TEMPS DE LECTURE : 11 MINUTESL’Amérique latine dans la tête… #4 – Une semaine type à Buenos Aires

Comment peut bien s’organiser une semaine d’un quelconque étudiant international ou argentin à Buenos Aires ? Ci-dessous quelques petits moments qui composent mes semaines porteñas.

Lundi : « Il faut que je m’y mette… »

 

9h30, l’heure de se lever avant d’entamer une dure journée. En réalité, je n’ai pas cours le lundi grâce à un emploi du temps allégé permis par mon statut d’ « étudiant international ». Comme tous les lundi donc il faut planifier la semaine à venir, ranger le désordre du week-end passé, s’atteler aux tâches de la vie quotidienne… mais, également travailler le peu qu’il y a à faire pour les cours de la semaine. Il semble que ce soit là le moment le plus dur de la journée : s’imaginer en train de bosser accoudé à la table du salon, alors que les beaux jours de printemps appellent au contraire.

10h30 : c’est souvent l’heure où, avec mes colocataires, nous partons en direction du Disco – chaîne de grande distribution argentine, pour enfin remplir le frigo vide depuis déjà deux jours. Le désespoir, surtout quand vous savez que vous attendrez une heure à la caisse pour 4 clients aux vues de la lenteur argentine.

12h : retour à l’appartement chargé de paquets. Le temps de remplir le frigo, de traîner sur Facebook et de geeker sur le web, il est déjà l’heure du repas.

15h : Après un ou deux appels Skype, petite revue de presse française et étrangère, preuve d’une lâcheté procrastrinatrice.

17h : Il faut que je m’y mette… mais non toujours pas.

21h : le temps de manger, de s’atteler aux ultimes tâches quotidiennes, je fais un tour sur mes cours, puis range. La procrastination m’a rattrapé. Je regarde un film ou termine un des Sagan que j’ai emmené dans mes valises.

Mardi : « La femme de ménage m’a réveillé… » 

Le mardi pour nous est synonyme de femme de ménage. Mais pourquoi donc ? Tout simplement parce que le propriétaire argentin très malin sait toujours au moment de la signature du contrat imposer une femme de ménage une fois par semaine. Il fallait donc choisir le jour et l’heure, en jonglant entre les emplois du temps de chacun de mes colocataires. C’est donc moi qui m’y colle le mardi matin, car je n’ai toujours pas cours. La femme de ménage en Argentine n’ayant jamais la clé de l’immeuble, il faut donc par un jeu habile entre son réveil et sa capacité à s’habiller le plus rapidement possible, trouver le moment opportun du lever. Cela me permet d’introduire une donnée sociétale sud-américaine très importante. Si en fin de compte, le toulousain est connu pour son quart d’heure de retard qui le rend si provincial aux yeux du parisien, en Argentine et en Amérique Latine, l’horaire fixe n’existe pas. Seule exception : quand il s’agit de vous présenter aux services des migrations pour faire votre VISA où cinq minutes de retard ne sont pas tolérées. Il n’existe donc aucune équation mathématique pour savoir l’heure exacte de rendez-vous avec vos amis, votre propriétaire, votre plombier ou votre femme de ménage. J’en viens donc au fait, il arrive qu’elle vous surprenne dans votre lit ou votre salle de bain en faisant sonner le plus longtemps possible l’interphone. Bref, la journée commence bien. Il me faut donc ensuite organiser la matinée en fonction de la présence de cette dernière.

