TEMPS DE LECTURE : 16 MINUTESEn Aparté avec… Vincent Glad

Récemment mis sous les feux des projecteurs grâce à l’émission la plus hype du PAF, « Le Grand Journal », Vincent Glad en est devenu en quelques temps son atout jeune. Énormément suivi sur Twitter, c’est ici, le principal noyau de ses chroniques politiques 2.0.

 

À l’occasion d’un voyage à Paris, il nous a accordé, avec beaucoup de gentillesse, une petite heure dans son agenda très chargé, pour répondre à nos questions. L’occasion de tout reprendre du début, de ses premiers pas de pigiste à Slate jusqu’aux sièges pivotants du Grand Journal.

 

Tu es connu du grand public depuis ta participation en tant que chroniqueur au “Grand Journal” de Canal Plus. Comment as-tu été recruté ?

Le producteur m’ a contacté en décembre dernier car on lui avait parlé de moi. On a été boire un verre et il m’ a dit qu’il cherchait un chroniqueur rapidement pour couvrir la campagne web. Le lendemain il me mettait en plateau avec comme invité Dominique de Villepin. J’ai fait une mini-chronique au Grand Journal en tant qu’invité et cela a débouché sur un contrat à la rentrée. Il y avait un besoin assez rapide de quelqu’un et j’avais le profil recherché. Je pense qu’ils voulaient un jeune pour suivre la campagne sur internet. Pour l’instant pas de chance, il  n’y a pas grand chose qui se passe dans la campagne web (c’était en janvier, depuis il se passe des choses…). En 2007, il y avait beaucoup plus de matière.

 

En même temps il ne se passe pas grand chose dans la campagne tout court…

C’est exactement ça. Comme il ne se passe rien dans la campagne, il ne se passe rien dans la campagne web. Pour 2007, il y avait des vidéos qui apparaissaient sur Internet, comme par exemple celle où Ségolène Royal disait devant des professeurs en “off”,  qu’ils passeraient aux 35h. La vidéo a été mise sur Internet et ça a été un sujet de débat national. C’est vraiment ce que j’attends aujourd’hui, car j’aurai une expertise à amener sur le plateau. On en parlera forcément, et ils auront besoin de quelqu’un pour expliquer d’où ça vient.

Avant d’arriver au Grand Journal, tu effectuais des piges pour Slate et GQ. Arrives-tu à tout concilier aujourd’hui ?

J’essaie de continuer pour Slate notamment, car c’est ma maison d’origine, et c’est là où j’ai acquis de la crédibilité sur des sujets. Mais le souci c’est que je n’ai pas le temps. La télévision prend beaucoup de temps et ça bouffe un peu tout le reste. Je tente de continuer  à twitter également. C’est pas un vrai boulot, mais c’est quand même important. (rires)

 

Tu dis que la télévision monopolise beaucoup de temps, pourtant les interventions des chroniqueurs dans cette émission sont très courtes. Peux-tu l’expliquer pour les gens qui se poseraient la question ?

C’est assez difficile à comprendre mais c’est vrai que ça demande un énorme boulot. Déjà, il faut préparer une chronique sur l’invité, et on sait de qui il s’agit souvent à 11h, midi, voire 14h. En télévision les journées s’arrêtent à 17h parce qu’il faut ensuite répéter, c’est assez serré. Le souci, c’est que moi je suis en co-interview sur le plateau, donc je suis censé aussi poser des questions aux invités politique. Si tu n’as pas le temps de réviser ou de lire leur livre, c’est embêtant. Donc les interventions à l’écran prennent deux minutes, mais elles demandent beaucoup de temps à préparer. En plus, “Le Grand Journal” est une émission assez produite, donc rien n’est improvisé en général, ça demande une forte préparation.

 

« En télévision les journées s’arrêtent à 17h parce qu’il faut ensuite répéter, c’est assez serré »

 

Vous répétez tous ensemble ?

Il n’ y a pas tous les invités, mais on répète tous ensemble nos chroniques. On en profite aussi pour caler les images. Tout ce boulot là prend du temps, mais ça ne se voit pas du tout à l’antenne.

Vous ne vous faîtes donc pas la surprise pour vos chroniques, pourtant on dirait que vous les entendez pour la première fois. 

