TEMPS DE LECTURE : 8 MINUTESL’Amérique latine dans la tête… #2 – Le cadre, Buenos Aires

Premier vrai chapitre de cette chronique, il est temps pour moi de planter le décor, pour toi cher lecteur. Mais quel décor ? Celui d’une ville au nom très évocateur suggérant la distance, l’exil, la sensualité, l’hospitalité, le populaire et le bourgeois, l’humilité ou l’orgueil, le rêve jusqu’à la fantaisie…Cette ville est Buenos Aires, une ville pour le moins complexe. J’ai pu lire  quelques fois que Toulouse avait quelque chose de cette ville, peut-être le percevrez-vous à la fin de cet article … libre à vous de l’imaginer.

 Tríptico – Gotan Project

A vrai dire, j’aurais tellement de choses à dire que j’en ai déjà oublié la moitié et que je ne sais toujours pas par quoi commencer. Pour faire une brève présentation, Buenos Aires est la capitale de l’Argentine, nichée sur les rives de l’embouchure du Rio de la Plata. Trois siècles d’histoire environ, 13 millions d’habitants en comptant l’agglomération, 100 quartiers selon les légendes urbaines –  48 en réalité -, 180 lignes de bus, 40000 taxis jaunes et noirs, 140 musées, 198 salles de théâtre, 18 clubs de foot en première ligue et j’en passe… Une immensité urbaine en somme. Rien à voir avec notre petite métropole de province toute de rose vêtue qui atteindrait à peine le million avec son agglomération. Et puis n’oublions pas la jungle urbaine qui s’offre à vos yeux : centre ville encombré 16h sur 24h en semaine, urbanisme anarchique, pigeons par millions…bref.

La ville est à elle seule une photographie vivante des influences et courants architecturaux de ces deux derniers siècles

Mais au-delà du gigantisme, Buenos Aires fonctionne à sa manière comme un très très grand village animé par une population généreuse et hospitalière – pour l’étranger européen -, mais beaucoup plus hautaine – à la parisienne – envers ses provinciaux. Chaque quartier possède sa propre culture, son propre style architectural, sa propre identité ce qui fait de chacun d’entre eux un microcosme qui donne à la ville toute sa diversité. De Recoleta, quartier bourgeois, résidentiel et hausmannien qui regorge de pâtisseries, salons de coiffure, cafés à la française, boutiques chics et petits kiosques à journaux à La Boca, quartier populaire, lié à l’immigration du début XXe, coloré de style Génois et ultratouristique, un monde existe. Car s’il y a bien un mot qui caractérise la ville, c’est diversité : architecturale, culturelle et artistique, sociale ou économique. Une sorte de cocktail urbain auquel chaque phase de maturation aurait apporté son lot de nouveautés, de bonnes et de mauvaises surprises. Un exemple si la ville est à elle seule une photographie vivante des influences et courants architecturaux de ces deux derniers siècles, ce n’est pas sans compter de nombreuses défigurations liées à l’automobile et sa surutilisation.

Autre démonstration de cette diversité : une offre culturelle exceptionnelle ; car loin des clichés. Buenos Aires n’est pas que tango – chanté ou dansé. C’est bien plus que ça. Certes, il y tient une place d’honneur, tout comme ceux qui l’ont immortalisé, à l’image de Carlos Gardel – né à Toulouse pour la petite histoire. Il y est célébré chaque année en août lors du festival international qui se déroule aux quatre coins de la ville ; ou dansé à toutes les heures du jour de l’année dans les très nombreuses milongas ou ruelles de San Telmo et de La Boca.

Buenos Aires, c’est aussi une offre théâtrale sans précédent ayant dans les dernières années dépassé Londres et New York. Les représentations sont variées, jouées depuis les caves et greniers jusqu’aux plus grands théâtres nationaux argentins tels que le théâtre Cervantes ou le célébrissime Teatro Colón. La scène étudiante est bien représentée. C’est notamment l’université de Palermo de Design et de Communication, spécialisée dans la scénographie qui offre des représentations écrites et jouées par les étudiants eux-mêmes et ouvertes au public – préalablement informé et inscrit. J’ai pu assister à une de ses représentations et observer à quel point le théâtre faisait vraiment partie de la culture porteña. C’est un sujet qui me tient à cœur, ayant moi-même fait partie de l’association de théâtre étudiante de l’UT1 Amphithéâtre. Malheureusement, je n’ai pas encore pu apprécier l’ambiance café-théâtre très présente à Toulouse et qui je crois la définit bien. Mais vous me direz, il me reste encore du temps pour retrouver cette ambiance si conviviale et vous la faire partager.

