TEMPS DE LECTURE : 15 MINUTESEn Aparté avec… Kurds Are My Heroes

Du Skate? Oui mais pas que. Frasques juvéniles et performances esthétiques, bande son pointue et filming cinglé se bousculent au sein de la vidéo Kurds Are My Heroes. Hugo et Julien, skaters vidéastes et radicaux du cool, présentent ici leur vision séditieuse d’un sport s’illustrant par une inaltérable quête de créativité.

 

Il aura fallu près de trois ans pour aboutir au format définitif de Kurds Are My Heroes (KAMH). Trois années jalonnées de tricks en planche à roues plus ou moins fous, de succès et de chutes de bras cassés, de glanages musicaux et de cuts filmiques, de potes fêlés et de cuites inavouables.

Kurd, c’est avant tout un crew de skaters épris de street culture. Un esprit de groupe robustement forgé au gré des moments traversés ensemble à écumer les spots, à outrepasser  les limites de son skate. Avec la vidéo pour fer de lance de son style.

A La Fabrique, petit troquet toulousain  de centre ville, nos Heroes ont décidé de projeter l’avant première de leur dernier rejeton vidéo, le dernier samedi d’octobre. L’endroit accueille une forêt de bonnets haut de forme -si l’on peut dire-  et les sneakers Vans chaussent grand nombre des petons supportant skaters ou sympathisants accourus pour l’occasion.

Le bar est rempli de fond en comble lorsque se profilent aux écrans les premières images de KAMH. Plans successifs de scènes de vandalisme, d’une modèle aguicheuse, d’un crooner, de flows gangsta, et de scènes de nature en fast motion. Bercés par une sombre track de deep house.  S’en suivent les parts consécutives consacrées à chaque membre du crew, entrecoupées de séquences télescopant lives de hip-hop à de vieux films de genre oubliés. A chaque skater la bande son qui lui ressemble et coïncide avec sa manière de rider. Du rap agressif  pour les tricks cassants et frénétiques d’Amine en passant par l’électro-pop smoothie épousant les courbes souples du skating de Julien…

Mais trêve de verbiage, la parole est donnée à Hugo Campan et Julien Ducas, acteurs et réalisateurs.

 

Pourquoi ce nom, Kurd?

Hugo: Au départ, le nom du crew vient du surnom de mes amis Amine et Réda Taoussi (Frères jumeaux, NDLR) dans leur jeunesse. Les gosses de leur quartier pensaient qu’ils étaient kurdes. En plus, un des rites du skate est de former un crew quand tu es jeune. Avec le recul c’est marrant. Surtout quand tu vois tous les minots en faire avec une sorte de rivalité entre eux. On avait pas trop d’idées de nom et la forte image des jumeaux l’a déterminé. Et moi j’étais blanc et eux « kurdes » . Plus rien n’avait de sens et ça c’était cool.

La vidéo vous dépeint soudés au sein d’un délire commun. Depuis quand skatez vous ensemble ? Parlez nous de votre rencontre.

Hugo: j’ai commencé le skate de mon coté en 2000, à 10 ans. Puis j’ai rencontré les jumeaux il y a sept ans quand j’avais 14 ans, en 2004. Puis on a commencé à faire du skate pour Official Skateshop en 2009. C’est à partir de là que le crew a pris une petite importance : Etienne Baunin, Chico Dansan, Lucas Puig, Brian Bunting et Romain Jorda (qui skate pour le shop) puis Olivier Durou et David lestrade. On connaissait déjà plus ou moins tous les gars actuel du crew. . Mais le fait de skater pour le même shop nous a soudé et on skate tous les jours ensemble. Et au final on est devenus vraiment potes. A la même période on a rencontré Julien Ducas avec qui j’ai réalisé la vidéo. Et c’est lui qui a filmé la majeure partie des images tout en ayant une part…. Et finalement sans le vouloir la vidéo et le crew ont pris de l’importance, grâce à la forte image de Official Skateshop et le fait qu’aujourd’hui la plupart des gars qui skatent vraiment sur Toulouse sont partis du crew. Notre seul regret est que la part friend de la vidéo ne représente pas bien le skate toulousain. Parce que il manque des images de potes skateurs qui comptent sur Toulouse comme Richard Shenten, Jc Geraud ou Clément Castex…

Julien: Pour ma part , je connaissais les jumeaux depuis 5/6 ans , à force de se voir dans la région. On a toujours bien accroché. Je suis le petit dernier du crew, mais j’ai vite vu que j’avais aucun effort à fournir pour m’intégrer dès lors que j’ai compris qu’on se ressemblait tous. La vidéo a vite fait son chemin , la cohésion de groupe aussi.