Ayant cours l’après-midi, vient l’étape décisive des transports à commun. Ceci serait digne d’un article entier aux vues de l’étendue des anecdotes ou faits que je pourrais raconter. Car, en effet, Buenos Aires, sur ce point-là n’est ni comparable à Paris, ni comparable à Toulouse. La jungle urbaine a souvent raison des petits étudiants internationaux voire des argentins eux-mêmes adeptes des transports collectifs appelé colectivo. En temps normal, c’est-à-dire routes dégagées, il me faut 20 minutes de bus pour me rendre à la fac. En semaine, aux heures de pointe, comptez le double ou le triple du fait de bouchons considérables dans le centre-ville même. Mais avec le temps on s’y fait. Rien à voir avec nos chers petits bus bleus et jaunes. Deux options s’offre à vous, prévoir large ou arriver en retard. Les deux sont envisageables à la fois. Suit un cours d’espagnol de 2h entre étudiants internationaux peu intéressant à raconter, mis à part que 1) la prof a eu Borges pour professeur et l’a bien connu, 2) qu’elle a toujours une série d’anecdotes à nous raconter en plein milieu d’un exercice de grammaire ou d’une lecture. La relation élève/professeur est ici bien différente de ce que l’on peut connaître à la fac en France, car ces derniers ont tendance à s’immiscer jusque dans votre vie intime ou sentimentale (cf. un prof de théologie s’adressant aux étudiantes de la classe me concernant : « ce jeune homme est célibataire, allez-y les filles ! »). Certes ce n’est pas la règle chez tous les enseignants, mais à voir de plus près, c’est une tradition beaucoup plus présente. Peu de distance donc.

Mercredi : « L’overbooking m’a tué. »

 La journée s’annonce le plus souvent difficile, intellectuellement parlant : 6h de cours, 2h de cours de soutien de mathématiques pour un Terminale du lycée français. La matinée débute par un cours de sciences politiques très intéressant consacré à l’Amérique latine,  qui nous présente les processus de mobilisations sociaux et politiques depuis les années 1930. Au final, l’approche académique n’est pas si différente que celle à laquelle nous sommes habitués, les différences se retrouvent plus dans l’organisation du cours et des épreuves : QCM multiplechoice en guise de contrôle continu et un essai d’une quinzaine de pages pour l’examen final. Nous sommes une trentaine, et en règle générale les cours de chaque master proposé sont divisés en classe ou « commissions » de 30 à 40 élèves. Ce ne sont pas des cours magistraux, mais des cours interactifs où l’élève participe activement – ou pas. J’enchaîne l’après-midi par un soit disant cours de photographie donné par une architecte de formation, incompétente en la matière. Voilà le cours-blague du semestre. Pour finir mon mercredi en beauté, je donne un cours de math à un élève du lycée français en grande difficulté puisque très dyslexique. Ce job, je l’ai trouvé grâce à une amie de Sciences Po Paris, en échange également à Buenos Aires, qui se charge des autres matières. Il s’agit d’une expérience enrichissante, d’autant plus que c’est le fils du chargé des relations commerciales entre la France et l’Argentine de l’ambassade. Le luxe de l’appartement contraste fortement et malheureusement avec ce que l’on peut voir à 2 Km ou moins à vol d’oiseau de mon quartier de résidence… l’extrême pauvreté à laquelle nous sommes rarement confrontés (et qui fera l’objet d’une prochaine chronique). Je rentre le soir éreinté vers 20h, l’overbooking étudiant m’a tué.

Jeudi : « Une heure de plus s’il vous plait ! »

Le jeudi, c’est un peu l’apogée de ma semaine de cours. Lever 6h30, début des cours à 7h45 oblige, le réveil est donc difficile et je prie parfois pour une heure de sommeil en plus. Pour me préparer au master journalisme, j’ai en effet choisi un cours de production audiovisuelle qui paradoxalement est inscrit dans le parcours de communication et publicité. En réalité, même s’il ne m’apporte aucune méthode de rédaction  ou d’analyse, j’ai voulu privilégier l’aspect « technique audiovisuelle », ce qui ma foi m’aura apporté pas mal, à la seule différence que l’objectif reste publicitaire donc sans grand intérêt. L’organisation du cours est intéressante car nous sommes une trentaine, répartis en groupes de travail où chacun joue un rôle clé comme dans une boîte de production et une équipe de tournage. Les travaux pratiques sont hebdomadaires et spécialisent bien, un peu à l’image des séminaires offerts à l’IEP. C’est un cours fleuve qui prend la matinée entière et qui a le mérite d’être ponctué de nombreuses pauses « cafétérias ». Les  étudiants argentins sont en général très friands des pauses, où il peuvent soit bachoter, soit ne strictement rien faire.