On est souvent au courant mais cela étant, c’est souvent plus drôle en direct que lorsqu’on répète. A l’inverse, cela peut être drôle en répétition et pas en direct. L’invité y joue pour beaucoup, moi je suis vachement dessus donc s’il est chiant ce n’est pas marrant. Il peut aussi se prendre au jeu : Jacques Attali s’était marré pendant 3 minutes sur ma chronique, la bonne surprise quoi. Au contraire, François Bayrou n’avait rien compris et il y avait un peu de malaise.

Comme tu l’as expliqué, ta chronique traite de la campagne présidentielle sur le web. Quand le nouveau président sera élu, seras-tu toujours parmi l’équipe ? Si l’aventure ne se reconduit pas, que comptes-tu faire ?

En télévision tu signes toujours pour une saison. Je verrai quand même le nouveau président, mais peut être que je serai viré l’année prochaine (rires). Si j’arrête la télévision, je reprendrai tout ce que je faisais à coté. J’avais même repris les études et j’ai du arrêter également. Après, ça dépend de l’actualité, si elle me porte ou pas.

Est-ce que l’on t’impose quelques limites ou tu bénéficies d’une totale liberté ?

C’est  surprenant mais oui, pas en temps ça c’est sur. (rires) Personne ne me croit quand je le dis mais oui. J’ai pu tenir des propos plutôt anti-HADOPI alors que Canal Plus est une des chaînes qui peut souffrir le plus du piratage. Quand j’avais fait un petit clash avec Christophe Barbier, où je défendais les Anonymous qui attaquaient quand même Vivendi qui est la boite mère de Canal Plus, tout le monde était content de moi au “Grand Journal”. Ils m’ont dit d’être moi-même, ils veulent que je dise ce que je pense. C’est l’aspect cool de Canal, le succès de Bref vient de là. On leur a donné de gros moyens mais ils ont fait ce qu’ils ont eu envie de faire.

 

« J’ai pu tenir des propos plutôt anti-HADOPI alors que Canal Plus est une des chaînes qui peut souffrir le plus du piratage »

Avant d’arriver sur le petit écran, tu étais reconnu comme une star des réseaux sociaux. As-tu eu peur que l’on te reproche de trahir Internet pour la télévision ?

Ca c’était ma grande peur. C’est deux milieux en général assez opposés, mais justement Canal Plus me demande d’être moi même , du coup je n’ai pas encore subi un tir des internautes. Au contraire, j’avais défendu Anonymous face à Christophe Barbier, tout le monde avait dit que c’était génial. Un jour j’avais dit du mal de Free, alors tous les fans de l’opérateur me sont tombés dessus. Pour l’instant ça va, il n’ y a pas trop ce coté : “il a trahi la cause”. Après ça dépend, si je deviens très télévision et que je copie des modèles de ce domaine on pourra me dire que j’ai changé.

 

Plusieurs semaines sont déjà passées, comment trouves-tu pour l’instant tes performances ?

La difficulté que j’ai, c’est qu’en plus de ma chronique on me demande d’être sur les interviews politiques. C’est pas évident car il ne faut pas poser les questions qui fassent juste “tu te prends pour Anne-Sophie Lapix”. Pour l’instant, je n’arrive pas à trouver le ton juste pour poser sur un plateau les questions que je poserais sur Twitter. Il faut encore que je travaille ça, mais sur Twitter on passe notre temps à commenter la politique. Il faut que j’arrive à trouver cette énergie sur un plateau de télévision.

 

Twitter t’aide dans ton travail encore aujourd’hui ?

Malheureusement je n’ai pas le temps de tout suivre, mais carrément. Twitter et les grands médias ont un agenda médiatique un peu différent. Les deux ont leur polémique, leur histoire…parfois ça se concorde totalement et d’autres fois il y a des différences. C’est là où moi je dois intervenir. On va parler d’un sujet, et moi je vais embrayer sur quelque chose qui fait davantage parler sur Twitter. Je ne l’ai pas encore assez fait je pense. Il faut que j’arrive à trouver le truc qui a émergé sur les réseaux et pas encore sur les grands médias. Du coup ma plus grosse source d’information ce n’est pas l’AFP , mais Twitter.

