TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTESLe péché-mignon des français est-il en train de tourner au vinaigre ?

Si le concept d’émissions culinaires revient en force depuis ces dix dernières années, l’engouement pour ce genre de programmes ne date pas d’hier. D’aussi loin que je me souvienne, la première à m’avoir véritablement marquée est la Cuisine des Mousquetaires. Evidemment, on était bien loin du sex-appeal de Cyril Lignac et de son bouc surréaliste : chez Micheline et Maïté, pas de cuisine au design épuré, mais un plan de travail en bois et un décor rustique à en faire pâlir nos grands-mères. Les ingrédients, aujourd’hui filmés déjà « prêts à découper », lustrés comme s’ils sortaient tout droit du lavomatic, étaient auparavant rigoureusement préparés sous nos yeux émerveillés par nos deux comparses, véritables warriors du couteau de cuisine, bien conscientes qu’une joue de bœuf ne naît pas dans un emballage en plastique.

La Cuisine des Mousquetaires – INA.fr

 

Bien plus que ses talents culinaires, Maïté nous offrait alors un véritable cours de scoutisme; et parce que savoir assommer une anguille relève aujourd’hui du tour de force chez les ménagères de moins de cinquante ans, on ne peut s’empêcher d’être quelque peu nostalgiques de ce temps béni où cuisine ne rimait pas encore avec frime.

Alors bien sûr, les émissions de cuisine, c’est pas tout neuf. C’est bien connu : nous, les Français, on déconne pas avec la gastronomie. Depuis dix ans, même, une nouvelle tendance apparaît : l’émission culinaire ne se présente plus seulement comme un outil d’apprentissage interactif, mais également comme une compétition où chacun fait valoir ses talents culinaires : on pense par exemple à Topchef, Masterchef, des émissions qui marchent plutôt bien, si bien que les chaînes se les arrachent entre elles.

Le concept de ces jeux ? Faire s’affronter des candidats, du plus amateur au plus fin gourmet, dans la préparation de plats généralement très raffinés. C’est quelque peu surpris, mais non sans délectation, que l’on observe ces jeunes cordons-bleus transformer un vulgaire poulet-frites en véritable tour de pise gastronomique, et le tout sans jamais boucher l’évier ni casser de vaisselle : alors oui, forcément, ça fait saliver. Mais l’aspect « cuisine familiale » que l’on trouvait auparavant dans les émissions de ce genre, semble avoir totalement disparu au profit du côté bling-bling et paillettes de la gastronomie française.

Masterchef – TF1.fr

Cependant, l’époque où Joël Robuchon vous expliquait en direct la recette de la poule-au-pot semble désormais bien révolue : terminé, les émissions culinaires pédagogiques, où l’on réalisait en temps réel la recette du jour; ce qui prime aujourd’hui, c’est avant tout l’aspect télé-réalité de la chose. Désormais, le spectateur semble d’avantage préoccupé par le fait de savoir si Robert va oui ou non faire cramer les oignons, que par la possibilité de reproduire la recette à son tour. Mais la cuisine n’est pas pour autant laissée de côté : surfant sur la vague tendance de la slow-food, qu’elle soit bio ou saine, on met également en avant la fraîcheur des produits, le côté fait-maison qui nous feraient presque oublier le vieux plat cuisiné que l’on est en train de s’enfiler en vitesse devant la télé. Ces émissions sont évidemment imprégnées d’une décennie marquée par les real-tv shows, où le spectateur est invité à partager un peu (voire toute) de l’intimité des participants. Dans Un dîner presque parfait, par exemple, on mise sur la convivialité du concept, le côté cocasse d’un repas partagé entre divers inconnus venant de milieux et de régions différentes.

Finalement, la cuisine à la télé, ça n’a rien de bien nouveau. Là où ça cloche, c’est cette impression qu’en définitive, tout devient prétexte à pénétrer l’intimité des gens, à mettre un peu de « chez eux » dans notre chez nous : faire frétiller les papilles en cuisinant les spectateurs est finalement devenu un moyen de faire recette. Et pourtant, ce sont toujours les mêmes qui passent à la casserole…

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Article rédigé par Julie Lafitte

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