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Après enquête, il est surprenant d’apprendre que de nombreux résidents de la Ville rose ignorent la présence de l’échoppe singulière, implantée place Puits Clos. Unique dans toute la région Midi-Pyrénées, c’est dans cette artère non loin de la rue Saint-Rome que se trouve un véritable musée dédié au célèbre reporter belge : Tintin.

Il est possible de voir à travers ses vitrines impeccablement briquées, que le lieu regorge d’innombrables joyaux dérivés des aventures du jeune homme à la houppette. Allant de la simple figurine de plomb, jusqu’à la réplique du fétiche arumbaya de L’Oreille Cassée, le lieu ne cesse d’attirer des connaisseurs de l’oeuvre d’Hergé, collectionneurs comme simples curieux. A l’occasion de la sortie du film dans les salles, il me semblait légitime de m’engouffrer dans l’antre locale de la «Tintin-mania».

Après avoir contemplé une énième fois la devanture luxuriante, ainsi que le auvent bleu sur lequel est inscrit en lettres blanches “Espace Tintin”, je me décide enfin à enjamber la marche isolée et à franchir la double porte de verre. Ceci fait, un temps d’arrêt et une rotation de 360 degrés sont nécessaires pour contempler l’intégralité du panorama qui s’offre à nous. Sur de nombreuses étagères et autres meubles se succédant, fourmillent divers objets qui se rapportent aux vingt quatre albums de la série.

Les reproductions des personnages sont nombreuses et possibles en différentes matières, de plastique pour les petits budgets à qualité cire pour les acquéreurs avertis. On est même étonné de voir sur cintre de nombreux vêtements pour toute la famille, mettant sous format publicitaire les fameuses boîtes de conserve présentes dans Le Crabe aux Princes d’Or. En véritable pièce maîtresse, une réplique de la fusée blanche et rouge créée par le professeur Tournesol, jonche un mur de l’arrière boutique. Ses habituels carreaux ont été troqués par des casiers permettant de supporter les traditionnelles bandes-dessinées. Les plus communes sont bien évidemment exposées, de même pour les plus controversés (Tintin aux Pays de Soviets, Tintin au Congo) ainsi que la plus rare (Tintin et l’Alph-Art).

Mon analyse de la salle est interrompue par le maître des lieux, Louis Lozevis, qui en bon commerçant vient me proposer son aide. Quand je lui communique l’objet de ma venue, c’est avec un réel enthousiasme qu’il me donne son accord pour narrer les dessous de sa boutique. «Cela fait maintenant onze ans que j’ai créé cette boutique et que j’en suis le gérant» dit-il en passant un rapide coup de balai avant l’arrivée de nouveaux clients. Après avoir rangé ledit ustensile, il poursuit: « Je vends du produit Tintin depuis 25 ans, mais avant j’étais en multi-marques rue Croix Baragnon. Une fois que la société Moulinsart a décidé de faire des franchises Tintin, j’ai rapidement adhéré pour faire ce magasin ».

A l’étude de l’atmosphère régnante, je ne cesse de me demander intérieurement quelles peuvent être les motivations d’un homme, si ce n’est la passion, pour exercer ce type de métier. Louis Lozevis confirme mon interrogation : « C’est magique et  agréable. C’est plaisant de travailler dans un univers comme celui-là, c’est une véritable passion ». Notre entretien s’entrave suite au passage en caisse d’une petite fille accompagnée de son géniteur, cherchant depuis plusieurs minutes maintenant, un dvd de la série animée. « On a envie de tout acheter », déclare dans un rictus le patriarche tout en rangeant son porte-feuille, dans la poche intérieure de sa redingote. Le responsable esquisse un sourire et leur ouvre la porte dans un élan de courtoisie.

Alors que je m’étais mis à errer vers des plaques émaillées en bord de fenêtre, je scrute les deux précédents protagonistes s’éloigner et soumet à mon interlocuteur ma prochaine question. «La clientèle est constituée de jeunes enfants, mais aussi de personnes qui ont entre quarante et cinquante ans. Ce sont en général des collectionneurs ou des gens qui ont été autrefois passionnés» répond-t-il en remettant en place un mécano dérangé par la fillette. Il s’agit là d’une belle pièce de collection, je crois reconnaître la Jeep présente sur la couverture de Tintin au Congo. Juste au dessus trône une magnifique copie de la Licorne, vaisseau des mers appartenant à l’aïeul du Capitaine, François de Haddock. Mon questionnement se penche désormais sur les éventuelles pièces rares: «J’avais un buste de Tintin avec le mouchoir  assez rare qu’un collectionneur m’ a pris récemment, c’était celui réalisé par Jean-Marie Pigeon. Il y a aussi ces pièces tels que le taxi d’Amérique ou l’hydravion de Michel Aroutcheff qui ont une certaine valeur et qui sont assez rares »

Comme chacun sait, les albums, de Tintin notamment, se transmettent de générations en générations ou s’achètent plus communément en librairie, je me demande ce qu’il en est des ventes ici: « Les albums se vendent aussi mais en général la clientèle les a déjà. Ils les recherchent généralement en venant ici, dans les éditions d’autrefois ». En guise de petite question personnelle, je cherche à savoir de façon détournée si mon récepteur est lui aussi collectionneur de tout ce bric à brac. « Un petit peu », susurre-t-il tête baissée.

Voyant qu’il ne sera pas très prolixe à ce sujet, je questionne mon interlocuteur sur sa vision du parallèle entre la sortie du film et le regain d’intérêt pour sa boutique: « La boutique à un regain d’intérêt parce que le film fait découvrir aux jeunes, qui ne connaissaient pas, l’ensemble de l’oeuvre. On était en retard par rapport à d’autres BD actuelles, sinon on a quand même une clientèle régulière toute l’année, le film est juste un plus ». Et quand on lui demande ce qu’il a pensé de la pellicule à proprement parler : « Le film est très bien avec beaucoup d’action. Il a su redonner l’image de Tintin crée par Hergé et on a envie de suivre les autres adaptations parce que c’est une trilogie. Je pense que le réalisateur en a pris plusieurs pour donner envie aux gens de redécouvrir l’ensemble de l’univers Tintin ».

Un coup de téléphone vient l’interrompre sur sa lancée. Soucieux de le déranger à nouveau en plein exercice de son travail, je le remercie de m’avoir accordé ces quelques minutes et lui dit que je repasserai bientôt, une fois mon récit finalisé.  En regagnant la porte, je jette un dernier coup d’oeil par dessus mon épaule fixant un un tableau de Bianca Castaphiore, le rossignol milanais. Quittant ce cosmos dans lequel je m’étais facilement immergé, je reporte à nouveau mes yeux devant moi. La pluie se fait entendre sur les galets de placette, les rues sont désertes. Le retour à la réalité se fait dur.

© Photos : Fiona Terror

Le dossier sur Tintin continue en cliquant sur ce lien plein de surprises.

Article rédigé par jordanm

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