A côté de tout ça, la culture alternative est très présente notamment dans les quartiers jeunes et hype de Palermo Soho, Viejo ou Hollywood ou dans d’autres zones de la ville. Le street-art fait partie du quotidien porteño, mais le tag a souvent une dimension plus politique qu’artistique, chose bien moins courante par chez nous. Pour illustrer cette offre variée, importante et souvent très peu chère, il existe un site – www.whatsupbuenosaires.com – qui répertorie quotidiennement les bons plans concerts, pièces de théâtre, spectacles en tout genre, soirées… En un clic s’offre à vous une sortie très souvent gratuite, renseignée et ça pour chaque jour de la semaine.

Les amis et la famille sont deux éléments fondamentaux dans la vie d’un argentin

Outre la diversité, Buenos Aires c’est aussi une ambiance assez particulière rendue possible par des habitants chaleureux et  extravertis. Si Toulouse est reconnue pour sa chaleur humaine en France, Buenos Aires gagne haut la main. Le simple passant lambda est susceptible de vous harponner dans la rue pour se lancer dans une discussion avec vous – surtout si vous êtes de la gente féminine. L’extraversion, c’était quelque chose auquel j’étais déjà habitué, venant d’une famille de culture toloso-toulousaine où l’embrassade entre hommes par exemple, est un sport pratiqué depuis longue date.

Cependant, le contact physique est quelque chose de beaucoup plus visible et régulier ici. Une sorte d’affection portée à l’autre car les amis et la famille sont deux éléments fondamentaux dans la vie d’un argentin. Au final, l’ambiance est quelque chose qui tient culturellement à coeur aux argentins. D’un point de vue linguistique, le lunfardo – argot de Buenos Aires  – possède des expressions très variées pour exprimer l’ambiance qui se dégage pour un évènement, un lieu voire un individu. Un exemple, l’expression « tener buena onda » caractérise quelque chose de sympathique – littéralement qui « a de bonnes ondes ». L’expression s’adaptera aussi bien pour qualifier l’anniversaire de sa grand-mère que pour celui ses propres amis de fac.

Si certes Buenos Aires possède cette ambiance qui lui est propre, la nuit porteña est tout a fait unique en son genre. La ville porte bien son surnom de « ville qui ne dort jamais« . Sur ce point Toulouse lui ressemble assez. En effet, vous rencontrerez une foule de jeunes, quadragénaires et autres à toutes les heures de la nuit sortant ou entrant dans un café, un bar ou un boliche – boîte de nuit, pour partager un moment avec des amis, des collègues de bureaux ou des proches parents. Les fins de semaine voient les rues se remplir d’étudiants ou lycéens profitant de leur temps libre pour passer du temps avec leurs amis. Les argentins passent un temps considérable dans la rue et à l’extérieur de leur appartement notamment quand vient la belle saison à partir de la mi-septembre. A expérimenter tout ça, je me suis rendu compte d’une certaine proximité dans la manière de sortir et de profiter de la rue dans notre bonne ville rose. Notamment lorsqu’après une soirée à Saint-Pierre, vers 4h du matin, la fin nous taraude et nous pousse, alcoolisés, à nous offrir un Kebab pour conclure en beauté.

 

Toulouse tient un peu de Buenos Aires et Buenos Aires un peu de Toulouse. Deux fragments de mon identité. Pour finir avec la comparaison, voici grosso modo quels seraient les équivalents de lieux que vous fréquentez sûrement.

Place du Capitole > Plaza de Mayo
Coeur social, économique et politique de Buenos Aires et de l’Argentine, et la Casa Rosada qui au final pourrait très bien se fondre dans le décor toulousain.

Place Saint-Pierre > Plaza Serrano
En plein coeur de Palermo Viejo, c’est la place des bars et des boîtes de nuit branchées.

Le campus d’UT1 > L’Université de Buenos Aires (UBA)
A Recoleta, le bâtiment de la fac de droit qui s’impose à tous tel un temple athénien.

Arnaud Benard et le vieux Toulouse > Le quartier de San Telmo
Pour son authenticité, ses antiquaires, ses boutiques en tout genre, du hype à l’attrape touriste.

Les allées Jean-Jaurès > La 9 de Julio
Avenue centrale de Buenos Aires, la plus longue et large du monde.

La gare Matabiau > La gare centrale de Constitucion
Terminal ferroviaire et repère pour la prostitution

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Série photographique (par Florian Bardou)

Buenos Aires



 

Article rédigé par Florian Bardou

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