 

Puis ce qu’il se passe sur Twitter n’est pas encore trop relayé à la télévision non ?

De plus en plus, c’est là où mon rôle est difficile. Il y a encore un an c’était moins le cas, mais maintenant la grand majorité des journalistes sont sur Twitter. Twitter s’est “mainstreamisé”, donc il y a moins de différence qu’avant entre l’agenda médiatique de Twitter et les grands médias. Mais quand même, il reste des différences. Des choses paraissent peu intéressantes pour les grands médias ou trop compliquées. Ces derniers ont tous une rubrique un peu marrante, un peu buzz, et c’est là où tout le contenu de Twitter intéresse. Moi, j’ai cet avantage de vraiment bien connaître l’outil, donc, quand j’ai un peu de chance, je peux trouver des choses qui n’ont pas trop émergé.

Dès tes premières émissions, ce sont tes chemises qui ont fait parler d’elles. Je t’avoue que je n’ai pas compris, peux-tu nous expliquer ?

Moi non plus. (rires) Ce que je ne comprends pas c’est que Yann Barthès porte des chemises à carreaux depuis 5 ans, et on en parle pas, alors que pour moi ça fait jaser directement. Il a juste le costard en plus mais pas moi. (rires) Il se trouve que sur la toute première émission, j’avais mis une chemise assez audacieuse. Maintenant je mets une chemise à carreaux un jour sur deux, mais on me dit quand même que j’en porte tout le temps. Après ça ne me dérange pas, je trouve ça marrant.

On t’érige comme le successeur de Yann Barthès, qu’en penses-tu ?

Je pense qu’il ne faut pas (rires). Sérieusement, on est sur quelque chose de différent. Je ne suis pas là pour faire un “Petit Journal”. Yann Barthès est plus sur les “fail”, et en faisait un journal avec. Certains jours, c’est vrai, ma chronique peut ressembler à ce qu’il faisait auparavant, parce que les « fail » qu’il déniche sont très liés à cette culture de la politique telle qu’on la pratique sur Twitter. Le web et le Petit Journal partagent cette capacité à rendre la politique pop et marrante. Mais on n’est pas du tout dans le même rôle, je suis plus inséré dans l’interview politique vu que je reste en plateau en-dehors de ma chronique. 

 

« Le web et le Petit Journal partagent cette capacité à rendre la politique pop et marrante. »

 

“Le Petit Journal” a d’ailleurs fait l’objet d’une polémique récemment. Penses-tu que les journalistes méritent leur carte de presse ?

Ah mais oui, bien sûr. Je trouve ça hyper injuste. Tous les journalistes de “Voici” ou “Closer” ont leur carte de presse, et les animatrices du minitel rose les avaient aussi. Je vois pas pourquoi le minitel rose aurait ses cartes de presse et pas “Le Petit Journal”, c’est absurde. Ce qui est vrai c’est que depuis que “Le Petit Journal” est en version longue, il y a plus de sketchs. Il y a un mélange de plus en plus fort entre l’information et l’”entertainment”. “Le Petit Journal” a sorti un nombre incroyable de scoops, choses dont peu de journalistes peuvent se targuer. En plus, c’est de plus plus en plus dur, les candidats à la présidentielle se méfient davantage. Il y a des choses que je peux trouver à la manière Yann Barthès sur le web. Internet fixe toutes les conversations. Il y a beaucoup de conversations en “off” qui vont être fixées par écrit, car les gens n’ont pas compris comment ça marche. Par exemple quand on fait des “reply” (réponses) sur Twitter, il y a des gens qui ne comprennent pas que c’est en public. En fait ça permet sur les entourages des candidats d’avoir des choses un peu marrantes. Maintenant ils font de plus en plus attention. Sur ma première, j’avais montré que le responsable de Villepin insultaient tout le monde sur Twitter, c’était un peu facile mais le mec s’est fait virer après (rires). Maintenant ils font super gaffe, les candidats ne me connaissent pas encore, mais leur entourage jeune oui. Du coup, ils les briefent pour leur passage face à moi, c’est plus dur de les piéger.

