TEMPS DE LECTURE : 8 MINUTESEn aparté avec … Samuel Aubert

La scène toulousaine peut se targuer d’avoir quelques festivals de grande qualité. Parmi eux, il en existe un qui s’impose toujours : celui des Siestes Électroniques. Nous ne pouvions faire un dossier Festival sans parler de ce rendez-vous immanquable de l’été toulousain. Aparté a donc recueilli les propos de Samuel Aubert, l’actuel directeur artistique.


Samuel Aubert a 30 ans, et en paraît dix de moins. Né à Saint- Etienne, il arrive dans la banlieue toulousaine à l’âge de dix ans, où il vivra «une vie douce et finalement un peu chiante ». Bac S en poche, il se lance dans une prépa HEC. A 21 ans, il monte à la capitale pour suivre un DEA histoire de l’art – auquel succédera plus tard un master Management de Projets Culturels.

Alors qu’ils étaient étudiants à Toulouse, Samuel et ses amis s’ennuyaient. Il y a dix ans, la nuit toulousaine ne ressemblait pas vraiment à l’actuelle. Le Bikini, «la seule salle de concert potable du coin» venait de partir en fumée des suites de l’explosion d’AZF. Il cite quelques concerts dans des bars, mais reconnaît la pauvreté des propositions en matière de musique électronique : mis à part quelques soirées Drum’n’Bass au Petit Voisin, des free parties dans la campagne, c’était le néant.

Avec le début des années 2000, le tout décline. La bande d’amis s’ennuie donc, d’autant plus qu’ils passent tous leurs étés à travailler. Une passion commune les relie : celle de la musique électronique. Samuel la découvre sur la fin du lycée avec les albums d’Autechre et d’Aphex Twin. Pour lui, il s’agira «d’un choc absolument énorme, d’un schisme,  il y aura un avant et un après ». Ils s’étaient tous rendu au Sonar de Barcelone, et en avaient particulièrement apprécié le volet diurne. Le festival Aquaplanning de Hyères les faisait rêver. D’où illumination, «on s’est dit que si l’on voulait voir les artistes de nos choix à Toulouse, on avait pas le choix finalement. Il nous fallait les inviter nous-mêmes et monter notre propre événement ». Compte-tenu du fait que les artistes visés étaient presque inconnus du grand public, et qu’ils n’avaient aucune salle de concert ou club digne de ce nom pour les faire jouer ; l’idée du festival en plein-air (et surtout gratuit) s’est presque imposée d’elle même.

«On était jeunes, on était étudiants, donc on était fougueux et on disposait de plein de temps libre. On a commencé à faire des recherches, à lire les numéros spéciaux d’Art Press pour crédibiliser notre démarche. On a écrit un bon gros dossier bien documenté que l’on a envoyé à la mairie pour leur demander l’autorisation d’organiser des concerts, quatre dimanches après-midis, à la Prairie des Filtres»

 

Les jours, les semaines, les mois ont passé. La vie a continué, l’oubli s’est imposé. Et un beau jour, une lettre arrive, annonçant le feu vert de la mairie. A peu près deux mois avant la date fixée. Branle-bas de combat, « il n’était plus question de réfléchir mais d’agir vite et bien ». Le système D se met en place : ils empruntent un sound-system, piquent des platines, invitent leurs amis à mixer. L’équivalent de 500 francs plus tard, la Prairie des Filtres leur appartenait. A eux et à quelques 100 à 200 personnes, venues s’amuser en plein mois de juillet. Comparé à aujourd’hui le chiffre est dérisoire, mais la fierté était la même.

Des suites de ce succès, ils décident de continuer l’aventure mais en mettant la barre bien plus haut. Ils invitent notamment des artistes étrangers que l’on aurait jamais vu à Toulouse. Dès la deuxième édition, on trouvait à l’affiche des artistes comme Murcof ou Apparat. Le reste ? « C’est dix ans d’histoire, de lentes évolutions, de lentes améliorations, doucement mais sûrement. Pas de grandes révolutions d’une édition à l’autre, des petits ajustements presque imperceptibles. Mais dix ans après on voit le chemin parcouru ! ».

Les siestes d’aujourd’hui, celles de demain

Les Siestes ont fêté cet été leur dix ans. Ce cap, Samuel avoue combien il est angoissant à dépasser. Gratifiant aussi, et au final assez excitant. Mais ce sont plus les dix ans à venir qui l’inquiètent. Comment ne pas radoter ? Comment se renouveler ? Telles sont les grandes questions qui se posent. La dernière édition fut un véritable succès, tant du point de vue de la programmation que de celui de la fréquentation. Ils voulaient offrir à cette dixième édition un public nombreux. Pari réussi; puisqu’il n’y a jamais eu autant de monde. « Presque trop même ! », assène t-il. On se souvient entre autres de Connan Mockasin, James Pants, de Villa Nah. D’Umberto, de la délocalisation du Club Robert Johnson, et du petit matin au dernier étage de la médiathèque José Cabanis. D’Arnaud Fleurent-Didier, de Shagaan Electro, ou de Jess & Crabe. Autant d’univers et de sonorités différents, qui se sont finalement accordées : c’est aussi ça la grande magie des Siestes.

