TEMPS DE LECTURE : 9 MINUTESNuit Sonore #3, traquenard à l’Opéra Bouffe

La rédaction d’Aparté.com était présente pour couvrir cette deuxième édition du festival La Petite Invite Les Nuits Sonores.  Marc Bonomelli et Mathis Grassot, stylos et carnets de note en poche, devaient en théorie chroniquer la nuit #3 du festival. Enfin, ça, c’est ce qui était prévu…

(c) Pierre Delmas

Et pour une fois, on est parvenus à mobiliser tous nos efforts et principes pour ce faire… Enfin presque.

Dès lors qu’on radine devant ce resto-club baptisé l’Opéra Bouffe – l’intitulé est infâme et ne donne ni faim, ni envie d’écouter Mozart l’Opéra Bouffe- un type s’avance vers nous tout sourire, chemise à motifs baléariques et barbe blanche formant un tout uniforme avec sa capillarité aristotélicienne.

Le gus se révèle au bas mot dealer et nous propose deux minuscules pastilles fluos qu’il assure provenir de sa dernière composition. « Une solution chimio-pyrexosique issue de la modification apportée à la molécule de mescaline consistant en l’ajout d’un atome de carbone à l’une des chaines de l’éthylamine » nous renseigne-t-il d’un ton assez rassurant pour nous convaincre d’accepter son offre. Rappelons qu’on a passé la veille et l’avant-veille engoncés dans nos couettes en s’empiffrant de wraps au chèvre tout en matant pour la énième super plus une fois l’intégrale de la saga Star Wars et la trilogie de Lords Of The Ring en version longue.  On a par conséquent soif de sensations autres que celles que procurent la sauce BBQ dans ses draps et les larmes aux yeux lorsque Dark Vador retourne sa veste en trouant la paillasse à un empereur Palpatine aussi galactique que maléfique.

En plus de ça le vieux est über-cool et nous propose de filer sa came gratos si on a une cibiche à lui refourguer. On accepte cordialement, et on le remercie pour sa munificence en le gratifiant d’un DVD bonus comprenant le making of des Hobbits de la Comté, d’une vignette Monopoly Macdo’ affichant la Rue Lecourbe, d’un kit main libre, d’une part de gâteau creusois et d’un guéridon Louis Philippe en noyer.

On clôt cet épisode de remarquable altruisme par de chaleureuses accolades et d’enjoués adieux, puis on s’empresse d’aller faire la queue comme tout le monde. A l’entrée, une paire de vigiles peu commodes (notez la redondance du terme) tente de nous chercher les noises. En vain puisque nous avons goulument avalé au préalable nos deux super bonbons en absorbant une canette de Canada dry pour faire passer la pilule.

(c) Pierre Delmas

On accède enfin au théâtre des festivités. Une salle à deux étages et autant de bars où des minots surexcités s’entassent aux étudiants en com’ comme bœufs et veaux en étable. Il est temps d’aller quêter la chopine.

La grime clubique de Laundry Mix ambiance formidablement nos tentatives effrénées d’accès au bar. C’est dans ces moments que tu aimerais être muni d’un aérosol antipersonnel pour approcher le comptoir tant il est ardu de se faufiler dans cette marre stagnante de gros relous qui même en possession de leur pinte préfèrent rester plantés là comme si ressembler à un pylône dressé au beau milieu d’un passage clouté en heure de pointe procurait une satisfaction ataraxique.

Tu finis par atteindre bec et ongles ton but et poses tes coudes entre un rond de verre et une micro flaque de téquila salée. Essoufflé, tu réalises alors à quel point tu es invisible et incompétent dans l’impitoyable discipline consistant à attirer l’attention des serveurs qui s’agitent devant ta trombine d’assoiffé. Force est de reconnaitre que ton arsenal de sourires intéressés, de hochements de têtes insistants, de clins d’œil et de signes de la main évasifs ne font pas mouche. Ta visibilité avoisine celle d’un hérisson qui fume un splif sur une autoroute par temps brouillardeux.

La gent féminine pourrait évaluer le charisme et les qualités viriles du potentiel partenaire sexuel mâle en chronométrant son temps passé à essayer d’être vu par le barman. En distillant cette idée, j’ai conscience que je souscris à redevenir puceau jusqu’au jour où  j’opterai pour une vaginoplastie.

Bref. Tout vient à point à qui sait attendre et nous voila enfin en possession de nos calices plastiques au contenu houblonné. Nous nous dirigeons flegmatiquement vers la scène lorsque brusquement le sol se dérobe à nos pieds pour dessiner des serpentins à un rythme vertigineux. Le plafond et les murs s’intervertissent et se télescopent aux vapeurs des abîmes terrestres. Les flots fracassent leurs lames de fond sur les gens. Les vents hurlent des lyrics du Wu Tang dans un maelström tartaréen.

