TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESNominée, mais repêchée par le public

Voilà dix ans tout pile que Jenifer, Djalil, Olivia et les autres foulaient pour la première fois les gravillons du jardin du Château de Dammarie-Lès-Lys. Quelques mois auparavant, M6 lançait Loft Story, la toute première émission de télé-réalité grand-public en France. Dix ans de « tapez 1 », de nominations, de notoriété éphémère, de candidats tombés dans l’oubli. Un anniversaire à deux chiffres : l’occasion de dresser le bilan d’un type de programme contemporain et polémique.

À l’image du concept de télé-réalité souvent critiqué, Laure de Lattre fut toujours nominée, mais toujours repêchée par le public jusqu’à la finale de Loft Story 1. (Photographie © Gala.fr)

 

Suivre et se délecter de la vie quotidienne d’inconnus : la préoccupation est actuelle, à l’heure de la Timeline Facebook, sans être inédite. Il faut remonter à 1973 pour trouver la première émission relatant la vie privée de spectateurs : l’émission An American Family proposait de suivre à travers douze épisodes le divorce d’une famille californienne. Le genre, pourtant sulfureux, est développé à l’envie par les programmateurs américains avec près de 40 formats diffusés quinze ans plus tard.

Un concept en renouvellement perpétuel

Le sociologue Jean-Louis Missika différencie le reality show, genre popularisé dans les années 1990 par Perdu de vue relatant les expériences uniques et extraordinaires d’individus ordinaires, de la reality television où l’on expose l’expérience ordinaire et quotidienne d’anonymes ou de personnalités, aujourd’hui assimilé au terme de « télé-réalité ».

Ainsi, au fil de ces dix dernières années se sont multipliées les déclinaisons de cette définition basique de reality television. Le concept par excellence : l’isolement, de Big Brother à Secret Story. Le concept chercheur d’or : la mise en lumière de talents, de Nouvelle Star à MasterChef.  Le concept baroudeur : la découverte d’un environnement inconnu par des anonymes (Pékin Express) ou des célébrités (La Ferme Célébrités). Le concept matrimonial : l’observation de relations amoureuses qui se font (Le Bachelor), se défont, ou les deux simultanément (L’île de la tentation). Le concept VIP, le concept rénovation, le concept coaching, le concept canular… Ainsi, la manière de raconter la réalité plus ou moins réelle d’anonymes a évolué au fil des années, répondant aux attentes versatiles des téléspectateurs.

Les clés du succès

Pour quelles raisons ce type de programme a-t-il connu un tel succès ? L’essence même du programme est la première cause de cet engouement. Les concepteurs ont su combiner la narration voyeuriste d’un reportage documentaire, le caractère feuilletonnant et haletant d’une série télé et un casting tranché et original. Un triptyque gagnant à la base d’un type télévisuel fort et moderne.

Le programme en lui-même est donc responsable, mais pas seulement. Le public auquel il s’adresse l’est aussi : la télé-réalité est venue combler une attente, voire même un manque chez de nombreux téléspectateurs.

Un public en manque d’isoloir et de cartable

Le téléspectateur en manque de consultation électorale tout d’abord, appelé aux urnes SMS hebdomadairement. Faiseur de roi, « c’est lui qui décide » comme le répétèrent inlassablement Castaldi, Aliagas ou Efira. Les élections politiques se font trop rares pour un public où les besoins d’interaction sont maladifs. Ils jouissent alors régulièrement du droit d’écrire leur propre scénario : celui d’une histoire d’amour dans Loft Story, d’une carrière artistique dans Nouvelle Star ou d’une sitcom sauce Da Vinci Code dans Secret Story. À la différence des scrutins électoraux, tout le monde a le droit de voter, même en dessous de 18 ans. Ceux qui sont pressés de voter mais n’en ont pas encore le droit peuvent combler leur impatience en tapant 3 pour Zelko ; ceux qui sont déçus des hommes politiques ou en manque d’isoloir aussi.

Le téléspectateur en manque de tableau noir ensuite, nostalgique des cours d’école et de ses évaluations notées. Le genre avait été popularisé par feu la Star Academy avec un retour nostalgique aux professeurs et notations. Il a été relancé et revisité dans une version light par Un Dîner Presque Parfait, où le meilleur élève de la cuisine remporte quelques bons points, une image et 1000 euros. Depuis, les émissions de premiers de la classe ont envahi les grilles de programme : toutes les semaines cet été, les meilleurs mariés étaient élus dans Quatre mariages pour une lune de miel et le meilleur touriste plébiscité dans 5 touristes.

Après la télé-réalité, la télé-écoresponsable

Jamais à cours d’imagination, après avoir usé le concept dans toutes ses déclinaisons, les producteurs devaient boucler la boucle. Il fallait donc réunir d’anciennes personnalités de la téléréalité, retombées dans l’oubli, pour les reconduire à expérimenter une célébrité immanquablement temporaire. Koh-Lanta, le choc des Héros faisait vivre de nouveau « la formidable aventure » à des Robinson déjà Crusoé. Les Anges de la téléréalité tentent eux de réussir dans leur milieu de prédilection en effleurant artificiellement le mythe de l’American Dream.

On s’était dit rendez-vous dans dix ans ? Il arrive parfois que les retrouvailles soient difficiles : questionnant l’avenir du genre télévisuel de reality television, l’arrêt brutal de Carré ViiiP au printemps dernier a prouvé que tout n’était pas recyclable dans ceux que certains nomment « la télé-poubelle ».

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Article rédigé par Loïc G.

Étudiant en M2 Médias, Culture et Communication à Sciences Po Toulouse.

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