(c) Pierrick Moulés

« Une bonne vidéo de skate suit 3 règles : un bon filming, des tricks esthétiques et des musiques inattendues. Et juste ce qu’il faut d’ambiance. Quand tu mattes un porno tu t’en fous de l’histoire, tu veux de l’action »

 

La vidéo précédente de Kurd dessine un tableau de votre groupe et de votre façon de skater sous un angle très différent de ce que l’on peut voir aujourd’hui. Qu’est qui a changé depuis, entre vous? Vis-à-vis de vos influences?

Hugo: Notre première vidéo « La Kurde » en 2008 parait plus classique. On a joué le jeu des vidéos de l’époque. L’influence d’une vidéo américaine ( Lakai-Fully flared) est bien marquée. Les parts sont moins rapide s et les musiques plus gentilles.
Cependant, dans l’esprit, il y a un lien dans les deux vidéos. Pour la première on était plus jeunes et moins performants et nos influences ont changé. Mais il y avait quand même cette volonté de faire découvrir des musiques et de jouer sur le montage pour embellir le brut. Un mélange que l’on apprécie entre la culture rap, rockn’roll, électronique et même pop.
Aujourd’hui, on suit aussi une tendance. Différente et plus subversive. Et notre crew est plus développé et plus uni donc en image l’ambiance de la vidéo est plus originale. Nos influences actuelles seraient les vidéos indépendantes de crews américains comme la « Boyish », la « happy medium 1 » ou encore la « Tilt mode army ». Ce sont les vidéos actuellement produites les plus intéressantes. Elles se dégagent un peu du milieu du skate pour arriver à un résultat unique. Entre des performance incroyables et un montage vraiment intéressant. Influencées par le visuel des vidéos VHS de l’époque et des clip des années 80/90. Le montage est efficace : du skate recoupé au millimètre, un filmage en VX 1000 avec des couleurs orangés, ça va vite, les plans sont beau et originaux. De toute façon pour nous une bonne vidéo de skate suit 3 règles : un bon filming, des tricks esthétiques et des musiques inattendues. Et juste ce qu’il faut d’ambiance. Quand tu mattes un porno tu t’en fous de l’histoire, tu veux de l’action.

Julien: Hugo a toujours eu plus d’imagination que moi pour créer une ambiance dans une vidéo. Il savait déjà ce qu’il allait faire avant bien même que le filming de la vidéo soit bouclé. De mon côté , j’avais vu la Kurde 1 en spectateur , du coup c’est avec du recul que j’ai proposé une bande son , qui ressemble à chacun , tout en gardant l’esprit de leur première vidéo.

(c) Pierrick Moulés

Le nouveau Kurd Are My Heroes donne à voir certains tricks assez impressionnants. Pour autant vous semblez préférer l’esthétique du skate au versant purement technique. En effet s’y ajoute de la musique spécifique, des plans séquences sans lien direct avec ce sport, ou encore quelques incartades… Quelle est votre vision personnelle du skate, activité qui ne se limite jamais à un simple sport?

Hugo: Le niveau actuel du skate est sur-abusé. Même si tout a déjà était fait, maintenant on peut voir toutes les semaines une vidéo d’un inconnu de 14 ans avec trop de style faire des tricks incroyables sur des trucs énormes. Mais on est pas débiles, on sait que l’on peut pas rivaliser avec tous ces tueurs… Notre style de skate est plus porté sur la créativité que sur la performance pure. Alors certains nous le reprochent… C’est bien pour eux.