Je n’ai pas cours jusqu’à 16h, j’en profite généralement pour faire un tour en salle informatique ou à la bibliothèque, ou à l’imprimerie car en général les supports de cours sont à imprimer par les étudiants eux-mêmes à leurs propres frais jusqu’à 12 euros pour des cours de 300 pages. Il est également interdit de photocopier un quelconque livre de la bibliothèque. En gros, l’étudiant paie, mais s’il est à la UCA, c’est parce qu’il en a les moyens.

En général, le jeudi soir se termine par une soirée ou une sortie entre amis. Le jeudi soir est aussi soir de l’étudiant en Argentine, et ils sont nombreux à sortir dans les bars et les discothèques de la ville. J’ai quelques habitudes avec des amies argentines au bar l’Alamo à trois cuadras – unité de mesure urbaine – de chez moi, sorte de pub irlandais plein du mercredi au samedi d’étudiants argentins et internationaux qui y viennent bien évidemment pour la bière et la musique rock. On s’y fait difficilement une place tellement le bar est bondé, la musique est très forte, le brouhaha en réalité supportable après quelques verres. J’ai rarement trouvé une telle ambiance. Mais la vie nocturne est tellement dense à Buenos Aires, qu’il y a 100 lieux tels que celui-ci.

Vendredi : « Vendredi, c’est boisson ! »

Pour paraphraser la maxime catholique, « vendredi, c’est poisson ! », mon vendredi rime plutôt avec boisson. Vu que je n’ai pas cours le vendredi, c’est un peu le jour fourre-tout, rien de vraiment régulier. C’est en général, le jour où 1) les étudiants internationaux qui n’ont pas cours tentent de travailler ou 2) partent en voyage le temps d’un week-end, car le temps libre accordé permet réellement de voyager. Une chance unique pour découvrir un pays ou un continent plus en profondeur. L’Argentine a l’avantage d’être un pays très tourné tourisme et fait donc beaucoup pour faciliter la tâche. Évidemment, Buenos Aires offre mille possibilités sorties  entre ses musées nationaux, ses théâtres et ses cinémas.

Le soir, à nouveau, on vous propose  une sortie, un verre entre amis ou le quelconque anniversaire d’un étudiant de l’université en échange que l’on connaît vaguement. Je vous laisse imaginer la suite le samedi matin.

 

Le week-end : Samedi  et Dimanche : « T’aurais pas un  verre d’eau ? »

Le week-end oblige, un choix cornélien s’offre à vous : ne strictement rien faire, ou sortir flâner dans Buenos Aires. En général, j’opte pour la seconde option, mais dans l’après-midi avec souvent un petit mal de crâne que ce soit le samedi ou le dimanche. Le samedi  appelle forcément à des grandes messes étudiantes autour de 22h puis de 2H du matin dans un appartement puis dans un boliche pour célébrer en beauté la jeunesse étudiante. Cela peut être une option comme sortir dans un bar entre amis bien tranquillement après un bon restaurant italien pour écouter un groupe en scène. L’avantage d’une grande ville animée comme Buenos Aires c’est qu’il y a toujours des bons plans le dimanche, notamment des ferias, ce qui semble-t-il manque à Toulouse. Les magasins sont en général ouverts. Vous aurez le choix entre deux ferias dominicales : celle de San Telmo et celle de Matadero. La première en plein centre de Buenos Aires est plus touristique, plus bobo mais est très animée notamment autour d’un marché le long de la rue Defensa où vous trouverez artisans, brocanteurs, vendeurs à la sauvette, vendeur d’un jour ou vendeur depuis toujours sous le rythme agité d’orchestres de percussionnistes ambulants. La deuxième est beaucoup plus populaire à la limite de la capitale, mais n’en garde pas moins un charme inaltéré.

La promenade finie, je rentre souvent épuisé et prêt à attaquer une nouvelle semaine ou préparer un voyage.

20h00 : je me décide à boucler la chronique pour Aparté.com


Article rédigé par Florian Bardou

(A)parté pas si vite !

Germaine Chaumel: une photographe à l’oeil humaniste

Le conseil départemental de la Haute-Garonne met à l’honneur, dans une double-exposition gratuite, le travail …