 

Heureusement qu’il y a Nadine Morano pour nous faire passer de bons moments sur Twitter…

Heureusement qu’il y a Nadine Morano oui, mais malheureusement je ne l’ai pas encore eu sur le plateau. Je l’attends avec une impatience énorme, comme Eric Besson d’ailleurs. Mais Morano bon, elle maîtrise à peu près le truc. Il y a eu des histoires incroyables comme le DM (Direct Message) “fail” de Eric Besson. En gros les messages privés s’appelle des DM, et ils peuvent apparaître en public à cause d’erreurs de manipulation. Eric Besson a fait ça à sa maitresse ou à sa femme, on ne sait pas trop. Ca c’est un truc génialissime, et j’aurai aimé être au “Grand Journal” à ce moment là. Pour l’instant, je n’ai pas encore eu ce genre de chose (depuis Vincent a eu son « scoop » avec le DM fail de N.Morano). Sur Internet il y a des moments d’humanité, c’est ça qui est très fort, qu’il y a moins dans la vraie vie. Pareil pour “Le Petit Journal”,  il y a des moments d’humanité filmés en “off”. Sur Internet on les a comme ça, sans besoin de filmer, mais j’ai l’impression de moins en moins car ils sont briefés de plus en plus.

Est-ce que Yann Barthès est réellement la tête pensante de tout ce qui est montré au “Petit Journal” ?

Ah oui ! Après il a une quinzaine de journalistes, évidemment que ce n’est plus lui qui trouve les trucs. On m’expliquait que si tu l’amenais dans un café, il te repérait le petit truc à dix mètres. A l’époque c’est lui qui faisait vraiment les chroniques quand c’était en voix “off”. Il avait peut être deux/trois assistants, mais c’est lui qui trouvait tout. Il a plein de journalistes qu’il a formé à ça, mais c’est  quand même son esprit qui flotte sur le tout. Après il a un producteur, l’ancien du “Grand Journal”, qui est avec lui. Les deux forment un tandem assez fort.

Est-ce que ta nature t’a permis de t’adapter facilement au format TV et à t’affranchir du trac ?

Tu l’as forcément sur les premières, encore un petit peu maintenant quand tu te dis que deux millions de personnes regardent. Tu te foires, tu files au zapping et dans les bêtisiers à vie. Il faut penser à ça. J’avais déjà fait de la télévision en tant qu’invité mais pas comme chroniqueur. J’ai fait par exemple deux fois “Ce soir ou Jamais”. Les caméras ne m’impressionnent pas trop, mais après si tu me mets une caméra en me disant de raconter ma vie, là j’aurai un peu peur. (rires) Ce qui est assez compliqué c’est de se dire que tu vas être juger sur ce que tu dis, car derrière je reçois des messages sur Twitter forcément.

« Les caméras ne m’impressionnent pas trop, mais après si tu me mets une caméra en me disant de raconter ma vie, là j’aurai un peu peur. (rires) »

 

Comme notre site traite de l’émulation culturelle, aurais-tu un lieu où il est bon d’aller sur Paris ?

Le “Point Ephémère” avant tout. C’est une salle de concert/bar/expo au bord du canal Saint-Martin, dans le nord-est parisien. C’est un lieu super cool, un peu berlinois dans l’esprit. En musique c’est vraiment le top du top avec la “Maroquinerie” au niveau de la programmation concert. J’y vais souvent l’été car les soirées et les expos sont vraiment cools. Ca faut le dire, Paris manque beaucoup de lieux cools. A partir du moment où tu as un lieu bien, il se fait défoncer en six mois. C’est un peu le problème de Paris, dès qu’il y a un lieu super, tout le monde s’y jette dessus. Il y aussi “Rosa Bonheur” , un bar où je n’ai pas réussi à aller en trois ans car il y avait du monde à chaque fois.  Il y a trop de hipsters et pas assez de lieux pour les accueillir.

Si tu devais choisir un livre, un film et un album pour t’accompagner sur une île déserte, tu choisirais ?

Michel Houellebecq, “Les Particules Elementaires” pour le livre. En album, Rock Bottom” de Robert Wyatt. Enfin en film, Aguirre, la colère de Dieu » de Werner Herzog.

Propos recueillis par Magalie Laur et Jordan Meynard. 

Avec un grand merci à Vincent Glad pour sa gentilesse et sa disponibilité.

Article rédigé par Magalie Laur

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