TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTESALBUM / The Horrors « Skying »

Titre : Skying
Groupe : The Horrors
Année de sortie : 2011
Pays : Angleterre

L’album en un tweet : « Un peu de #pop dans le froid polaire des @thehorrors. #skying »

Commentaires. Le quintet anglais mené par Faris Badwan balance son troisième opus, deux ans après le déjà incroyable Primary Colours. Avant cela, ils s’étaient fait remarquer, eux et leur noirceur toute grand-guignolesque, avec Strange House en 2007, imposant d’emblée leur goût assumé pour le spectaculaire, le théâtral, dans une musicalité brillamment mariée avec leur image inquiétante, donnant toute sa dimension à leur nom. Pas de mégarde : aimer se montrer, s’afficher et mettre en scène sa propre musique ne fait pas des Horrors un groupe taillé pour les stades, et leurs influences les tiendront de toute manière toujours éloignés de ses contrées grand public : « tant mieux » serait-on tentés de répondre. Car à ce jeu d’ombres et de lumières qu’avait posé la formation avec ses deux premiers albums, s’ajoute une troisième dimension avec Skying. Celle de la clarté des mélodies, d’une retenue d’un paradoxe infini puisqu’elle consiste à rendre leur sombre post-punk romantique voire gothique, accessible (dans une moindre mesure bien entendu, comme écrit plus haut). Un clavier plus précis, laissant de côté les immenses nappes sonores d’antan pour laisser la place aux voix, aux guitares. Là où ils auraient pu choisir une facilité populaire qu’on leur aurait presque concédé, l’immense qualité de leur nouveau disque et ce qui en fait toute sa grandeur, tient dans sa capacité à marier leur formule première, celle qui a forgé leur identité de clowns romantiques et désuets (Three Decades, Who Can Say, Jack the Ripper), avec un nouvel élan, élégant, encore plus atmosphérique, bourré d’originalité et surtout d’audace.

Contexte. « Tout le monde se hurle dessus pendant dix minutes ! On ne prend jamais les décisions en votant, on préfère se disputer : ça donne de meilleurs résultats. » confiait le bassiste Rhys Webb aux Inrocks il y a quelques semaines. On imagine parfaitement les cinq membres se hurler des horreurs à chaque fin de session. En plus de conforter leur image torturée, cela donnerait encore plus de crédit à la complexité d’un album particulièrement riche, non seulement dans sa musicalité intrinsèque (Moving Further Away, Oceans Burning), mais par ses intentions propres, sa nouvelle pâte à la fois fidèle et nouvelle. Après deux disques dénotant déjà d’un chromatisme artistique plus léger mais bien présent (Strange House reste tout de même plus sombre que Primary Colours), Skying était particulièrement attendu dans sa position de troisième. On connaît la chanson : on passe sur le premier qui nous fait découvrir, on a peur d’être déçus du second, le troisième doit confirmer nos impressions… un schéma réducteur, malheureusement très ancré, que les Horrors auront su, là aussi, très bien utiliser.

Instant dispensable. Les flottements sur les deux morceaux-fleuves cités plus haut, à savoir Moving Further Away et Oceans Burning, dont la production nous perd quelque peu sur certains passages.
Instant indispensable. I Can See Through You, le tube. Still Life, le chef-d’œuvre. Ou l’inverse, je ne sais plus. Et encore, j’en oublie.

Rider :
– Lieu : seul chez soi, une petite lampe allumée pour l’ambiance.
– Météo : de nuit.
– Mood : romantique. Vous scruterez les numéros de toutes les filles de votre répertoire pour leur écrire un poème dédié. Et puis, vous vous direz que le faire sur du papier à lettres en manuscrit serait encore mieux, mais vous abandonnez vite l’idée.
– Boisson : un grand verre de vin.

Ce qu’en diront les autres : Pitchfork s’enflamme, à juste titre pour une fois. Tiens, ça me fait penser que je devrais écrire un papier sur cette hégémonie du bon goût qu’ils prétendent détenir, moi et ma fierté, ça nous donne la chiasse… euh pardon. À l’unanimité : Skying est un grand album.

Avis du conseil : Album céleste, qui verra clair en vous.

Suite logique. Vous n’avez écrit à personne, alors vous comprenez que ce n’est pas vous qui êtes romantique. C’est ce salaud de Faris.

Pourcentage : 80%
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En concert à La Dynamo le 5 décembre prochain.

Article rédigé par Matthias Haghcheno

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