TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTESL’Amérique latine dans la tête… #3 – L’Université en Argentine

L’Université: un grand mot derrière lequel se cachent souvent des systèmes très disparates.  Dans le cadre de mon semestre d’échange, j’affronte quotidiennement les réalités du système universitaire argentin qui a première vue ne semble pas si éloigné du notre. Petit topo de la situation étudiante pour Aparté.

Pour une agglomération de 13 000 000 d’habitants environ, la ville de Buenos Aires elle-même accueille environ 1 600 000  étudiants, soit plus de 10% de la population. Comme toute grande capitale internationale et cosmopolite, Buenos Aires présente une offre académique importante notamment avec un système d’éducation publique quasi unique en Amérique latine. C’est l’Université de Buenos Aires (UBA) qui en détient le monopole. L’absence de frais d’inscription dans le supérieur explique le succès de la UBA autant auprès des argentins que des sudaméricains qui viennent très nombreux y étudier pour s’éviter un endettement sur 30 ans. Les brésiliens, colombiens, chiliens ou vénézueliens sont donc nombreux à partager les bancs d’amphi et les chaises de cours. Quand il y en a. Car, en effet, les facultés de la UBA sont très inégales entre elles en ce qui concerne les infrastructures d’éducation, et la majeure partie du financement public est reversée aux facultés d’économie et de droit qui forment respectivement les élites économiques et politiques argentines, aux dépens des autres facultés aux infrastructures vieillôtes voire parfois dangereuses. Certains de mes amis argentins m’ont parfois raconté des anecdotes croustillantes à ce sujet : morceaux de plafond qui s’écroulent en plein cours, salles sans chaises en fac de psycho, évacuation en période de partiel de la faculté de médecine suite à la rupture d’une canalisation pouvant entraîner l’électrocution générale du personnel et des étudiants …etc. Mais l’université n’en est pas moins prestigieuse dans toute l’Amérique latine.

En parallèle du système public fleurit une éducation privée très étendue, de l’Université Catholique Argentine (UCA) pontificale en passant par les universités privées de sciences sociales comme la Austral, la Universidad del Salvador (USAL), la Universidad de Ciencias Economicas y Sociales (UCES) ou la Torcuato Di Tella jusqu’aux facs plus générales comme la Universidad de Palermo. C’est le système qui se voit croître plus vite. A l’inverse, les infrastructures sont plus modernes, bien situées et y étudient les franges de la population argentine qui peuvent se permettre de payer les frais d’inscription à leurs enfants. Comptez 700 euros le mois à la UCA, un budget inatteignable pour bon nombre d’argentins. Moi-même étudiant à la UCA, je suis bien placé pour illustrer toutes les différences en matière d’éducation qui existent avec Sciences Po Toulouse ou l’université toulousaine. Quelques exemples:  l’absence de cours d’amphi, un système de notation sur 10, des cours de 7h45 à 23h et une encore plus grande flexibilité (retards des professeurs et des élèves parfois supérieur à 45 minutes, possibilité d’être absent à 25% des cours du semestre, possibilité de sortir à tout moment pour une période quasi illimitée de la salle de classe sans l’assentiment du professeur…).

Dernier point indispensable, l’afflux d’étudiants internationaux. Buenos Aires est en effet une métropole universitaire d’ampleur internationale qui attire des étudiants du monde entier, dont la grande majorité d’Amérique latine – principalement du Brésil et de Colombie -, des Etats-Unis et d’Europe. Fait marquant, l’augmentation incessante du nombre de français que nous surnommons « l’invasion française ». Impossible de ne pas croiser un compatriote dans n’importe quel espace d’enseignement supérieur, lieu touristique, bar ou boîte de nuit. Malheureusement, les explications manquent ou sont en cours d’élucidation. Les allemands nous font une drôle de compétition alors que les espagnols et les italiens sont très peu nombreux, à mon grand regret. Du fait de cette présence massive, les argentins ne s’étonnent plus et ont perdu un peu d’hospitalité, mais le cosmopolitisme de Buenos Aires n’en est que plus renouvelé, ce qui la hisse au rang des villes les plus actives académiquement. J’ai été cependant frappé de la rapide intégration dont nous avons été l’objet. Une semaine d’orientation nous a d’abord permis de nous familiariser avec la faculté, de nous rencontrer et de choisir nos cours. C’est un groupe de jeunes argentins à la tête d’une sorte de mini-entreprise qui se charge de notre encadrement et de la vie étudiante internationale tout au long du semestre. A ma grande surprise l’administration de la UCA, notamment le département international est bien plus organisé et fonctionnel que notre bonne vieille administration. Une bien bonne surprise donc qui permet de faciliter notre insertion. En effet, du peu que j’ai pu voir à Toulouse et notamment à Sciences Po, les étudiants Erasmus et internationaux ont rarement été intégré à nos promotions. Un fait bien dommage car l’échange interculturel produit souvent de belles rencontres et amène à nous faire réfléchir de manière différente autant pour l’étudiant étranger que pour nous autres, étudiants français.

 

Article rédigé par Florian Bardou

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