Evénement à ne pas rater ! L’album Les Bijoux de la Castafiore, transposé au théâtre par la célèbre troupe suisse Am Stram Gram, revient dix années après sur les planches de L’Odyssud de Blagnac. L’idée de mettre en scène l’une des aventures de Tintin peut en faire sourire certains, mais c’est une véritable comédie a voir en famille qui nous est proposée par Dominique Catton et Christiane Suter.
Forte de l’unité de lieu imposée par Hergé, la retranscription de cet épisode ne pouvait être que plus réaliste. L’oeuvre est respectée à la bulle près et chaque image a été passée au peigne fin par les acteurs pour matérialiser au mieux les personnages qu’ils incarnent. Ainsi on voit s’animer sous les projecteurs le reporter à la houppette, son fidèle compagnon à quatre pattes Milou – de façon astucieuse par le biais d’une marionnette – ainsi que tous les autres protagonistes récurrents de l’oeuvre. A noter : la diva Bianca Castafiore et toute sa suite, le Capitaine Haddock grognon au possible, le professeur Tournesol toujours aussi dur de la feuille, sans oublier les détectives Dupondt et même le trop encombrant Séraphin Lampion.
Dans ce huis clos incroyable, la réalisation ne laisse rien au hasard, de la marche cassée de l’escalier du château de Moulinsart jusqu’à l’ingénieux Triphonard, tout est réuni pour émerveiller et séduire l’auditoire. Un spectacle donc, qui ne manque pas de rendre, avec humour, un hommage au créateur de cet univers fantastique et qui fait figure d’excellente alternative pour toutes personnes considérant l’adaptation hollywoodienne en vigueur comme blasphématoire. A cette occasion, le fondateur d’ Am Stram Gram, Dominique Catton – également réalisateur et metteur en scène de la pièce – a accepté de répondre à toutes nos interrogations.
Dates : 11/11/2011 à 21h
12/11/2011 à 21h
13/11/2011 à 15h
14/11/2011 à 20h
15/11/2011 à 20h
Odyssud 4 avenue du Parc Blagnac – Tél: 05.61.71.75.30 – Tarifs: de 16 à 27€
Pouvez-vous nous résumer en quelques mots la genèse d’Am Stram Gram ?
J’ai fondé le théâtre Am Stram Gram en 1974 avec le désir de m’adresser aux plus jeunes des spectateurs ; c’est à dire les enfants et les adolescents. Mon désir était de créer des spectacles de haut niveau artistique de manière à captiver aussi les spectateurs adultes. Ce choix était le bon. En effet, notre théâtre est très apprécié à Genève par l’ensemble de la population et les gens aiment beaucoup découvrir nos spectacles en famille. Notre répertoire est très vaste avec des œuvres classiques et célèbres. Les auteurs d’aujourd’hui occupent aussi une place importante. Nous privilégions le théâtre d’auteurs, un théâtre d’art avec une grande attention sur le choix des artistes aussi bien au niveau des acteurs que de la scénographie, la musique, les costumes, les lumières… tous les éléments d’un spectacle. Nous n’avons pas de troupe fixe. Les acteurs sont engagés pour tel ou tel spectacle. En 1992 la ville de Genève a construit – spécialement pour notre travail – un magnifique et grand théâtre dédié à l’enfance. C’est un privilège.
Pourquoi avoir choisi d’adapter « Les Bijoux de la Castaphiore » parmi les titres composant l’oeuvre d’Hergé ?
J’ai appris à lire avec Tintin. Pour moi, c’était un rêve d’adapter un album au théâtre. Hergé était un visionnaire, un créateur universel s’adressant aussi bien aux adultes qu’aux enfants. L’adaptation d’une BD d’Hergé au théâtre est pratiquement impossible. Trop de lieux, trop de situations beaucoup trop complexes matériellement pour le théâtre. Les bijoux de la Castafiore est une exception. Tous les personnages évoluent dans l’enceinte du château du Capitaine Haddock à Moulinsart. Pour une fois, il n’y a pas de voyage au bout du monde. Pas de course poursuite….. Mais la Diva Castafiore débarque avec toute sa suite…. et l’aventure au château démarre. Une aventure à domicile tout aussi folle et surprenante que les aventures de Tintin sur la lune, au Tibet, Congo, Amérique….
Comment vous y êtes vous pris pour transposer la BD au théâtre ? Qu’est ce qui a été le plus difficile ?
Notre désir était de rendre hommage à Hergé. Nous devions donc être fidèles ; mais le vrai défi était de passer d’un univers dessiné à un univers sonore et dans un espace de fiction en trois dimensions. Ce fut très long et compliqué ; mais passionnant. Nous voulions que le public retrouve l’univers de l’album transposé sur une scène de théâtre. Habituellement notre créativité est animée à partir d’un texte mais sans image. Avec Hergé, nous avons non seulement le dialogue mais aussi des images.
