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TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESEn Aparté avec… Fishbach : « Le mot variété n’est plus un gros mot! »

Située quelque part entre une pop planante riche en synthés et la chanson française, Fishbach était de passage à Toulouse pour défendre son premier disque, À ta merci.

 

Fishbach – Photogrpahie: Victor Bouchentouf – Aparté.com

 

Après une année 2016 prometteuse, son premier album, À ta merci, sorti début 2017 fait suite à un premier EP datant de 2015. Depuis, la critique est comme envoutée. On a rencontré celle qui souhaite brouiller les pistes. Parce que les frontières entre les genres et les époques sont désormais poreuses, parce qu’on lui colle bien souvent, par facilité peut-être, l’étiquette « années 80 », sa musique est avant tout actuelle. On peut multiplier les comparaisons, mais on évitera. Singulière, car elle l’est, et spontanée, elle a accepté de nous en dire un peu plus, quelques heures avant son show au Métronum.

 

Aparté.com: Pour ceux qui ne te connaîtraient pas encore, comment définirais-tu le projet Fishbach en quelques mots?

Fishbach: Fishbach c’est des chansons en français sur de la musique pop électronique avec dans chaque morceau une voix différente.

Aparté.com: C’est-à-dire ?

Fishbach: C’est-à-dire que d’un morceau à l’autre je vais changer ma voix pour appuyer les différents personnages que je propose selon les chansons. C’est un panel de voix qui va de la petite fille timide et naïve à une vieille femme des ténèbres. J’expérimente, je me cherche moi-même là-dedans et j’invite les gens à se questionner dans leur propre romantisme aussi.

Aparté.com: Il semble que tu te cherches mais sans vraiment vouloir te trouver… Ne joues-tu pas de cette pluralité ?

Fishbach: Exactement. J’aime semer le trouble, que ce soit dans mes textes ou dans mon attitude, passer du rire aux larmes. Je suis quelqu’un de too much, je vais jusqu’au bout des choses quitte à ce que ce soit un peu kitch, voire parfois ridicule. Mais on est ridicule dans la vie donc je me joue de ça.

Aparté.com: Il y a quelque chose de très chimérique dans ton univers, de la rêverie, avec un peu de mélancolie parfois. Est-ce que c’est l’époque qui veut ça ou c’est parce que tu es comme ça ?

Fishbach: Je pense qu’il y a un peu de nostalgie du présent, à une époque où on met des filtres vieillissants sur Instagram. On est nostalgique du moment qu’on vient de vivre sans avoir de recul ou de souvenir de l’être. Je fais de la musique moderne et de l’époque, même si on dit souvent que c’est référencé années 80. Dans le propos je suis dans l’époque, comme quand je parle de rencontre par écrans interposés (Beau langage, sur l’album À ta merci).

« Je dis souvent que j’aime sublimer les drames. »

Aparté.com: Il y a aussi ce paradoxe : tes textes sont assez sombres, mais tes mélodies sont très rythmées. Qu’est-ce que ce contraste dit de ta musique ?

Fishbach: C’est sombre mais plein d’espoir ! Je viens du nord-est de la France, dans les Ardennes. C’est une zone qui a été énormément sinistrée socialement mais les gens sont très fiers de venir de là d’où ils viennent. Je crois que ça a dû influer. C’est pour ça qu’il y a beaucoup de sombre et à la fois plein d’espoir dans ma musique. Dans Le château je parle notamment du suicide d’un de mes collègues lorsque je travaillais au Château de Vincennes. Il a fallu que je le mette sur une musique relativement dansante où tu peux taper du pied. On n’est pas dans le pathos. Ça permet de relativiser la mort comme les déceptions amoureuses, la défaite, les erreurs…

Aparté.com: Ton label (Entreprise) est consacré aux albums chantés en français. On voit de plus en plus d’artistes écrire en français comme Juliette Armanet, La Femme ou encore Flavien Berger. Est-ce que finalement la chanson et la pop francophone sont redevenues cools ?