On se filme depuis tous petits et à chaque fois, faire une vidéo est un projet stimulant. Chacun veut faire de son mieux et donc on progresse plus vite. On s’est dit que quitte à faire une vidé, autant proposer quelque chose de plus original et de plus travaillé. Permettre d’avoir un fond correct et une forme qui embellit le tout. Puis on préfère les choses belles à des choses impressionnantes. Un bon trick bien fait, sur un beau spot, avec un gars bien habillé qu’un truc trop dur mais visuellement inacceptable.

« Le skate nous a a ouvert l’esprit dans le bon sens : recherche de l’originalité et de la créativité constante avec toujours un point de vue esthétique »

 

On voulait avoir un rendu facile et agréable à regarder. Et donner un maximum d’aspect culturel à la vidéo. Des musiques que l’on écoute à la fois tous les jours mais aussi qui apportent quelque chose. Qui représentent notre skate et nos visions tout en faisant découvrir aux autres. Par exemple, pour l’intro et l’outro, on a utilisé des tracks de deep house, ce qui à ma connaissance n’a pas était fait auparavant. Puis on mis un morceau de Nas pour rendre hommage au skate des années 90.

Par rapport aux plans sans liens avec le skate, on a fait ça pour plusieurs raisons. D’abord pour donner un aspect décalé, avec une esthétique VHS, des gros pixels, des images d’écran qui beuguent (TV noise). Cela donne un aspect un peu étrange, qui peut mettre le public en interrogation. Par exemple pour l’intro, il y a une succession d’images qui explique la naissance du mal. C’était une sorte de blague face à la tendance des hipsters d’aimer Satan, 666, l’Antéchrist et les Punks. En plus des chats, des dinosaures, et des pulls à motifs uniques.

Pour les images inclues dans les parts, elles correspondent à l’image de chaque skateur, toujours un peu décalées et avec humour. Donc il y a Notorious, Tupac, des croix en feu, Snoop Dogg, Morrissey, des images super 8…. Puis chaque part montre les différentes influences du skate : le rap, le punk, le rock’n’roll, l’animal wave. De toute façon le skate est destiné à suivre les tendances comme elles même s’inspirent de lui. Pour moi c’est un échange important. En fait, on voulait suivre tout le long de la vidéo un design VHS / analogique. C’est la tendance actuelle. Mais on a rien inventé, tous les gars cool font ça en ce moment donc du coup pour ne pas tomber dans le piège pathétique de la mode, on a essayé de tourner ça avec dérision.

Je le répète depuis toujours : le skate se limite pas au sport. Je ne parlerais pas de style de vie parce que je pense qu’il y a tellement de skateurs en qui je me reconnais pas. Mais je pense que le skate est clairement impliqué dans la culture. Appelez ça sous-culture/street culture/mode/musique. Je m’en fous mais je suis fier de toutes ces influences que le skate m’a apporté et de l’image que diffuse le skate. Il y a une cohésion de tout cela dans les vidéos de skate, ce qui en fait un « produit » culturel à part entière. Le skate nous a a ouvert l’esprit dans le bon sens : recherche de l’originalité et de la créativité constante avec toujours un point de vue esthétique.

(c) Pierrick Moulés

Un skateur pro s’est joint à vous pour le tournage. Quel effet ça fait de rider avec une telle pointure?

Hugo: Le skateur pro s’appelle Lucas Puig. Il s’est joint à nous sur le tournage comme la plupart des autres gars du crew. Au tout début, on était que quatre (Amine, Réda, Alexis et moi). Après on a rencontré Julien qui a réalisé la video avec moi. Et en même temps on a rencontré tous les autres (Etienne, Lucas, Chico, Olivier, David….). Mais comme je l’ai déjà dit, le milieu du skate est petit et donc on se connaissait déjà tous mais on était pas encore vraiment des potes.

Bien sûr que d’avoir Lucas dans notre vidéo est une chance parce que cela donne une ampleur quasi internationale à la vidéo, enfin surtout pour sa part. Mais c’est d’abord un ami avec qui on skate, sort et passe du temps. Même si chaque jour on hallucine de son niveau. C’est avant tout un ami au même niveau que les autres et donc il a une place ni plus, ni moins importante que les autres dans la vidéo.