Au quotidien, Les Siestes Electroniques sont gérées par Amélie Pradines. C’est elle qui se démène pour faire vivre l’évènement, Samuel n’intervient que par intermittence. Le festival est régi par une toute petite équipe, épaulée par une association composée d’une cinquantaine d’adhérents. Pendant la durée du festival, tout ce beau monde est aidé par une cinquantaine de bénévoles. L’ensemble fonctionne donc essentiellement par le don de soi, et par les subventions.

Mine de rien, ce petit festival monté de bricoles, est devenu une véritable référence en la matière. Lorsqu’on demande à Samuel une explication, il met en avant la programmation musicale. L’exigence en la matière a pour lui joué un rôle important dans la reconnaissance du festival. Il reconnaît évidemment que le côté cool (comprendre le plein air, l’électro, les bobos) des Siestes y est pour beaucoup, mais espère que ce sont aussi les choix musicaux qui incitent les gens à se déplacer. Cette ambivalence, ce flair propre aux Siestes – que beaucoup s’accordent à reconnaître – font leur effet. Rares sont ceux qui entrent de la Prairie des Filtres sans s’intéresser à tel ou tel artiste qu’ils ont déjà apprécié.

Selon lui, «les Siestes représentent un festival à part. A part du reste des festivals nationaux, comme du reste des festivals toulousains». Cette différence relative à la programmation ils la travaillent, ils en prennent soin même. L’équipe estime que l’argent public reçu pour l’organisation de ce festival les oblige à une forme d’excellence, à une certaine promotion de la découverte ainsi qu’à une grande accessibilité.

«À quoi sert l’argent public si c’est pour inviter des artistes très connus, qui gagnent bien leur vie, qui coûtent donc cher et qui de toute façon passeraient par Toulouse un jour ou l’autre ?»

C’est la mission qu’ils se sont fixés : une prise de risque permanente. Et qui vise à être poussée de plus en plus loin au vu de l’activité des autres acteurs toulousains dans le domaine des musiques actuelles. Il reconnaît que cette prise de risque peut entraîner des erreurs qu’il assume, «oui, la programmation des Siestes est parfois un peu bizarre ! »

Lorsqu’on lui demande les meilleurs souvenirs de ces dix dernières années, Samuel cite pêle-mêle Richard Devine à la Chapelle des Carmélites en 2004, ou bien l’arrestation des Modeselektor à l’hôtel d’Assézat en 2005. Juan Atkins, les pieds dans l’herbe au jardin Raymond VI en 2006 . Le live de Charlemagne Palestine et Sebastien Tellier dans la cour de l’hôtel Saint-Jean en 2007. Ou encore celui de Dapayk & Padberg à la Prairie des Filtres, en 2008. Il espère que la qualité et l’originalité de la programmation les aura tous un peu marqué. Pour ce qui est des pires souvenirs, seul le terme d’annulation ressort. «C’est horrible une annulation pour un organisateur, ça fiche tout son travail en l’air et malheureusement ça arrive relativement souvent »

Et les autres

Depuis quelques années, la proposition en terme de musique actuelle sur la scène toulousaine pullule. La concurrence se rend inévitable, la faute au champ culturel concerné ; mais aussi par les financements accordés. «On ne vit pas dans un monde où les ressources sont inépuisables, or on va tous taper dans les mêmes poches». Pour le directeur artistique de ces Siestes Electroniques, cette concurrence est plutôt saine. L’arrivée des Electro-Alternativ, de la Petite et dernièrement des Jardins Synthétiques les oblige à tâcher de mieux faire, à s’efforcer de cultiver leurs différences, à ne pas s’endormir sur leur lauriers. « Et c’est très bien, je dirais même plus c’était certainement nécessaire. J’ai ainsi l’impression que nous faisons tous collectivement mieux ces derniers temps qu’il y a trois ou quatre ans, il y a eu un saut qualitatif me semble-t-il. » Il est vrai qu’on ne sait plus vraiment où donner de la tête ces derniers temps . Les festivals s’enchaînent, visant toujours un public adepte de musiques électroniques, un public qui est prêt à vider son porte-monnaie au vu de la qualité des programmations.

Lorsqu’on lui demande d’émettre un avis sur les festivals français, il regrette les grandes ressemblances existantes entre de nombreux festivals. Cependant, Samuel précise que la France regorge de festivals de qualité, et cite notamment le Midi à Hyères, le Soy à Nantes, celui de la Villette Sonique à Paris, le Worldwide à Sète, Electroni[k] à Rennes, ou encore le Musiques Volantes de Metz.

Au terme de cet échange, une question évidente s’impose  : le directeur artistique fait-il cette fameuse sieste parfois ? Ce à quoi il répond, « non, à quelques très rares exceptions, les jours où je ramasse vraiment ! »

Qu’attendez-vous ? Retrouvez toutes les pièces du dossier « Humeur festival » ici.

Article rédigé par La rédaction Aparté.com

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