TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESLes pré-nuits

Avant qu’elle ne reçoive les Nuits Sonores à proprement parler, la Petite Invite orchestre une poignée de soirées à libre entrée en guise de mise en bouche au gros des festivités. Retour sur ces pré-nuits, à la Dynamo et au Palais des Beaux-arts.  Jean-Marc l’Indigné et Robert l’Alcoolique nous font part de leur regard avisé.


Lundi 31 Octobre / La Dynamo.

La soirée mensuelle de Let’s Motiv est le point de départ du festival. En bon magazine de culture urbaine, il est de bonne guère que les prestations proposées se parent des saveurs de la rue. Que l’on retrouve dans la proximité des courts métrages projetés jusque dans le Trip-hop bitumé des groupes présents. Donnons plutôt la parole à l’homme de la rue.

Alexis Pech (c)

Bonsoir Jean-Marc, présentez vous!

Nous sommes les 99 %. Déterminés, pacifiques, non-violents. C’est notre devise! Je parle au nom de la majorité et je le démontrerai. Debout pour mettre fin à l’arbitraire, à l’injustice et à l’incompréhension…

Hum, fort bien Jean Marc! Dites moi, quel souvenir gardez vous de la soirée?

Et bien, en ouverture ils nous ont projeté des petits films destinés à concourir au festival international Séquence du court métrage il parait. Ça a commencé par un dessin animé glauque et très gratuit. Sans queue ni tête et plutôt de mauvais gout. Je me suis ennuyé, un peu agacé.

Puis il y en a un qui m’a bien marqué oui. Luminaris, réalisé par Juan Pablo Zaramello, un Argentin si je flanche pas. Il met en scène deux employés, une homme et une femme, travaillant dans une usine d’ampoules électriques, dans un pays gouverné par la lumière artificielle. Le type croque dans des billes en verre, souffle comme pour faire une bulle de chewing-gum… Et paf, ça fait une ampoule. Un beau jour il essaie de mettre en œuvre un plan pour changer le cours des choses dans ce monde mécanisé. Mais il se fait prendre et on le licencie. Alors il enfourne des dizaines de billes dans sa bouche et en fait une ampoule-montgolfière dans laquelle il s’envole très loin de l’enfer avec sa bien aimée.   

Cette usine est pareille au système bancaire et spéculatif international, qui draine et exploite la grosse majorité de la population mondiale. Ne lui laisse d’autres perspectives d’avenir que les dettes et la précarité. Nous pouvons et devons dire non à ce monde mené par 1% des plus puissants. Comme l’employé de la fabrique de lumière, l’initiative vient d’en bas. Nous sommes les 99%, nous sommes le peuple, nous sommes…

Tout à fait, tout à fait oui… Une série de concerts a suivi la projection, avez-vous y assisté ?

Assurément. En fier combattant contre l’hégémonie musicale des labels faisant main basse sur la création musicale, je me dois de soutenir, et d’apprécier à leur juste valeur ces formations proposant un moyen d’exister et une dimension artistique alternative. Non au dictat de l’esthétique FM, la musique revient de droit aux peuples et aux musiciens. Ce soir plein de gens étaient au rendez-vous pour voir Monsieur Grandin, accompagné de ses instrumentistes. Un violon, une voix féminine des plus maitrisées, une guitare ténébreuse. Avec des samples qui sentent le bitume, les premiers pétards,  des trucs de la vie mec, de la vraie vie des jeunes…

Mais je dois filer la, je me lève tôt demain. Il faut que je passe en coup de vent chez Décathlon acheter une tente Quechua et un réchaud puis je prends le premier long trajet pour Paris. On va camper à la Défense là… OCCUPY FRANCE

Mercredi 2 Octobre / Palais des Beaux-arts.

Le palais des Beaux Arts, lieu d’une esthétique des plus classiques, bordant la Garonne. Le groupe VOYAGE VOYAGE VOYAGE, donne un concert interactif dans une de ses salles blanches et longilignes. Robert était présent et livre son regard pertinent sur la prestation.

Bonsoir Robert, quel était le motif premier de votre venue?

J’ai cru voir « Palais du Beau Ricard » sur la prog. Mes globes oculaires étaient certainement trop altérés par quelque breuvage casse-patte à ce moment là parce qu’il n y avait que des bières rationnées sur les lieux. Quand bien même le distillat d’anis fut-il absent, il y avait plein de gens sympas et bien habillés dans la cour intérieure. Et puis entre nous, boire des bibines en milieu artistique, ça a de quoi redorer le blason de la biture.

Vous vous souvenez certainement de la prestation de VOYAGE VOYAGE VOYAGE ?

Figurez-vous qu’après une durée incertaine de trou noir profond, je me suis réveillé dans une longue salle sombre. Un groupe jouait le dos tourné au public, si j’ose dire. De mon point de vue, je distinguais davantage des silhouettes enrubannées des émanations mêlées des fumigènes et des cibiches que se cramaient sans vergogne ces ombres humaines dans ce haut lieu d’esthète.

Qu’est que ce concert avait d’interactif ?

Les guitaristes et bassistes du groupe ont câblé un éventail de pédales d’effets à une quinzaine de mètres de leur position, au niveau du public. Ce dernier pouvait donc les enclencher à sa guise, au plus grand dam de mes oreilles migraineuses!


Un bilan cacophonique donc ?

C’est-ce qu’il m’a semblé de prime abord, mais une fois accoutumé au vacarme, j’ai saisi l’intérêt de la prestation. A savoir un travail sur les ambiances visuelles et les textures sonores, au moyen de jeux de lumières azurées, d’ombres diaphanes et de nébuleuses de fumée. J’ai pensé aux années 90, à My Bloody Valentine ou tout ce que Sonic Youth a fait de plus abstrait. L’ajout de drone, de reverb et de saturation à tire-larigot  tissait un espace tortueux et hallucinatoire, ténébreux et dérangé.
Bémol: on sentait par moments que cette débauche d’effets de forme servait à camoufler le manque de fond musical et de véritables compositions.

Et pour terminer ?

J’ai fini en cellule de dégrisement pour ivresse publique manifeste. Ajoutez à ça une amende pour dégradation des biens publics… Il m’a pris une soudaine envie d’uriner et je n’ai pas réalisé que je m’acquittais de mon besoin dans une œuvre abstraite que j’eu pris pour un urinoir… Vous savez moi et l’art conceptuel…

 

Trop de travail ? Un état de santé précaire dû aux premières rigueurs climatiques ? Somme toute, vous avez loupé La Petite Invite Les Nuits Sonores 2011, le festival toulousain de référence de l’automne. Don’t worry. Be happy. Aparté était présent à toutes les soirées de cette deuxième édition du festival, afin de prendre le poul des artistes, notre rythme cardiaque en phase de beat. La suite du dossier ici.

Article rédigé par Marc Bonomelli

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