Il faut savoir que les vidéos de skate sont structurées : Pour simplifier : intro / première part : le nouveau tueur / les autres parts / et la dernière part : la légence, et la fin. Donc on a bien réfléchi pour placer les parts. En première et dernière les gars à l’origine, soit Amine et Réda. Au milieu, Lucas, pour retenir l’attention (il n’as pas besoin de prouver quoi que se soit…).

Julien: Personnellement , en tant que filmeur à 90 % de la vidéo , forcément que c’était un plaisir que Lucas ait une part entière dans cette vidéo, personne ne dira le contraire. Après on oubliera jamais qu’une fois à Toulouse , avec nous , c’est juste notre pote Lucas. C’est donc bien sûr intentionnel s’il est placé en plein milieu de la vidéo.

 Crew love is true love

 

Vous le considérez davantage comme un frère ou comme un mentor?

Hugo : Un frère qui a la classe (rires).

 

(c) Pierrick Moulés

Mon sentiment au terme de la vidéo : Kurd, ce n’est pas le skate, c’est votre skate à vous. Qu’en dites vous?

Hugo : Personnellement, j’aurais préféré un nom de vidéo en français, enfin j’aime sa signification. Pour bien montrer que c’est une vidéo de français même si le skate doit tout à l’Amérique.

Mais c’est cool d’avoir compris ça. Le but était de montrer notre vision du skate en tant que crew. Parce que « kurd are my heroes  » veut bien dire que c’est une vidéo de potes passionnés, faite par eux et pour eux. Le principe était de montrer que nos héros c’est pas les pro américains trop forts qu’on n’a jamais vu, mais c’est d’abord nous. Tous mes amis savent ce que je peux faire et vice-versa. Donc on apprécie à sa juste valeur un pote faisant un trick parce qu’on sait si c’est chaud pour lui ou non. Et de regarder des images de nous me motive autant si ce n’est plus que celles des pros. D’où notre dernière volonté : crew love is true love.

Des projets à venir?

Hugo: J’aimerais bien dire que l’on a un autre projet. Mais celui la est l’aboutissement de ces trois dernières années. On en est fier parce que il retranscrit bien notre mentalité et comment l’on voit et fait le skate. Le problème c’est que l’on grandit et que le skate ne paie pas à notre niveau et même en général. Donc chacun fait son chemin, travaille ou étudie. Certains bougent de Toulouse… Et donc c’est de plus en plus difficile de se retrouver tous ensemble pour filmer et refaire un projet. Mais je ne dis pas que l’on  ne fera plus rien. Je ne me prononce pas. Notre relation est assez forte mais reste liée au skate et on ne sait pas comment vont tourner les choses.

Pour l’instant on essaye de skater le maximum quand on ne travaille pas. On a des photos à faire pour le skateshop. Et je pense que l’on va faire des petites vidéos pour laisser croire au gens que l’on est et l’on sera trop fort/trop cool pour toujours…

Julien: En projet , on pense déjà sortir les bonus , j’ai encore une bonne heure de rushes non utilisés encore. Ça fait de quoi s’amuser encore en montage pour sortir toutes les longueurs qu’on a réduit durant la vidéo.

(c) Pierrick Moulés

 

Le mot de la fin

Hugo : On veut remercier Official Skateshop et son patron Mathieu Fauveau. Il nous a toujours soutenus et il a permis au projet d’aboutir. Même si c’est une vidéo de crew et pas de shop, Official Skateshop est à notre image. On tente de défendre notre vision du skate. Je sais que certains pensent qu’on est trop fermés mais moi je pense qu’après 1O ans de skate je sais ce que j’aime et ce que je n’aime pas. Il y a plein de trucs cool dans le skate : son esprit décalé, sa jeunesse, son esthétique et sa culture. Et dans cette vidéo je pense qu’on le défend bien. On lui donne une image peut être plus hype/fashion/hispter qui irrite certains vieux skateurs. Mais je pense que c’est bien, parce que je veux que les filles soient fan des skateurs parce qu’ils apparaissent comme des gars cool et pas comme des gros loosers qui trainent en ville avec un longboard!

Julien: CREW LOVE IS TRUE LOVE!

 

La vidéo Kurds Are My Heroes est à visionner dans son intégralité sur la chaîne YouTube du crew, ICI.

Article rédigé par Marc Bonomelli

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