Fishbach: Je crois. Là on parle d’artistes qui font de la pop, mais il y a en plus un truc qui cartonne en ce moment c’est la « variété hip-hop » avec des mecs comme Lomepal ou Eddy de Pretto. Pour moi les artistes hip-hop étaient les derniers à écrire de bonnes chansons en français jusqu’aux années 2000. Aujourd’hui ça revient un peu vers la pop… C’est non seulement cool mais c’est une évidence puisque c’est ma langue. Quand j’ai commencé je chantais en anglais. Je me cachais derrière les maniérismes et l’accent, puis on s’est rendu compte qu’avec internet, on a pu aller fouiller dans des trucs obscurs de chanson française d’avant qui défoncent ! On a découvert qu’il y a moyen de faire du français en s’affranchissant des codes de la chanson française classique. Avant c’était soit Barbara ou Gainsbourg, soit Calogero… Aujourd’hui on peut s’amuser avec des musiques du monde entier. Le mot variété n’est plus un gros mot, c’est assez cool !

 

Un de ses titres phares co-écrit avec Juliette Armanet, catchy à souhait.

 

Aparté.com: Quel est ton rapport à l’écriture ?

Fishbach: Un tiers de l’album a été co-écrit avec d’autres personnes, dont Juliette Armanet qui m’a aidée à écrire les couplets d’Un autre que moi. Au tout début je complexais, je me suis fait aider par Olivier Vallois. Puis au fur et à mesure je me suis dit que j’avais des choses à dire, mais sans trop en dire. Quand tu écris une chanson, tu romances ton histoire. Aujourd’hui j’adore écrire, et encore plus pour mes potes. Il est plus facile d’écrire pour les autres que pour soi. Écrire une chanson est toujours impudique mais c’est le moment de faire passer un message.

 

« C’est comme quand on regarde un tableau, chacun y voit ce qu’il veut »

 

Aparté.com: D’où le fait de rendre tes textes un peu énigmatiques ? C’est crypté pour ne pas trop en dire sur soi mais assez universel…

Fishbach: Exactement. J’ai un truc qui m’appartient, puis les gens se le réapproprient. Christine and the Queens l’a très bien fait. Tout le monde se foutait un peu de sa gueule au début mais chacun peut y projeter des choses. La musique pop c’est ça, c’est se reconnaître dans les chansons.

Aparté.com: Tu as fait une reprise d’un de tes titres, Beau langage, avec le libanais Bachar Mar-Khalifé, sur lequel tu chantes en arabe. D’où vient cette idée ?

Fishbach: Ça fait très longtemps que je voulais traduire cette chanson en plusieurs langues. Le titre parle du non-verbal. Donc j’ai commencé à contacter plusieurs artistes qui puissent réécrire la chanson et refaire certains arrangements pour appuyer le drama. J’ai une version en japonais qui se prépare qui sera beaucoup plus marrante. Quand j’ai sollicité Bachar il s’est passé un truc de ouf, nos voix fonctionnaient super bien ensemble. Il n’a pas cherché à imposer quoi ce soit, c’est moi qui lui ai proposé de la chanter avec moi. J’ai sorti cette reprise avant les autres car elle m’a beaucoup touchée. Je suis très sensible à la langue arabe, je la trouve magnifique. Ça été un exercice intéressant !

 

Une réinterprétation audacieuse. « J’ai toujours été sensible aux voix orientales »

 

Aparté.com: Depuis 2016 il y a eu le prix du Printemps de Bourges, les Transmusicales puis l’album en début d’année. Tout semble s’accélérer, qu’est-ce qu’il se prépare pour la suite ?

Fishbach: La tournée continue jusqu’en mars. Il y aura quelques dates en plus mais c’est tout car je veux prendre le temps d’écrire un deuxième album. Je vais un petit peu aller à l’étranger et il y aura d’autres petits projets qui ne seront pas forcément pour moi. J’aime bien bosser pour les autres, je trouve ça excitant et ça permet de me sortir de moi-même. Après peut-être que les gens m’auront oubliée, on verra ! Quoi qu’il en soit 2018 sera bien remplie de musique.

 

Propos recueillis par Victor Bouchentouf.

Article rédigé par Victor Bouchentouf

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