TEMPS DE LECTURE : 9 MINUTESEn Aparté avec…Cosi Fan Tutte

Cosi Fan Tutte = Bandit (g.) + Nikit (dr.) © Pablo Paquedano 

Vendredi 3 Février. Paris. Début de la vague de froid. L’haleine coupée, et déjà gelée, nous tentons de gravir, non sans peine,  la demi-douzaine d’étages nous menant à l’antre de Cosi Fan Tutte. Bandit et Nikit, les deux agitateurs de scène électronique toulousaine, récemment exilés à Paris, nous ont conviés pour écouter et discuter de la sortie d’Extents, le premier EP de leur projet commun Cosi Fan Tutte à paraitre mercredi 22 Février prochain sur toutes les (bonnes) plateformes digitales. Il y avait de la lumière. Il faisait chaud. La porte était grande ouverte, nous n’avons pas posé trop questions et nous sommes entrés.

Aparté.com : Si les lecteurs d’Aparté vous connaissent plus avec vos deux projets respectifs,  Bandit et Nikit, votre enfant légitime, Cosi Fan Tutte, l’est moins. Pouvez-vous revenir sur votre rencontre ?

Nikit : Notre première rencontre s’est produite à l’Ambassade en 2009 (ndlr : le feu club toulousain). Auparavant, nous nous contentions de discuter sur Internet. Au fur et à mesure en réalisant que nous avions bien des goûts en commun, que nous partagions les mêmes références, nous en sommes venus  à réfléchir à un projet commun.
Bandit : Chacun d’entre nous a d’abord appris en solo à acquérir ce qui maintenant lui est propre, en ayant son parcours respectif de 2006 jusqu’à 2009. Nous essayions de progresser ensemble en nous donnant des conseils avisés, des manières de penser et de faire. Puis, c’est tout naturellement que nous avons trouvé un point de jonction entre nos deux univers, le projet Cosi Fan Tutte venait de voir le jour.

D’où le choix de votre nom Cosi Fan Tutte ? (ndlr : le nom fait référence à  la pièce d’opéra écrite par Wolfgang Amadeus Mozart et Lorenzo da Ponte en 1790)

N. :  Oui, le nom est le reflet de notre penchant assumé pour la musique narrative. Ajoutée à cela la volonté de faire danser, sans pour autant être focalisé sur l’aspect club, et dans un décor d’opéra, vous obtenez l’idée qui sous-tend ce projet depuis sa création.

Votre première collaboration se matérialise avec la sortie de  « March to the Unknown » paru en 2009 si nos souvenirs sont exacts?

N. : Oui; pour nous,  « March to The Unknown » est en quelque sorte un morceau zéro.
Nos emplois du temps respectifs, et les kilomètres, ne nous laissaient que peu l’occasion de nous réunir. Bandit s’était expatrié outre-manche, moi j’étais  à Grenoble.
B. : Globalement, nous avons composé et produit le titre en une journée, avec des moyens techniques dérisoires. Même si nous ne renions pas la paternité du titre, on s’en est rapidement lassé. Depuis, on peut dire que nous avons énormément progressé.
N. : Il faut plus le prendre comme une officialisation d’une collaboration à long terme.
B. : Oui c’était histoire de lancer le truc.

Vos deux projets, Bandit et Nikit, ont chacun émergé dans une scène que l’on a rapidement appelé la musique turbine. Qu’est-ce qui a changé depuis cette époque selon vous ?

N. : Je ne suis pas certain que nous faisions à l’époque consciemment de la musique dite turbine ! Certains ont pu ou cru voir dans des détails de musique produite par des groupes phare, comme Justice entre autres, un véritable genre musical à part entière. Cela n’a jamais été mon cas. De nombreux groupes se sont engouffrés,  têtes baissés, dans cette mouvance en produisant des dérivés très insipides des figures en vogue du moment.
B.: Il y a eu une sorte de mélange entre morceaux de qualité et une sorte de musique produite au kilomètre, ce qui a débouché naturellement sur une lassitude pour le public.
N. : Si la musique a un point commun avec la mode, c’est bien son perpétuel renouvellement. L’avant-garde cède rapidement la place à une certaine massification, et certains acteurs s’en détournent. C’est normal.
B. : En tout cas on évite de penser en terme de “styles”, on vise plutôt à réfléchir aux sentiments que les auditeurs pourront ressentir en écoutant nos productions, ce qui n’est pas si facile.

Quel regard portez-vous tous les deux sur la scène électronique française actuelle ?

B.: Déjà ce qu’il faut dire c’est que nous ne sommes pas des spécialistes. Bien des personnes suivent les changements dans la musique électronique depuis de nombreuses années et en sont devenus des sortes d’experts. Nikit et moi avons commencé à produire de la musique en la découvrant en même temps donc nous n’avions pas ou très peu de modèles théoriques en tête.
N.: La scène électronique française actuelle fourmille de bonnes choses. En ce moment, nous apprécions beaucoup ce que font Canblaster, Myd et Gesaffelstein, qui  font des trucs super intéressants mais qui ne sont pas pour autant de nouveaux arrivants. Sinon, la scène électronique française s’est, pour moi,  scindée entre un pôle dansant, focalisé sur le club et un second très violent, très masculin.
B. : Le spectre de la musique électronique française est super large, et c’est ça qui est intéressant. Le dernier album de Justice nous a par exemple laissé une très bonne impression.