L’enjeu a été de trouver une place à notre imaginaire dans un contexte déjà imagé. Dans un premier temps, nous avons séparé le texte des illustrations. Nous avons découvert avec grand plaisir que nous étions en présence d’un objet très particulier. Le texte d’Hergé – auquel nous n’avons pas touché une virgule – était à la fois un scénario cinématographique et une pièce de théâtre d’une modernité absolue. Pas d’histoire linéaire mais une succession d’évènements imprévisibles dont la juxtaposition avait quelque chose d’absurde, de surréaliste. Pour le dessinateur Hergé, passer d’une image située dans un salon du château, à une cabine téléphonique, puis dans la roulotte des gitans, découvrir Tintin au sommet d’un arbre et voir enfin la Castafiore dans sa 403 Peugeot, ne pose aucun problème ; mais au théâtre, c’est un réel défi.
Comment faire pour Milou et le perroquet Coco – personnage central- au théâtre ? Avec Christiane Suter et Gilles Lambert le scénographe nous avons dû inventer un dispositif de jeu très particulier qui nous permette des changements de décor très rapide et fluide sans jamais interrompre l’action. Nous nous sommes inspirés du langage cinématographique : travelling, champ-contrechamp, zoom..etc. La base du décor est composée de trois volées d’escaliers avec des cadres qui se déplacent latéralement de cour à jardin. Ainsi nous recréons plus ou moins les vignettes à dimension variable de la BD. Souvent les acteurs et le mobilier sont amenés sur des plateaux roulants.
La bande son de Jean Faravel joue un rôle déterminant car la partition sonore des albums d’Hergé a une présence très forte. La Castafiore fait des vocalise, le perroquet se manifeste toujours avec ses » Allo j’écoute », le téléphone intervient sans cesse, le bruit de la marche cassée sur laquelle tout le monde trébuche. Pour cela, Hergé a inventé toute une gamme, toute une panoplie de signes graphiques. Au théâtre, nous devions trouver des équivalences. Pour les costumes et les coiffures, nous avons exactement reproduit les images. La grande difficulté pour les acteurs était le problème des voix. Chaque lecteur s’imagine la voix de La Castafiore, de Tournesol, des Dupond(t); mais l’acteur impose sa voix à tous les spectateurs. Nous avons demandé à tous les acteurs(trices) de bien observer les dessins et de proposer non seulement des voix mais aussi des attitudes des mouvements correspondant aux dessins. Pour se rapprocher de l’esprit d’une BD, nous avons parfois recours à des images arrêtées qui se réaniment.
Pouvez vous nous dire quelques mots sur la pièce en elle même ?
L’album Les Bijoux de la Castafiore n’a rien a voir avec une pièce de théâtre. Cependant, Hergé aimait le théâtre et détestait l’opéra. A propos de cet album Hergé a déclaré qu’il était théâtral. Nous avons eu la chance de le vérifier. Nous ne sommes pas en présence d’une pièce classique avec unité de temps de lieu et d’action mais avons découvert une écriture éclatée, fragmentaire d’une étonnante modernité. Le vrai sujet des Bijoux de la Castafiore est l’incommunicabilité et la solitude comme conséquence. Nous ne sommes pas loin de Beckett, Ionesco ni de Tchekhov. Chez tous les grands dramaturges, chaque personnage a sa propre langue ; c’est le cas avec Haddock, Tournesol, les Dupond(t), la Castafiore et c’est d’ailleurs le choc des langages qui crée l’humour si particulier et si fort d’Hergé. Pour nous la langue d’Hergé est aussi forte, aussi belle que ses dessins.
Vous avez l’appui de la société gérant l’empire laissé par Hergé. Il semble que c’est quelque chose de très rare. Avez vous eu des obligations pour l’élaboration de votre pièce ?
Nous avons dû apporter des réponses à de multiples questions parfois très surprenantes. Aujourd’hui, nous considérons que c’est un véritable privilège d’avoir obtenu les droits exclusifs d’adaptation théâtrale d’un album d’Hergé. Les responsables de la Fondation Moulinsart sont très rigoureux pour tous les projets qui leur sont soumis. De plus, le théâtre n’est pas leur univers. Avant tout, Nick Rodwel a vu une de nos création à Genève : une adaptation de « La Belle et la Bête ». Il a aimé. Alors, a commencé une série de rencontres dans de nombreuses villes et tout particulièrement à Bruxelles dans le bureau où Hergé a pratiquement dessiné tous ses albums. C’était très émouvant. Finalement nous avons réussi toutes les épreuves et nous avons obtenu le feu vert. Maintenant nous avons des rapports amicaux avec M. Rodwel qui apprécie beaucoup notre adaptation.
Cette pièce date de 2001, et vous la rejouez cette année. Est ce que vous profitez de l’engouement autour de Tintin – suite à la sortie du film – pour proposer autre chose aux spectateurs ?
A Genève, nous avons repris le spectacle juste avant la sortie du film, et comme nous avions refusé des spectateurs en 2001, 2002, 2003 nous avons bénéficié de cette énorme campagne autour du Secret de la Licorne. A Bruxelles, nous avons joué en même temps que le film et avons un peu le sentiment que les gens sont « gavés » de Tintin. Curieusement il y a moins de public qu’à Genève. Un chroniqueur a rédigé un article comparatif entre le film et le théâtre. Nous sommes très touchés de constater que – selon l’article- notre création est très proche de l’esprit d’Hergé et qu’il y a un souffle d’humanité et d’humour. Nous avons déjà joué à Odyssud en 2003 avec beaucoup de succès. Souhaitons que cela se renouvelle.