TEMPS DE LECTURE : 12 MINUTESEn aparté avec… Robin Leduc

Robin Leduc a démontré l’an dernier avec son deuxième album, Hors Pistes, que le vivier hexagonal pouvait proposer des artistes de qualité. Acclamé par les critiques et les professionnels de la musique, le jeune trentenaire a réussi à travers son nouveau colis, la conception de plusieurs chansons aux univers culturels et musicaux variés. As de la bidouille et des orchestrations bariolées, Robin Leduc essaye de faire son trou sur le devant de la scène, après une trop longue période à proposer ses services aux autres. C’est dans sa ville d’origine, Carcassonne, qu’il est revenu pour nous sur ses débuts, ainsi que sur sa longue traversée du désert avant de toucher du bout du doigt le succès. Sa musique est radieuse, on espère que sa carrière en sera ainsi également.

Peux tu retracer ton parcours en quelques mots pour ceux qui ne te connaissent peut être pas encore ?

J’ai commencé la musique à Carcassonne en prenant des cours de guitare pendant un an. J’ai monté des groupes, joué dans des bars et ensuite je suis allé faire mes études à Toulouse où j’ai fait un petit  peu de conservatoire. Après j’ai été à Paris dans l’idée de faire de la musique et j’ai commencé par bosser dans un studio d’enregistrement que j’ai eu la chance de trouver, c’était mon premier job. Cela m’ a permis de rencontrer quelqu’un avec qui j’ai fait un projet plus électro, mais j’ai eu des soucis de maisons de disques. C’était en 2001. A partir de là, traversée du désert, j’ai tout remis à zéro. Je me suis pas mal branché dans l’idée de faire des chansons, de la production musicale. Quand ça s’est mal passé avec la maison de disques de l’époque, je me suis plus axé sur le coté prod’/réalisation : acheter du matériel, enregistrer des choses, commencer à travailler avec des gens, à la fois pour le studio et en tant que musicien. Cela m’ a permis de travailler avec d’autres personnes et de devenir intermittent du spectacle. Parallèlement à ça, j’avais toujours des projets pour moi, en anglais, en français. Il y a cinq ans, j’ai remonté un groupe avec lequel on a fait beaucoup de concerts et puis tout ça a continué à exister, à la fois mes projets et ce que je fais pour les autres. A un moment, ce que je faisais a eu la possibilité d’aboutir sur une signature, en l’occurrence chez Tôt ou Tard, et ça m’ a permis de me consacrer pleinement à mon disque. Mais aujourd’hui je continue encore à faire beaucoup de réalisation pour d’autre gens.

« On se nourrit de choses mais on fait ce que l’on est »

A quoi consiste concrètement ton travail, quand tu bosses pour d’autres personnes ?

Quand je suis réalisateur, je n’écris pas pour les autres, je suis plus dans ce qui est arrangement, musicien et preneur de sons, c’est un peu  une multi casquette. Je fais autant de la batterie que de la prise de son. Je ne leur écris rien, à la rigueur j’ai recomposé un peu des musiques pour certaines personnes, mais je n’ai pas livré des chansons toutes faites à des gens.

Qu’est ce qui t’inspire pour composer des morceaux justement ?

Tout m’inspire d’une certaine manière: que ce soit le cinéma, la littérature ou la musique. Il y a pleins de gens que j’adore, j’aime beaucoup la nouvelle vague au ciné, italienne ou française. En musique, j’écoute tellement de choses que c’est dur à dire, ça va du rock indé à la musique africaine. Tout ça m’inspire d’une certaine manière mais après on fait pas ce que l’on écoute, sinon ça deviendrait du plagiat. On se nourrit de choses mais on fait ce que l’on est.

Ton album a été enregistré dans une période bien définie, ou c’est le fruit de plusieurs sessions d’enregistrement ?

Il y a eu des périodes assez courtes pour aller enregistrer des choses précises dans des studios précis, sinon j’ai passé pas mal de temps dans le même studio à faire mes bidouilles. Dans le studio où j’étais, il y avait une deuxième cabine où j’ai ramené du matériel à moi, ça me permettait de continuer à faire des prises sur des morceaux si j’avais besoin. Puis j’ai un studio avec Cyrus Hordé, que l’on a monté ensemble, donc du coup, il y a un lieu où je peux travailler pendant le processus de fabrication de mon disque. Donc j’ai travaillé un peu partout.