Attardons-nous maintenant sur votre EP, Extents dont la sortie est programmée pour le 22 février prochain. Racontez-nous brièvement la genèse de cette production et comment avez-vous travaillé ensemble ?

N. : Ce projet voit le jour avec ton retour (Bandit) en France en 2010. Plusieurs titres ont été composés assez rapidement, pourtant nous n’en étions pas totalement satisfaits. Nous avons donc finalement pris le parti d’en éliminer certains et de travailler plus précisément ceux sélectionnés.
B. : Oui, nous nous sommes mis un grand coup de cravache en Septembre pour achever l’EP en Décembre de l’année dernière. Bon, c’était assez frustrant de mettre tant de pistes à la corbeille (rires) mais nous sommes très fiers des quatre titres définitifs d’Extents.

Extents sera édité sur un label ?

B. : Non, il est entièrement autoproduit et sortira uniquement sur les plateformes de distributions digitales. L’avantage c’est que nous ne subissons aucune pression de la part d’un label en termes de forme, de contenu et de timing.
N. : Je ne pensais pas dire ça il y a encore quelques années, mais j’aime bien l’idée qu’Extents soit une sorte d’objet bien qu’il ne sorte qu’en  digital.

Aparté a pris le temps d’écouter chaque piste de l’EP,  et cela dans plusieurs contextes (chez nous, en métro, au casque, sur la chaîne hifi haut de gamme du salon de chez nos parents (rires) …). L’impression générale c’est qu’on peut envisager Extents selon deux niveaux de lecture. La première simple, basique, nous frappe d’entrée et nous oblige à marquer animalement le tempo avec nos sneakers. La seconde, plus cérébrale,  nous attire sur les quelques détails (choix des claviers, effets…), rendant l’ensemble plus complexe. Clairement,  on sent, quand on connait vos deux projets solos, l’influence mutuelle. Extents est un bel exemple de la réunion de deux individualités différentes. Partagez-vous notre analyse?

B. :Tout à fait ! Lors de la construction d’un morceau, nous mettons tout en œuvre pour rendre l’écoute simple et directe.
N. : Les détails présents sur nos titres, et dont certains n’ont pas forcément conscience, participent  de loin à l’impression générale. Nous n’ajoutons pas des couches successives de complexités à nos titres, ce n’est pas du décorum ! Nous croyons plutôt que chaque détail a du sens. Et puis, nous prenons le parti de la simplicité pour convaincre ! C’est simple : quand chacun d’entre nous écoute quelque chose sur Internet, et (presque) toute notre génération est touchée par ce fléau, il faut être rapidement captivé sinon c’est le zapping assuré. On n’estime pas avoir une audience fidèle donc, quoi qu’il arrive, notre objectif numéro un c’est le divertissement.
B. : Puis un morceau doit , à mon sens, toujours pouvoir se siffloter de façon hyper naturelle.

Il a pu nous apparaitre que le remix  de “Erre” par Borussia se détachait des autres pistes présentes sur cet EP. Une raison à cette surprise ?

B. : Le remix de Borussia, un producteur parisien très prometteur et un de nos amis, est vraiment bien. On aime bien ce côté super brut et rugueux.
N.: Avoir placé un remix qui tranche radicalement avec nos morceaux est un parti pris. Il représente à sa façon une définition de la modernité, à savoir un style direct, épuré mêlé de radicalité.

Pouvez-vous nous expliquer la raison du mot d’Extents  (ndlr : extents signifiant limites pour les anglophones limités) pour l’intitulé de cet EP?

N.:
Si nous étions prétentieux, ce que nous espérons ne pas être, ou pas trop (rires), nous pourrions dire que l’on repousse les limites de la musique ! (rires). Pour le nom nous essayons d’être à la fois suggestifs, de donner des clefs d’entrée dans un imaginaire et à la fois de ne pas trop diriger arbitrairement les auditeurs. C’est un équilibre difficile à atteindre.

Peut-on s’attendre à voir Cosi Fan Tutte jouer en live bientôt ?

B. :Un “live” à proprement parler n’est pas à l’ordre du jour mais on espère jouer ensemble bientôt en dj. On garde de bons souvenirs des concerts précédents car il faut avouer que nous nous prenons beaucoup moins la tête qu’avec nos projets solos.

Puisque cette interview touche à sa quasi fin, que pouvons-nous vous souhaiter de bon à Cosi Fan Tutte, comme pour vos projets solos,  pour la suite de 2012 ?

B. : Nous espérons qu’Extents va être écouté et autant apprécié comme nous l’apprécions. Nous sommes contents du résultat.
N. : Séparément, nous avons des EP à sortir, ça sera sûrement le cas d’ici Juin prochain. Bandit a un EP quasi-finalisé en arrière-boutique, et de mon côté j’ai quelques titres en préparation, ça prend forme.

Les prochains mois s’annoncent donc fort intéressants concernant Bandit, Nikit et Cosi Fan Tutte. On laissera trainer nos oreilles. A suivre donc… En attendant la sortie d’Extents mercredi prochain, Cosi Fan Tutte dévoile rien que pour vos yeux le joli teaser que voici. 

Article rédigé par La rédaction Aparté.com

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