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TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTES[BD] « Ernesto » de Marion Duclos. De l’Espagne à la France, mémoires d’une vie d’exil

Après un Victor & Clint remarqué par la critique, Marion Duclos revient avec une nouvelle bande-dessinée. Ernesto est un semi road-trip à travers les souvenirs d’exilés de la guerre d’Espagne.

 

 

 

Ernesto est un vieux monsieur ronchon à la santé défaillante. Vétéran de la guerre d’Espagne exilé à Tours, il est victime d’un soucis de santé. Il décide alors de revenir en Catalogne, terre de sa jeunesse et de sa lutte contre le franquisme, qu’il n’a pas revu depuis la guerre. Accompagné par son ami Thomas, la glorieuse équipée doit faire une halte prématurée à Bordeaux quand leur capricieuse Vespa 400 tombe en panne. Ils y rencontreront une communauté d’exilés qui, comme Ernesto, ont refait leur vie en France.

 

Raconter le souvenir

Ernesto est une histoire de rencontres, avec des personnages hantés par leurs souvenirs. C’est quelque part dans son enfance que Marion Duclos a trouvé la source de cette histoire  : « Lorsque j’étais enfant il y avait un grand-père dans mon entourage que j’appelais Yayo. Je n’ai pas d’origines espagnoles, mais tous les enfants autour de moi l’appelaient ainsi. La meilleure amie de ma mère, ainsi que le père de ses enfants, sont fille et fils d’exilés espagnols. Alors, quand nous étions chez eux, ça parlait français, espagnol, « franspagnol »… Ça parlait politique aussi. Je ne comprenais pas tout mais je me souviens assez vivement de conversations animées par de grands gestes et de variations sonores qui n’ont rien à envier à Luis Mariano. Et, il y a eu cet épisode assez marquant, alors que je devais avoir 7 ans, où une des petites filles avait lancé à son grand père « Garde tes postillons pour la guerre ! ». Yayo était entré dans un de ses fou rires communicatifs. Il avait été blessé pendant la guerre, en Espagne, et depuis ne pouvait pas se déplacer sans sa canne. Je le connaissais peu, je ne savais pas comment il s’était blessé. Je n’avais pas demandé. Il y avait beaucoup de joie, et beaucoup de partage dans ces grandes réunions familiale. Et un jour j’ai donc posé la question : mais que leur est-il arrivé, là bas en Espagne ? »

Ainsi, l’auteure n’aurait pas pu nous raconter une énième histoire tragique pleine de clichés romantiques et de méchants oppresseurs comme on en voit tant dans la bande-dessinée actuelle. L’œuvre parle de la place de la mémoire dans le quotidien. La nostalgie guette, mais aussi la fierté, la colère, la tristesse. Plus que parler de la guerre d’Espagne et de la Retirada, Ernesto nous conte la place que ces événements occuperont pour le restant de leurs jours chez les exilés.

 

Témoignage d’exilés

Ernesto est le fruit d’un travail de recherche de plusieurs années. « Une fois que j’ai commencé à m’y intéresser, une rencontre en amenait une autre, puis une autre… Chaque entretien que je passais avec des exilés, enfants d’exilés ou petit-enfants d’exilés m’ont amené à nuancer mon approche. Je ne pouvais pas me permettre de ne parler que de Yayo et Yaya… Eux, n’avaient pas connu les camps. Les personnes qui se sont confiées à moi toutes ces années n’évoquaient pas leur expérience avec la même amertume, la même colère, le même espoir… Je devais essayer de leur rendre hommage à tous. » 

Et tous n’ont pas eut non plus la même manière d’aborder leur nouvelle vie en France : « Certains vivaient avec la transmission. Pour d’autres, c’était différent. C’était l’intégration à tout prix. Quand ils étaient enfants il fallait parler français à la maison, même si à l’école, l’institutrice ne se gênait pas pour les discriminer en les surnommant « les petits espadres »… »

Marion Duclos ne revendique absolument pas un travail historique mais, pour compléter le tableau, de nombreux éléments plus factuels sont donnés en préface et postface de l’ouvrage par des historiennes.

 

Toujours la vie

Avec ce nouvel ouvrage, Marion Duclos renoue ici avec la narration gracieuse qu’on trouvait dans son précédent ouvrage Victor & Clint avec toutefois des personnages plus marquants et attachants. Tout en parlant de la grande mémoire, Ernesto raconte aussi les petites choses de la vie quotidienne avec finesse, tout en évocation. Marion Duclos affirme plus encore son dessin original avec un trait vagabond et expressif. Les couleurs, mi-aquarelle mi-numérique sont dans des pastels qui collent bien à l’époque pas tout à fait contemporaine du récit ainsi qu’à son propos plein de suggestions.

 

Marion Duclos – Photographie : Quitterie de Fommervault-Bernard

 

Après des années de gestation, une page se referme pour Marion Duclos qui a produit ici une oeuvre toute singulière. « La difficulté a aussi été d’y mettre un point. Je ne sais plus qui disait : « On ne termine pas un livre, on l’abandonne », mais je crois que j’ai été obligée de piger le truc, au bout d’un moment…»

Marion Duclos repart sur plusieurs projets qui cherchent éditeurs : « Un conte macabre acidulé avec Olivier Ka, un scénario de court-métrage avec Laurence Vilaine autour de la place de la femme dans l’espace public et un projet jeunesse plus personnel, Le Noyau d’Olivia, au sein duquel l’imagination fait une nouvelle fois fuir l’âge de raison. »

Marion Duclos, affaire à suivre…

 

/// ALLER PLUS LOIN : Victor et Clint par Marion Duclos

Article rédigé par Arthur

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