TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESL’opéra fait son cinéma

Liés par un partenariat avec les plus grands opéras du monde, les cinémas UGC et Gaumont poursuivent leurs retransmissions avec ce qui se fait de mieux actuellement sur la scène lyrique.

L'opéra en lumière dans les salles sombres

Diffuser dans les salles sombres les plus grandes oeuvres de l’art lyrique, interprétées par de maîtres chanteurs depuis les plus grandes salles du monde. L’idée était originale et osée. C’est d’ailleurs les yeux masqués que les distributeurs avaient avancé ce projet  il y a maintenant quelques années. Fort bien leur en a pris. Car le succès de ces retransmissions ex situ ne s’est jamais démenti. Au Gaumont de la place Wilson, on se frotte carrément les mains. ‘‘L’opération est un vrai succès : nous pouvons rentrer jusqu’à 350 personnes pour un seul opéra », se félicite ainsi un des responsables d’une enseigne qui propose notamment de suivre la saison du Metropolitan Opera de New York. C’est peu dire que le menu lyrique y est, comme toujours, alléchant. Et le Gaumont y a même rajouté certaines représentations du Bolchoï de Moscou et de l’Opéra national de Paris !

Aussi éclectique que qualitatif, le programme démarrera l’année 2012 avec une Ile enchantée composée par William Christie sur des airs, notamment, de Haendel, Vivaldi ou Rameau. Pour l’occasion, la nouvelle production du Met alignera en ce 21 janvier une distribution de rêve. La soprano Joyce Di Donato incarnera Sycorax, épaulée entre autres par l’Ariel de Danielle de Niese et le Neptune de Placido Domingo.

Le 11 février, la salle new-yorkaise se mettra à la page du Crépuscule des Dieux de Richard Wagner. La encore une nouvelle production présentera dans le rôle titre Deborah Voigt pour la conclusion du volet de l’Anneau de Nibelung. Le mois de février s’achèvera le 25 avec le grand drame romantique adapté de l’oeuvre de Victor Hugo : Ernani. Sous la conduite de Marco Amiliato, le baryton russe Dmitry Hvorostosky en Don Carlo partagera la scène avec Ferrucio Furlanetto en Ruy Da Silva.

Les amateurs d’opéra se feront ensuite une joie de retrouver le 7 avril la soprano Anna Netrebko dans le rôle titre de Manon, opéra de Jules Massenet. Après avoir marqué de son empreinte les salles du monde entier aux côtés de Rolando Villazon, la star austro-russe « mettra au supplice » cette fois-ci Piotr Beczala (Chevalier des Grieux) sous la direction de Fabio Luisi.

Le maestro italien conduira ensuite l’un des plus grands classiques du répertoire verdien, le 14 avril : La Traviata. La soprano française Nathalie Dessay y incarnera Violetta Valéry pour la seconde fois en compagnie de Matthew Polenzani dans le rôle d’Alfredo Germont. Dmitry Hvorostovsky, honorera le Met de se présence en se parant des habits de Giorgio Germont.

Une distribution prometteuse qui clôturera la partie new-yorkaise du programme 2012 pour le Gaumont.

Le Bolshoï, véritable institution de la danse, proposera après Esmeralda  de Pugni, La belle au bois dormant  et Casse-Noisette de Tchaïkovski, le Corsaire d’Adolphe Adam. Ce ballet en trois actes proposera une nouvelle version chorégraphique signée Alexei Ratmansky. Ce dernier reprendra les commandes du Clair ruisseau de Dmitri Chostakovitch le 29 avril, avant de céder la place à Yuri Grigorovitch pour Raymonda d’Alexandre Glazounov.

L’opéra de Paris ne sera pas en reste. Les étoiles de son ballet viendront conclure la saison le 15 mai dans un Roméo et Juliette qui s’annonce splendide. La symphonie dramatique d’Hector Berlioz s’habillera d’une chorégraphie préparée avec soins par un Sasha Waltz toujours très attendu.

