TEMPS DE LECTURE : 9 MINUTESTHEATRE / Tintin sort de sa bulle à Blagnac

Evénement à ne pas rater !  L’album Les Bijoux de la Castafiore, transposé au théâtre par la célèbre troupe suisse Am Stram Gram, revient dix années après sur les planches de L’Odyssud de Blagnac. L’idée de mettre en scène l’une des aventures de Tintin peut en faire sourire certains, mais c’est une véritable comédie a voir en famille qui nous est proposée par Dominique Catton et Christiane Suter.

Forte de l’unité de lieu imposée par Hergé, la retranscription de cet épisode ne pouvait être que plus réaliste. L’oeuvre est respectée à la bulle près et chaque image a été passée au peigne fin par les acteurs pour matérialiser au mieux les personnages qu’ils incarnent. Ainsi on voit s’animer sous les projecteurs le reporter à la houppette, son fidèle compagnon  à quatre pattes Milou – de façon astucieuse par le biais d’une marionnette – ainsi que tous les autres protagonistes récurrents de l’oeuvre. A noter : la diva Bianca Castafiore et toute sa suite, le Capitaine Haddock grognon au possible, le professeur Tournesol toujours aussi dur de la feuille, sans oublier les détectives Dupondt et même le trop encombrant Séraphin Lampion.

Dans ce huis clos incroyable, la réalisation ne laisse rien au hasard, de la marche cassée de l’escalier du château de Moulinsart jusqu’à l’ingénieux Triphonard, tout est réuni pour émerveiller et séduire l’auditoire. Un spectacle donc, qui ne manque pas de rendre, avec humour, un hommage au créateur de cet univers fantastique et qui  fait figure d’excellente alternative pour toutes personnes considérant l’adaptation hollywoodienne en vigueur comme blasphématoire. A cette occasion, le fondateur d’ Am Stram Gram, Dominique Catton – également réalisateur et metteur en scène de la pièce – a accepté de répondre à toutes nos interrogations.

Dates :  11/11/2011 à 21h
12/11/2011 à 21h
13/11/2011 à 15h
14/11/2011 à 20h
15/11/2011 à 20h  
Odyssud  4 avenue du Parc Blagnac – Tél: 05.61.71.75.30  – Tarifs: de 16 à 27€ 

Pouvez-vous nous résumer en quelques mots la genèse d’Am Stram Gram ?

J’ai fondé le théâtre Am Stram Gram en 1974 avec le désir de m’adresser  aux plus jeunes des spectateurs ; c’est à dire les enfants et les adolescents. Mon désir était de créer des spectacles de haut niveau  artistique de manière à captiver aussi les spectateurs adultes. Ce choix était le bon. En effet, notre théâtre est très apprécié à Genève par l’ensemble de la population et les gens aiment beaucoup découvrir nos spectacles en famille. Notre répertoire est très vaste avec des œuvres classiques et célèbres. Les auteurs d’aujourd’hui occupent aussi une  place importante. Nous privilégions le théâtre d’auteurs, un théâtre d’art avec une grande attention sur le choix des artistes aussi bien au  niveau des acteurs que de la scénographie, la musique, les costumes, les  lumières… tous les éléments d’un spectacle. Nous n’avons pas de troupe  fixe. Les acteurs sont engagés pour tel ou tel spectacle. En 1992 la  ville de Genève a construit – spécialement pour notre travail – un  magnifique et grand théâtre dédié à l’enfance. C’est un privilège.

 Pourquoi avoir choisi d’adapter « Les Bijoux de la Castaphiore » parmi les titres composant l’oeuvre d’Hergé ? 

 J’ai appris à lire avec Tintin. Pour moi, c’était un rêve d’adapter un  album au théâtre. Hergé était un visionnaire, un créateur universel s’adressant aussi bien aux adultes qu’aux enfants. L’adaptation d’une BD d’Hergé au théâtre est pratiquement impossible.  Trop de lieux, trop de situations beaucoup trop complexes matériellement  pour le théâtre. Les bijoux de la Castafiore est une exception. Tous  les personnages évoluent dans l’enceinte du château du Capitaine Haddock  à Moulinsart. Pour une fois, il n’y a pas de voyage au bout du monde. Pas  de course poursuite….. Mais la Diva  Castafiore débarque avec toute sa  suite…. et l’aventure au château démarre. Une aventure à domicile tout  aussi folle et surprenante que les aventures de Tintin sur la lune, au  Tibet, Congo, Amérique….

Comment vous y êtes vous pris pour transposer la BD au théâtre ? Qu’est ce qui a été le plus difficile ?

Notre désir était de rendre hommage à Hergé. Nous devions donc être fidèles ; mais le vrai défi était de passer d’un univers dessiné à un univers  sonore et dans un espace de fiction en trois dimensions. Ce fut très  long et compliqué ; mais passionnant. Nous voulions que le public  retrouve l’univers de l’album transposé sur une scène de théâtre.  Habituellement notre créativité est animée à partir d’un texte mais sans image. Avec Hergé, nous avons non seulement le dialogue mais aussi des  images.