Quelques mots sur Cyrus Hordé ?

Il est auteur/compositeur, il a joué au théâtre de la Bastille il y a peu. Il écrit des chansons, il chante en français également et a sorti un EP autoproduit, et là il continue à faire des chansons  et des concerts.

« Même quand j’enregistre seul, j’essaye de créer un aspect de groupe »

Question bateau et je m’en excuse : Pourquoi “Hors-Pistes” ?

Quand on a fait la séance photos avec mon frère pendant la période où on a bossé la pochette du disque, on a passé deux jours avec des skis. Le Hors-Pistes paraissait évident quand tu as passé plusieurs heures dans la ville ou dans le RER avec des skis pour des clichés. Forcément la notion Hors-Pistes arrive plus facilement. C’est plus ça que genre , je fais de la musique originale qui sort des sentiers battus. Ce n’est pas mon intention du tout.

On dit partout que tu aimes beaucoup bidouiller et ça se ressent sur l’album. Par contre je trouve que certains morceaux ont le charme de la première prise. Es tu d’accord ?

Tant mieux ! C’est vrai et puis pour certaines chansons c’est moins vrai. Sur certaines, on passe plus de temps à bidouiller et à chercher des choses. Mais là où je peux être minutieux c’est plus là justement, pour trouver une partie et essayer de l’enregistrer une fois sans revenir dessus. Donc du coup, il y a un côté spontané, car il y a des choses jouées à plusieurs, ça donne aussi l’aspect un peu live sur certains morceaux. Il y a de la bidouille, car il y en a toujours. Mais tant mieux, moi c’est plutôt mon but. Il y a des morceaux qu’il m’arrive d’enregistrer tout seul, en faisant la batterie et la basse. Même en faisant ça, j’essaye de faire en sorte qu’il y ait l’aspect du groupe.

Le clip de “Laissez Moi Passer” est un carton, je crois que l’idée est venue en famille . Tu m’en dis plus ?

Oui, c’est mon frère qui eu l’idée. On a eu beaucoup de discussions, d’idées communes, puis on a eu l’idée de faire du ski en stop motion. Il a beaucoup bossé dessus. Comme moi je fais de la photos, j’ai eu beaucoup d’idées par rapport au clip, mais ça reste Florian le réalisateur et le penseur de tout ça.

J’ai l’impression que ce choix de morceau en guise de premier single est une volonté de ta part de le défendre. Vrai ?

Oui, exactement. C’est ce que tu as pensé ?

Je ne sais pas comment l’expliquer, mais oui.

Oui c’est vraiment moi parce qu’au départ, pour le directeur de ma maison de disques, c’était pas forcément le single du disque, mais moi je croyais beaucoup en cette chanson. Sans aucune prétention, c’est juste  un rapport objectif par rapport à ce que tu fais. Je me disais que celle là avait un coté assez simple et en même temps un peu original parce qu’un peu afro-beat. Et il y avait un truc que je trouvais différent par rapport à ce que je pouvais écouter à la radio à ce moment là. J’avais envie un peu de “cultiver” cette différence là. Au départ on a fait un EP avec ce titre en morceau numéro 1 et puis coup de chance, Nova l’a rentré, Europe 1, France Inter, RFI …Ca s’est super bien passé pour le morceau, je suis ravi.

On le voit même beaucoup à la télé …

Coup de chance et en même temps c’est un peu énervant, le processus a été vachement long pour que le clip puisse être diffusé en télé. Il y a eu beaucoup de retard mais grâce au travail de la maison de disque, MTV a fini par jouer le clip, et on s’est retrouvés numéro 1 de la playlist. Du coup ça a fait effet boule de neige et j’ai enregistré l’émission “Plus vite que la musique” sur M6 et “Talents tout neuf” sur W9. Le morceau perdure alors que sur les radios, ils sont passés à une autre chanson. Par rapport a ce que j’avais il y a 6 ans, c’est un succès. Mais malgré tout ça, la réalité veut qu’aujourd’hui tu vends pas de disques. C’est beaucoup plus dur, mais je suis ravi.

