TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESOPERA / Tosca, chef d’oeuvre de l’art lyrique au Capitole

C’est une histoire un peu folle, un mélodrame politico-historique fait de sang et de larmes, de passion et de haine, où l’amour n’est jamais loin, la mort non plus. Tosca, chef d’oeuvre de Giacomo Puccini, est actuellement à l’affiche du Capitole (jusqu’au 14 octobre) en ouverture d’une saison lyrique qui mettra aussi à l’honneur Mozart, Wagner, et Verdi. Une belle entrée en matière…

Catherine Naglestad en parfaite Tosca, donnant ici la réplique à Roberto Alagna, à Orange en 2010.

 

Ne jamais se fier aux premières impressions. Cette antienne, Puccini a du la méditer plus que quiconque. Car la première représentation de sa Tosca à Rome, en 1900, ne fut pas loin de faire un four. Quatre morts au baisser de rideau final, c’en était trop pour les âmes les plus sensibles. Celles-ci venaient pourtant d’assister à la création de ce qui sera l’un des opéras les plus réputés du répertoire lyrique. Et c’est en France qu’il faut chercher l’origine de l’oeuvre. Du côté de Victorien Sardou, membre de l’Académie Française, et auteur de La Tosca, créée à Paris en 1887 (avec Sarah Bernardt dans le rôle titre). Valse des sentiments, force de l’intrigue, virulence des échanges, tout semble alors réuni dans la pièce pour la porter sur une scène lyrique. Les compositeurs de l’époque ne s’y trompent pas, Verdi en tête qui, bien qu’intéressé par le texte de Sardou, n’ira jamais jusqu’à le mettre en musique, sûrement bien occupé déjà par l’adaptation du Falstaff de Shakespeare. Intrigué par l’intérêt porté par son maître à cette pièce, Puccini décide dès lors d’en faire un opéra : Tosca est née. Trouvant l’oeuvre de Sardou par trop longue, le compositeur et ses librettistes décident toutefois de raccourcir la pièce et de la recentrer autour d’un triangle vocal caractéristique de l’opéra d’alors : baryton, soprano, ténor.

Une histoire dans l’Histoire

Voilà pour la structure. Le génie musical de Puccini fera le reste, accouchant d’un opéra en trois actes d’une incroyable intensité, dont les premières notes jouées Tutta Forza (autrement dit le plus violemment possible) annoncent la puissance dramatique autant que la noirceur du propos. Celui-ci prend date en 1800. L’ancienne République de Rome est tombée, laissant place à un régime policier mené d’une main de fer par le peu scrupuleux Scarpia. C’est avec ce contexte politique pour toile de fond que se déroule une passion amoureuse, liant Floria Tosca au peintre Mario Cavaradossi, romance perturbée par l’arrivée d’Angelotti, républicain tout juste évadé que l’artiste se fera un devoir d’aider dans sa fuite. Mais Scarpia veille, qui après avoir obtenu les aveux de la belle cantatrice n’hésitera pas à marchander la (sur)vie  d’un Mario repris par la garde contre des faveurs viles et obscènes. Bien mal lui en prendra…Car sous ses airs de belle et fragile amante, Tosca ne s’en laisse pas compter. Et son Vissi d’arte (l’un des airs les plus fameux du répertoire lyrique) pre-mortem est aussi pur que son coup de poignard sera féroce. Mais même mort, Scarpia n’en reste pas moins fourbe. Et Mario, dont l’exécution ne devait être qu’un simulacre, mourra d’une mort bien réelle, non sans avoir auparavant accompli là encore un air illustre, E lucevan le stelle, morceau de bravoure musicale durant lequel orchestre et ténor sont en parfaite symbiose afin de laisser le condamné exprimer sa nostalgie, son désespoir. Dans Tosca, la mort n’est jamais loin. Mais telle qu’exprimée par Puccini, l’auditoire ne peut que s’en réjouir.

Tosca, la beauté dramatique

Créée à Toulouse en 1906, six ans après la première romaine, l’oeuvre est de nouveau à l’affiche en cette année 2011, avec une mise en scène signée Mario Pontiggia. Catherine Naglestad y est une Tosca exemplaire de justesse et d’authenticité, aux aigus majestueux, qui ne joue pas seulement son rôle : elle l’habite. La soprano américaine, qui avait l’an dernier donné dans la même oeuvre la réplique à Roberto Alagna aux Chorégies d’Orange (et y avait été héroïque, jugez-en donc), la donne cette fois-ci au ténor russe Vladimir Galouzine, qui campe un Mario également impeccable. Son Vittoria! du second acte ( faisan
t écho à la victoire de Napoléon à Marengo) fait passer un frisson tel que le temps semble s’arrêter. Scarpia, de son côté, a trouvé avec le baryton français Franck Ferrari un illustre ambassadeur, avec ce qu’il faut de cynisme et de fourberie, le tout poussé par une voix de haute tenue dont la gravité colle idéalement à l’abjection du personnage. Quant à la mise en scène, respectant au mieux l’atmosphère et le cadre de la période napoléonienne, elle est somptueusement efficace. L’interprétation de l’orchestre du Capitole ne l’est pas moins, menée d’une main de maître par le chef russe Tugan Sokhiev. Tout est donc réuni pour sublimer une oeuvre qui ne demande pas mieux. Reste toutefois la question des entractes (au nombre de trois en l’occurrence), qui rompent, bien que provisoirement, la tension nouée entre scène et auditoire. Mais ces pauses sont nécessaires, changement de décor oblige. Et l’intensité de la musique ne laisse guère le temps de tergiverser, replongeant immédiatement l’assistance dans l’univers douloureusement passionnel de Tosca. Un opéra où l’on se prend à s’imprégner des tracas des personnages, pourtant fictifs, pour mieux oublier les nôtres, parfois bien réels, par la grâce d’une musique puissante, ardente, et éclatante de beauté…

Article rédigé par Pierre Géraudie

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