TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTESFESTIVAL / Primavera Sound 2011

Si l’on devait ranger les festivals musicaux en deux catégories, on aurait d’une part le large inventaire du Printemps de Bourges et Cie, où musiciens à gabarit ventripotent, allaités par des majors non moins dodus partagent les planches avec des jeunes talents émergents sur un pied d’inégalité. Et d’autre part, on aurait le Primavera Sound, qui trois jours durant, accueille sous le soleil de Barcelone les pointures de la scène alternative mondiale. Des artistes les plus confirmés (PJ Harvey, Animal Collective, Sufjan Stevens…) aux nouveaux nés du milieu indé ( Ducktails, Yuck, Warpaint…) tous ont leur place légitime aux yeux des 140 000 festivaliers venus des quatre coins du globe pour honorer l’événement. « Primavera is the best festival in the world » s’exclamera Bradford Cox. A la vue de l’incroyable affluence, de la beauté des lieux et surtout de la qualité du cru des 221 groupes présents, on ne peut que donner amplement raison au chanteur de Deerhunter. Bref aperçu du festival en quelques concerts marquants.

(c) Tony Rosado

Cults. 

Madelin Follin et son petit ami Brian Oblivion embauchent largement du musicien à expression capillaire fournie pour les formules live. Un malentendant se croirait sans  doute à un concert de métal. Pourtant c’est une pop sucrée et rafraichissante que déversent langoureusement les chevelus New-Yorkais. Sympathique, gentille et mièvrement sexy. L’intérêt est surtout du aux aléas météorologiques: la coquette Madelin devrait savoir que le port de la jupe courte expose aux salves canailles du vent marin…

Caribou.

Au climax de la nuit, la foule festivalière vient se blottir aux pieds de l’ATP stage… Pour assister à une prestation qui restera dans les mémoires un moment fort du Primavera. L’électronique de Caribou détient le don d’ubiquité. Elle peut aussi bien accompagner les soirées les plus posées qu’incendier les scènes. Mathématique et hallucinée. Cérébrale mais pourtant bigrement dansante. Les Canadiens forment une ronde autour de leurs instruments, comme pour concentrer la schizophrénie sonore invoquée. En arrière plan, sur un écran géant, les cercles concentriques et tournoyants du visuel de Swim , contribuent à l’hypnose générale. Dans le public les corps valsent et virevoltent, électrisés. Dans l’air, les effluves herbeuses flattent les vibrisses les plus difficiles…

Kurt Vile.

On attendait le songwriter, auteur de l’édifiant Smoke Ring For My Halo, non sans impatience. Sur enregistrement, l’Americana revisitée du Philadelphien respire la beauté des grands espaces américains. La version scénique donne plus envie de cracher ses poumons avant de renarder la totalité de la San Miguel- la bière étant le maitre sponsor du festival- qu’on s’est lardé dans le gosier. Kurt, épaulé des Violators (l’intitulé en dit long sur leur aptitude à massacrer les chansons) englue ses titres, originellement frais et fluides, sous un magma grunge et électrique, inaudible. Si l’on avait su la bouillie « musicale » qui nous attendait, on serait resté devant la finale FC Barcelone/ United Manchester, diffusée dans l’enceinte du festival sur des écrans géants.

James Blake.

Mention spéciale pour le Londonien, qui eut le mérite de nous convertir au dubstep. Encombrés d’à-priori à l’égard de la sensation du moment, il suffit de quelques minutes à la gueule d’ange pour nous conquérir. Aucun retour en arrière possible. On est saisis, liés, et se débattre est vain. Malgré le vacarme provenant des scènes d’à-côté, James mène magistralement son live. Il égrène ses titres avec une rare intensité, lente et ténue. On y reconnait bien sûr Limit to your love, transcendée par ses silences, et Wilhelms Scream, issue crève-cœur de trois-quarts d’heure inoubliables.

Animal Collective.

En tête d’affiche, les fleurons de la pop expérimentale livrent à un public au yeux pétillants un concert déceptif et désarmant. Parmi la pelletée de titres jouées, on ne reconnait que Brother Sport. « La pataude prestation d’Animal collective, au set décousu et brouillon n’aura pas été la transe attendue » lance un blogueur sur la toile. Décevant.

Qu’attendez-vous ? Retrouvez toutes les pièces du dossier « Humeur festival » ici.

Article rédigé par Marc Bonomelli

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