Puis cerise sur le gâteau, ton disque a été décliné en format vinyle. Une sacré fierté non ?

A fond ! En plus j’écoute énormément de vinyles, j’ai une platine chez moi et énormément de disques. Après le son malheureusement il n’est jamais aussi bien que sur les vinyles que l’on aime parce que c’est pas les mêmes chaînes de sons qu’à l’époque. Donc c’est forcément un peu différent, mais ça c’est mon coté maniaque.

Tu as reçu quelques distinctions grâce à ton disque, notamment le prix Félix Leclerc. Une autre forme de fierté ?

On est jamais mécontent de recevoir un prix. Après concrètement je ne m’y attendais pas. Ça serait prétentieux de dire que je suis pas content et d’être hyper fier. Ca change pas la vie non plus, mais c’était hyper positif pour moi, car mine de rien, le prix Félix Leclerc c’est quand même une reconnaissance du métier aussi. Les critères de sélections sont vachement artistiques sur la composition, les chansons. Ça concerne tout ça. C’est pas un prix parce que tu vends beaucoup de disques, donc c’est hyper gratifiant. Puis le prix Franco nous a permis de faire plusieurs dates en première partie de Yaël Naim, donc c’est financé par le prix, ça permet de faire de la visite guidée en plus.

« Pour moi, la scène a toujours été difficile à affronter »

Quel est ton rapport à la scène aujourd’hui Robin ?

Mon rapport avec la scène se bonifie, ça toujours été quelque chose de difficile à affronter pour moi. Je suis plutôt quelqu’un de pudique et d’introverti au départ. Avec le temps, je commence à vraiment me lâcher plus, à m’amuser plus, donc là je me régale sur scène. On a fait un concert à Paris dernièrement qui était un peu notre vrai date parisienne avec les cuivres et j’étais hyper heureux sur scène.

Là nous sommes à Carcassonne, ce soir seront présents parents et amis je suppose. Un peu stressé ?

Déjà quand je reviens dans la ville, ça me stresse toujours un peu. C’est un peu la pathologie des gens de province qui vont ailleurs et qui se sentent mieux. Et quand ils reviennent ici c’est un peu angoissant, étouffant. Ça fait ressortir l’enfance, l’adolescence.

Qu’écoutes-tu actuellement ?

Steve Reich, piano, musique contemporaine. J’ai pas mal écouté celui de Arnaud Fleurent Didier. Pierre Vassidu des années 60, qui a fait des disques géniaux, mais aussi des disques moins bien. Il a fait des trucs pas reluisants, mais quelques succès. J’écoute un groupe qui s’appelle Time Impalah. Je peux t’envoyer une liste Spotify si tu veux.

Une collaboration de rêve ?

J’aimerais bien réaliser un disque pour Paul McCartney ou Cat Power, ça me plairait énormément. J’’adorerais faire un disque pour Higelin, aussi. C’est plus des fantasmes de réalisateur que de collaborations ou de duos. C’est plus l’aspect faire un disque pour quelqu’un.

Tu as déjà rencontré Macca ?

J’ai eu la chance de le rencontrer à une soirée de sa fille, j’ai même joué devant lui. Ca a duré 10 minutes, je les ai passées à lui dire merci. Je lui ai dit qu’il avait apporté énormément à la musique et à la pop et qu’on était tous un peu des fils des Beatles et qu’il avait surement du entendre ça 1 milliard de fois mais que je lui redisais quand même. En tout cas, il est très gentil, il est très habitué à ce qu’on le sollicite tout le temps, il pourrait être fermé à cause de çà, mais il est gentil souriant , il prend le temps. Il est encore sincère quoi. Il a toujours fait de la musique avec sincérité, il est jamais blasé par ce qu’il fait. Ou alors, c’est un très bon comédien.

Quels sont tes projets à l’heure actuelle ? 

Pas mal de boulot en tant que réalisateur, j’enregistre en ce moment une chanteuse qui s’appelle Marie-Flore. Elle a sorti un EP  chez un gros éditeur, je suis en train de faire  son premier album. J’ai encore quelques dates en Novembre et je bosse déjà sur mon prochain disque. Je suis également en train de faire un remix de Femi Kuti.


Article rédigé par jordanm

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