L’enjeu a été de trouver une place à notre imaginaire dans  un contexte déjà imagé. Dans un premier temps, nous avons séparé le texte des illustrations. Nous  avons découvert avec grand plaisir que nous étions en présence d’un  objet très particulier. Le texte d’Hergé – auquel nous n’avons pas  touché une virgule – était à la fois un scénario cinématographique et  une pièce de théâtre d’une modernité absolue. Pas d’histoire linéaire  mais une succession d’évènements imprévisibles dont la juxtaposition  avait quelque chose d’absurde, de surréaliste. Pour le  dessinateur Hergé, passer d’une image située dans un salon du  château, à une cabine téléphonique, puis dans la roulotte des gitans,  découvrir Tintin au sommet d’un arbre et voir enfin la Castafiore dans  sa 403 Peugeot, ne pose aucun problème ; mais au théâtre, c’est un réel  défi.

Comment faire pour Milou et le perroquet Coco – personnage  central- au théâtre ? Avec Christiane Suter et Gilles Lambert le scénographe nous avons dû  inventer un dispositif de jeu très particulier qui nous permette des changements de décor très rapide et fluide sans jamais interrompre l’action. Nous nous sommes inspirés du langage cinématographique :  travelling, champ-contrechamp, zoom..etc. La base du décor est composée de  trois volées d’escaliers avec des cadres qui se déplacent latéralement de cour à jardin. Ainsi nous recréons plus ou moins les vignettes à  dimension variable de la BD. Souvent les acteurs et le mobilier sont  amenés sur des plateaux roulants.

 La bande son de Jean Faravel joue un rôle  déterminant car la partition sonore des albums d’Hergé a une présence  très forte. La Castafiore fait des vocalise, le perroquet se manifeste  toujours avec ses  » Allo j’écoute », le téléphone intervient sans cesse,  le bruit de la marche cassée sur laquelle tout le monde trébuche. Pour  cela, Hergé a inventé toute une gamme, toute une panoplie de signes graphiques. Au théâtre, nous devions trouver des équivalences. Pour les costumes et les coiffures, nous avons exactement reproduit les images. La grande difficulté pour les acteurs était le problème des voix. Chaque lecteur s’imagine la voix de La Castafiore, de Tournesol, des Dupond(t);  mais l’acteur impose sa voix à tous les spectateurs. Nous avons demandé  à tous les acteurs(trices) de bien observer les dessins et de proposer  non seulement des voix mais aussi des attitudes des mouvements  correspondant aux dessins. Pour se rapprocher de l’esprit d’une BD, nous  avons parfois recours à des images arrêtées qui se réaniment.

Pouvez vous nous dire quelques mots sur la pièce en elle même ? 

L’album Les Bijoux de la Castafiore n’a rien a voir avec une pièce de  théâtre. Cependant, Hergé aimait le théâtre et détestait l’opéra. A  propos de cet album Hergé a déclaré qu’il était théâtral. Nous avons eu  la chance de le vérifier. Nous ne sommes pas en présence d’une pièce  classique avec unité de temps de lieu et d’action mais avons découvert  une écriture éclatée, fragmentaire d’une étonnante modernité. Le vrai  sujet des Bijoux de la Castafiore est l’incommunicabilité et la  solitude comme conséquence. Nous ne sommes pas loin de Beckett, Ionesco ni de Tchekhov. Chez tous les grands dramaturges, chaque personnage a sa  propre langue ; c’est le cas avec Haddock, Tournesol, les Dupond(t), la  Castafiore et c’est d’ailleurs le choc des langages qui crée l’humour si  particulier et si fort d’Hergé. Pour nous la langue d’Hergé est aussi  forte, aussi belle que ses dessins.

Vous avez l’appui de la société gérant l’empire laissé par Hergé. Il semble que c’est quelque chose de très rare. Avez vous eu des obligations pour l’élaboration de votre pièce ? 

Nous avons dû apporter des réponses à de multiples questions parfois  très surprenantes. Aujourd’hui, nous considérons que c’est un véritable  privilège d’avoir obtenu les droits exclusifs d’adaptation théâtrale d’un album d’Hergé. Les responsables de la Fondation Moulinsart sont très rigoureux pour  tous les projets qui leur sont soumis. De plus, le théâtre n’est pas leur univers. Avant tout, Nick Rodwel a vu une de nos création à Genève : une  adaptation de « La Belle et la Bête ». Il a aimé. Alors, a commencé une  série de rencontres dans de nombreuses villes et tout particulièrement à Bruxelles dans le bureau où Hergé a pratiquement dessiné tous ses  albums. C’était très émouvant. Finalement nous avons réussi toutes les épreuves et nous avons obtenu le feu vert. Maintenant nous avons des  rapports amicaux avec M. Rodwel qui apprécie beaucoup notre adaptation.

Cette pièce date de 2001, et vous la rejouez cette année. Est ce que vous profitez de l’engouement autour de Tintin – suite à la sortie du film – pour proposer autre chose aux spectateurs ? 

A Genève, nous avons repris le spectacle juste avant la sortie du film, et comme nous avions refusé des spectateurs en 2001, 2002, 2003 nous  avons bénéficié de cette énorme campagne autour du Secret de la  Licorne. A Bruxelles, nous avons joué en même temps que le film et avons  un peu le sentiment que les gens sont « gavés » de Tintin. Curieusement il  y a moins de public qu’à Genève. Un chroniqueur a rédigé un article  comparatif entre le film et le théâtre. Nous sommes très touchés de  constater que – selon l’article- notre création est très proche de  l’esprit d’Hergé et qu’il y a un souffle d’humanité et d’humour. Nous  avons déjà joué à Odyssud en 2003 avec beaucoup de succès. Souhaitons  que cela se renouvelle.

Le dossier sur Tintin continue en cliquant sur ce lien plein de surprises.

Article rédigé par jordanm

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