La vision de Mathis travesti en père noël défroqué et pleurant toutes les larmes de sa région métatarsienne est le dernier souvenir que je garde de la nuit…

(c) Pierre Delmas

J’émerge non sans peine de ma torpeur, alité sur un tapis duveteux dans un environnement qui rassemble toutes les caractéristiques d’une yourte karakalpake. Mes vêtements portés la veille ont disparu au profit d’une unique salopette floquée devant et derrière d’un portrait grandeur nature de Ziad Takieddine en trottinette. Non loin de moi, Mathis, affublé d’un étui pénien dernier cri en Papouasie, n’est pas moins à son avantage.

Pour faire court – parce qu’à la base on m’a demandé d’écrire un billet court-  on a été recueilli par le vieux narcotrafiquant barbu de la veille qui nous a profusément suborné les perceptions avec son substrat opiacé à titre quasi gratuit. En fait, notre hôte s’avère n’être autre qu’Alexander Shulgin, cet éminent pharmacologue et chimiste américain à qui on doit légion de drogues psychoactives, notamment la redécouverte et la popularisation de la MDMA dans les années 70.

Egérie de la communauté psychédélique et savant fou, il s’est invité aux Nuits Sonores pour étudier les résultantes de ses dernières trouvailles synthétiques sur la jeunesse française. Son objectif : prouver que l’éthylo-pyrexosine (le machin qui nous a mis mal) connecte les synapses du sujet humain au spectre sonore de la musique électro. M.Shulgin nous a ainsi élu -à nos corps défendant- cobayes de cette formidable épopée scientifique.

Alexander Shulgin, escamoteur de perceptions

Aparté.com: Zéro souvenir de la nuit. Si Rabin Panzani, notre intraitable rédacteur en chef, apprend nos déboires, nous sommes foutus…

Alexander: Pas de panique, je me ferais une joie de vous relater vos faits et gestes, ainsi que vos propos que j’ai dûment recueillis pendant le concert. Pour ma part, l’expérience semble s’être couronnée de succès: vous étiez tous deux étroitement connectés à chaque note qui retentissait des enceintes !

Aparté.com: Nos derniers souvenirs remontent au début du set de Hudson Mohawke. Qu’en était-il ?

Alexander : Les effets premiers de la substance que vous avez ingéré ressemblent à ceux de la MDMA mais de façon décuplée. Un sentiment d’amour intense s’empare du sujet qui s’abandonne totalement à ses émotions. L’instrumentation hip-hop de Mohawke, gonflée et euphorisante, coïncidait avec votre propension à déclarer votre flamme fugace à l’ensemble de l’auditoire. Vous étiez juste insupportables et c’est un miracle que vous ayez quand  réussi à rouler des pelles pendant FUSE.

(c) Lola Mirti

Aparté.com : Mon Dieu, et la suite avec Panteros 666 et Dusty Kid, notre état n’est pas allé en améliorant ?

Alexander : L’ambiance atteignait son point d’orgue à ce moment là. C’était comparable, en terme de folie, au jour ou j’ai isolé la molécule de DOM en bossant sur la mesca, en 1960. Tandis que les midinettes se débridaient sur le dancefloor, vous avez entamé la phase enthéogène. Aussi longtemps que Panteros666 a taté la platine vous n’avez cessé de répéter à tout rompre que vous étiez pris en chasse par des sandwichs club au steak de cheval géants.

Selon vos dires, vous vous êtes transformés en saumons remontant le fleuve qui traverse les méandres du moi profond lorsque Dusty Kid déroulait ses basses deep et ses touches minimalistes. Puis je vous ai suggéré de fermer les yeux, et vous avez alors dévalé un champ d’asteroide hyper spatial en scandant l’internationale du genre Ewok.

(c) Pierre Delmas

Aparté.com : Panzani va nous abattre… Comment ce fatras de démence s’est-il achevé?

Alexander : Après avoir échappé à ma surveillance pendant le cataclysme house Renart, je vous ai retrouvé mordant la poussière du parc à crottes St Georges dans la tenue que vous arborez avec plus ou moins de dignité à l’heure où je vous narre votre nuit. Je vous ai ramené ici, en lieu sûr.

Aparté.com: On est où au passage?

Alexander: Du côté de Sébastopol, non loin de Yalta, en Crimée.

(c) Lola Mirti

Aparté.com : Zut, on a loupé la conférence de presse donnée par Chilly Gonzales. D’ailleurs, à cette distance de l’Hexagone on ne sera jamais présents à la Halle au Grain pour la soirée de clôture des Nuits Sonores !

Alexander : Pas de panique, j’y ai dépêché l’homme de la situation !

A suivre…

Trop de travail ? Un état de santé précaire dû aux premières rigueurs climatiques ? Somme toute, vous avez loupé La Petite Invite Les Nuits Sonores 2011, le festival toulousain de référence de l’automne. Don’t worry. Be happy. Aparté était présent à toutes les soirées de cette deuxième édition du festival, afin de prendre le poul des artistes, notre rythme cardiaque en phase de beat. La suite du dossier ici.

Article rédigé par Marc Bonomelli

(A)parté pas si vite !

Saison 2018-19: Aparté(.com) recrute !

Nouvelle saison, nouvelles recrues. Si tu souhaites intégrer la rédaction, ou la partie événementielle on …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *