TEMPS DE LECTURE : 2 MINUTESOPERA / Lorsque Nabucco renverse l’Italie.

C’était au mois de mars de cette année, à Rome. À l’occasion du 150ème anniversaire de la création de Nabucco, deux mondes se sont entrechoqués : celui de l’art et celui de la politique. Alors que le Choeur des Esclaves achève le Va Pensiero au début de  Nabucco, le public ému applaudit et le Maestro Ricardo Muti renverse les codes des théâtres.

Alors que l’on joue Nabucco, le mythique opéra de Verdi, au Teatro dell’Opera de Rome, une césure unique vient interrompre la scène d’ouverture, le mythique Va pensiero. Ce chant incarne l’Italie puisqu’il en est l’hymne et les Italiens y sont très attachés. Dans la salle, Silvio Berlusconi est venu en spectateur.

Soudain, lorsque les Esclaves arrêtent de chanter, la salle se soulève et inonde Muti d’applaudissements, une grande première dans l’histoire de la représentation de la musique classique, où le public n’applaudit jamais entre deux parties d’une oeuvre, mais uniquement à la fin. L’origine de cette politesse vient très probablement du respect envers le chef d’orchestre. L’émotion est vive et lorsque les claquements de mains s’assourdissent, un Viva l’Italia jaillit du milieu de la foule. Sur ces mots, le maestro Muti prend la parole. Il sait que le chef d’Etat n’est qu’à quelques mètres de lui. Il achève son discours en proposant de reprendre le Chœur des Esclaves et invite la salle à accompagner les chanteurs.

Cette ouverture de Nabucco est tout à fait inédite et lourde de sens dans un pays où la censure et les restrictions culturelles sont fortes. Cette interruption au cœur d’une œuvre mythique, au cœur d’une Nation, est le symbole du devoir de l’art d’exprimer des faits politiques et de s’insurger pacifiquement, de se révolter lorsqu’il est en danger. C’est d’ailleurs le rôle de l’art que de dénoncer les déviances de pouvoir, faire prendre conscience des actions menées sous l’angle, souvent, de l’émotion.

La vidéo ci-dessous ne présente pas le visage de Mr. Berlusconi mais après tout, le message symbolique est si puissant qu’il n’a certainement laissé personne de marbre.

©Arte

Article rédigé par Maximilien Marçais-Husson

(A)parté pas si vite !

Déconfinement: masque obligatoire, barrage filtrant et gel désinfectant dans les transports à Toulouse

[Publication: 07/05/20. MàJ 15/05/20: avec les précisions du président de Tisséo-Collectivités sur la distribution de …