Anna Netrebko (Donna Anna) et Giuseppe Filianoti (Don Ottavio) dans Don Giovanni

L’UGC n’est pas en reste

A quelques pas de là, l’UGC, avec Aïda, Simon Boccanegra et La force du destin, a eu le privilège de faire salle comble lors des trois diffusions automnales. Le Met est là aussi souvent en tête d’affiche, comme pour cet Eugène Onéguine de Tchaïkovski du début janvier, magnifiquement interprété par un casting divin emmené par les incontournables Renée Fleming et Dmitry Hvorostovsky. Belle entrée en matière pour cette nouvelle année, où la scène européenne est largement dans la lumière. L’opéra national de Paris fera la part belle le 2 février prochain au Werther de Jules Massenet, monstre de lyrisme de la fin du XIXe, dont les premières notes du prélude prennent déjà aux tripes avant même qu’elles ne fussent jouées. Récit d’un amour passionnel mais impossible, inspiré desSouffrances du jeune Werther de Goethe, cet opus passe pour être l’un des plus personnels et audacieux du compositeur français. Dirigée par Michel Plasson (gourou de l’Orchestre du Capitole entre 1968 et 2003), cette version parisienne de Werther offre un casting de premier choix. Jonas Kaufmann, l’un des ténors les plus marquants de sa génération, à la voix somptueusement volcanique, tient ainsi le rôle titre, aux côtés de trois phares du chant made in France : la mezzo-soprano Sophie Koch dans le rôle de l’aimée Charlotte, l’intemporel Alain Vernhes et Ludovic Tézier.

Le 8 mars c’est le Norma de Bellini qui sera à l’affiche. Popularisé par  »Casta Diva », que l’on eût cru écrit pour la Callas, le chef d’oeuvre de Vincenzo Bellini reste connu comme l’une des plus belles pages du romantisme lyrique. La soprano Daniela Dessi sera sans nul doute une solide Norma, empreinte d’un charme vocal à l’italienne correspondant idéalement au personnage de Bellini. La direction musicale est assurée par Evelino Pido, considéré comme l’un des maîtres chefs du bel canto. C’est dire la qualité de cette version enregistrée au Théatre Communal de Bologne.

Le 12 avril, place à une autre pièce majeure du lyrisme italien, plus récente celle-là puisqu’elle fut créee en 1924 : Turandot. Composée en grande partie par Giacomo Puccini, l’œuvre est notamment réputée au travers de l’ardent air  »Nessun Dorma » du début du troisième acte (ici par Pavarotti). Enregistrée aux Arènes de Vérone en 2010, la version proposée est de très bonne tenue, aussi bien au niveau vocal où Maria Guleghina est une solide princesse Turandot, que scénique où l’on en arrive presque à se croire revenu au temps de la Chine impériale.

Le 3 mai, direction Parme pour une représentation du Barbier de Séville. Inspiré du roman éponyme de Beaumarchais, l’oeuvre est pleine d’une drôlerie et d’un entrain représentatifs des premiers opéras de Rossini. Durant trois heures, les  »tubes » s’enchaînent, comme le premier air de Figaro (repris bien plus tard par…les publicitaires, en voici une des bonnes interprétations. Avec Dmitry Korchak et Bruno Pratico dans les rôles titres, flanqués de Giovanni Furlanetto, la distribution ne manque pas d’intérêt. Pour les amateurs du genre, un régal en perspective. Pour les moins avertis, surement l’une des meilleures façons de s’initier à l’art lyrique.

C’est Mozart qui sera à l’affiche le 14 juin, avec l’une de ses pièces maîtresses : Don Giovanni.  »L’opéra des opéras » selon Wagner. Magnifiée par le génie musical de l’enfant de Salzbourg, l’oeuvre figure parmi les plus représentées du répertoire mondial. Enregistrée en ouverture de la présente saison de la Scala, la version proposée est tout simplement l’une des plus complètes de ces dernières années. La charme d’Anna Netrebko en Donna Anna d’un côté, la voix suave du Don Giovanni de Peter Mattei de l’autre, les têtes commencent déjà à tourner à l’évocation d’un casting où l’on retrouvera également l’imposant Bryn Terfel.

Enfin, cette saison de  »Viva l’Opéra ! » se terminera le 12 juillet comme elle avait commencé, avec un grand classique de Giuseppe Verdi : La Traviata. Angela Gheorgiu devrait y être une très convaincante Violetta Valéry (rôle directement inspiré de La Dame aux Camélias de Dumas fils), et Ramon Vargas un solide Alfredo, le tout sous la baguette toujours impeccable du chef américain Lorin Maazel. En fait de dessert, c’est donc d’un véritable plat de résistance dont il s’agit ! Il fallait au moins ça pour conclure en beauté cette nouvelle saison d’opéra dans des salles sombres qui seront bien les seules à l’être. Car les esprits et les visages seront sans nul doute de leur côté bien illuminés. « Qui ignore la musique néglige l’approche du sublime », disait l’écrivain Louis Nucera. Alors, tous au cinéma !

Hadrien Larribère / Pierre Géraudie

Article rédigé par Pierre Géraudie

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