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TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTES« Oka Amazonie: Une forêt habitée » s’implante au Muséum de Toulouse

Le Muséum de Toulouse consacre une nouvelle exposition sur l’Amazonie. Considérée comme le poumon vert de la planète, cette région du monde coexiste avec des Amérindiens aujourd’hui tiraillés entre traditions multiséculaires et mode de vie à l’occidentale. À travers une soixantaine d’objets répartis sur 3oo mètres carrés, l’exposition donne à voir et à sentir sur une biodiversité elle aussi confrontée aux incertitudes.

Atelier d’apprentissage du rituel Hopep (Jawari) — Photo Serge Guiraud, MHNT

 

 

Quand on parle de l’Amazonie, on voit immédiatement une forêt tropicale à perte de vue. Et si on s’oriente du côté de la culture cinématographique, on pense à l’aventurier Indiana Jones ou encore au film Un Indien dans la ville (1994). Dans cette zone du monde, l’Amazonie représente à elle seule 5o% des forêts tropicales de notre planète avec six millions de km carrés. Elle englobe neuf pays dont la France avec la Guyane (qui signifie «terre d’eaux abondantes» en amérindien arawak). Par ailleurs, c’est la région la moins densément peuplée de France (3 hab/km carré) pour 26o.ooo habitants.

Dans cette exposition, vous découvrirez une maquette d’un «carbet», la maison traditionnelle guyanaise. En examinant de plus près, vous constaterez que les objets du passé côtoient ceux d’aujourd’hui. Cette reproduction symbolise parfaitement le dilemme des jeunesses amérindiennes ballottées par les traditions à perpétuer et l’attrayant mode de vie à l’occidentale. Si beaucoup d’entre elles arrivent à s’insérer professionnellement, d’autres tombent dans la misère sociale: échec scolaire, alcoolisme, drogues, délinquances. Cette catégorie de la population guyanaise présente également un taux de suicide «8 à 1o fois supérieur qu’en métropole», regrette Damien Davy, anthropologue au CNRS et commissaire scientifique de l’exposition. Le chercheur n’hésite pas à parler «d’un choc culturel important» qui touche aujourd’hui encore les jeunes amérindiens. Ces derniers sont aussi en proie aux «sectes évangélistes nord-américaines [qui] perturbent» les croyances ancestrales et les dévalorisent.

«Cela fait 4oo ans que ces peuples sont soumis au colonialisme, certes, aujourd’hui ils sont citoyens français et sont dans la République mais il y a encore beaucoup de choses à faire», poursuit encore Damien Davy. Toujours selon l’anthropologue, les six peuples autochtones qui composent la région outre-mer «demandent une juste reconnaissance de leur place dans la République». Parmi les revendications, la reconnaissance du droit «des autochtones et des minorités» avec chacun une langue différente. Mais parce-que la République est indivisible, la France ne les reconnaît mais concède depuis 1987 des zones de droits d’usage collectifs (ZDUC). Cette coexistence entre le droit français et le «droit coutumier» permet aux habitants d’être propriétaires de leur demeure mais ignore la notion «de propriété privée du sol».

 

Petite fille avec un petit pécari dans ses bras — Photo Serge Guiraud, MHNT

 

 

Dans les cultures amérindiennes, «tout est expliqué par la mythologie» et l’animisme fait partie intégrante de la vie des autochtones. Chaque objet du quotidien et ses motifs esthétiques puisent son inspiration à travers une espèce animale. Avec l’exposition Oka («notion de nouvelles et d’information»), on découvre une méthode de pêche ancestrale qui nécessite l’utilisation d’une «liane particulière», la nivrée. Les curieux pourront sentir la mousse de la forêt tropicale et les plus téméraires, eux, découvriront l’odeur de l’urine du jaguar.

 

Un chat-tigre — Daniel Martin, MHNT

 

Un capybara — Daniel Martin, MHNT

 

Malheureusement, cette biodiversité est en danger. Déjà 2o% des arbres d’Amazonie ont été détruits et chaque année environ 2% de l’Amazonie disparaît —entre autres— à cause de l’orpaillage. Ces activités illégales, avec des travailleurs non déclarés, pillent les sols de la forêt guyanaise avec un seul objectif:  trouver les «nombreux gisements» d’or. Ces explorations ne sont pas sans conséquences car en plus de la déforestation, la pollution au mercure s’imprègne dans des espaces jusqu’à présent préservés de l’activité humaine productiviste. Installé depuis dix-huit années à Cayenne, l’anthropologue Damien Davy tire un enseignement de ses observations: «Cela permet de relativiser sur notre occidentalo-centrisme, il y a plein de peuples différents et plusieurs visions du monde. [Quant aux] animaux et la nature, il faut rappeler qu’ils ne sont pas au service de l’homme. On dit que la forêt disparaît, c’est vrai».

 

Oka Amazonie: Une forêt habitée, au Muséum d’histoire naturelle de Toulouse. À partir du 23 avril 2o19.

Article rédigé par Kevin Figuier

Sur les Internet et sur papier – Rédacteur en chef Aparté.com

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