montrer dans la vie réelle. C’est pas tout a fait une première, il y a déjà eu quelques opérations surtout pendant les révolutions arabes où nous distribuons des tracts. Maintenant ça a plus d’impact de revendiquer au nom d’un mouvement, ça donne plus de portée. Ça nous aide à sensibiliser les gens. J’en étais persuadé mais maintenant moins après avoir vu les reportages qui ont suivi les manifestations. Nous n’étions pas très bien organisés malgré le bon déroulement. La prochaine fois on se centrera sur la sensibilisation en petit groupe. Pour expliquer aux gens ce qui se passe avec ACTA en ce moment et pourquoi c’est dangereux.

 

Christophe Barbier a dit qu’Anonymous devrait rentrer dans le débat politique mais à visage découvert. Que penses tu à ce sujet?


Premièrement, pour pouvoir se représenter il faut se revendiquer un groupe de valeur légale. C’est a dire légitimer une idée et cela me paraît absurde car une idée n’a pas besoin de valeur légale ou juridique pour exister. Nous sommes très proches des indignés et tout comme eux nous sommes apolitiques. On respecte quand même le processus démocratique, c’est nos représentants qu’il faut essayer d’alerter et qu’ils nous représentent correctement au parlement européen et français quand ACTA devra être voté.

 

Le fait d’être démasqué est-il une réelle crainte en vue d’une répression envers vous ?


Anonymous est très associé à anonymat pas à tort dans le sens que s’il y a un masque c’est quand même pour une raison. On peut voir sur le chat IRC , qu’il y a beaucoup de prudence envers les actions que l’on fait. On parle beaucoup de réseaux VPN, de Proxy tout ce qui peut nous permettre de nous protéger. Tout cela afin d’éviter des procès et on sait bien que tout cela serait très médiatisé. La sanction serait très démesurée par rapport aux faits réels. Pour exemple la peine du téléchargement est équivalente à la peine de l’homicide involontaire. Il vaut mieux se cacher. On porte un masque parce que ce masque représente une idée et que l’idée passe avant l’individu. Si demain un Anonymous tombe à cause de ces actions, on pourra toujours faire croire que l’on a arrêté un organisateur ou un leader important, nous n’avons pas de leader et c’est maintenant de notoriété publique. Ça ne suffira jamais à arrêter le mouvement parce qu’on peut pas altérer une idée portée par la masse et on ne peut rien faire contre la masse. C’est ça qui effraie les autorités plus qu’autre chose.

 

Avec la grande connaissance en hacking de certains membres, jusqu’où peut aller Anonymous?


Il faut savoir que les hackers sont une minorité. Mais on peut prendre l’exemple du cartel mexicain connu pour être le plus grand réseau de drogue, il avait capturé trois membres d’Anonymous dont deux sont morts exécutés et le troisième a été libéré par la pression des Anonymous qui avaient trouvé des données sur les membres du réseau dans le but de les donner à la police.

On a des moyens disproportionnés mais nous avons un sens moral et de là à faire comme dans le film 8th Wonderland, où ils votent le meurtre d’une personne, il y a une limite entre la fiction et la réalité.

 

En tant qu’Anonymous comment vois-tu le futur du téléchargement ?


J’ai cru qu’il avait des heures très sombres quand Megaupload a fermé puisque là je me suis rendu compte du pouvoir que pouvaient avoir les instances américaines et du monde entier. Si eux sont capables de faire ça, on est plus à l’abri pour rien et c’était le but recherché de faire peur à tous les autres qui ont d’ailleurs fermé. Du coup il y a aussi Hadopi qui surveille le Peer-to-peer. Qu’est ce qu’il nous reste pour partager librement ? Parce qu’on ne considère pas ça comme du vol. Quoi qu’on dise on trouvera toujours un moyen de télécharger parce que le progrès et le piratage sont ainsi faits. On arrive toujours à détourner l’usage premier qui est fait d’un objet. Si Megaupload est mort ce n’est pas grave au contraire c’est juste une étape dans l’évolution du téléchargement. Il y a avait une rumeur comme quoi Megaupload allait proposer un système payant pour accéder à des contenus copyrightés en louant un petit boitier par mois. Mais le principe reste le même le partage de la culture librement après cette fois ci un petit moyen financier. Et je pense que personne n’y voit d’inconvénient. Ce que l’on veut c’est continuer de rémunérer les artistes. C’est le début d’un débat entre partage de la culture et la rémunération des artistes.

 

Anonymous fera parti de ce débat ?


Oui , on en fait déjà partie en se battant contre ACTA car ACTA c’est tout sauf le dialogue. On essayera de montrer que partager librement ce n’est pas volé comme l’idée de la licence globale ou la taxe internet qui est peut être un peu injuste car tout le monde ne télécharge pas. Et de toute façon c’est juste l’avenir, on ne pourra pas l’arrêter.

 

Un dernier mot ?

We are Anonymous
We are legion
We do not forget
Expect us

Ce slogan fait très main droite de la justice mais il y en avait des mieux à mon sens mais je n’arrive plus à m’en souvenir. Je reprécise que ce que je dis là n’est qu’en mon nom propre bien que je me revendique comme étant Anonymous et comme participant depuis un moment à des opérations. Tout ça n’engage que moi et que même moi je me reconnais des valeurs d’Anonymous ,je diverge sur des points avec beaucoup de personnes. Mais c’est aussi ça qui fait la force du mouvement c’est que plus on a de diversités d’idées et de valeurs plus on arrive à converger et à enrichir le débat vers quelque chose d’universel. Bien que rien ne soit universel.

/// En Aparté avec … un Anonymous. Seconde partie ici

Article rédigé par La rédaction Aparté.com

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