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TEMPS DE LECTURE : 7 MINUTESPrendre le pouls de la démocratie au coeur d’Alternatiba Toulouse

L’effervescent village associatif d’Alternatiba Toulouse a réuni pour cette deuxième édition une centaine d’associations, mêlant environnement, éducation, agriculture et démocratie pendant deux jours, sur la Prairie des Filtres. De quoi saisir les exigences et les aspirations de la société vis-à-vis du monde politique.

Démocratie en lettres d’or – Photographie : Paul Roquecave

 

A l’image du Bilan du Monde, réédité chaque année par le groupe Le Monde, le récent rassemblement toulousain permet d’appréhender demain, tout en dressant un portrait réaliste du monde d’aujourd’hui. Alternatiba ou le Village des Alternatives, est né en 2013, face à l’urgence climatique et aux inégalités de ressources et de moyens touchant les populations les plus fragiles. Quatre ans après, la venue de ces universités à ciel ouvert apparaît comme une bulle d’espoir et de questionnements pour un avenir soutenable.

 

Un regain d’intérêt pour les questionnements autour de l’engagement et de la prise de pouvoir

Aux lendemains des élections présidentielles et législatives, certaines problématiques nouvelles (le revenu universel notamment) n’ont finalement pas trouvé d’aboutissements. Ainsi, la célèbre organisation altermondialiste ATTAC, ouvre le pas samedi dans une intervention à propos d’Un monde dans un contexte d’effondrement, présentée par l’économiste Geneviève Azam.  Nombreux sont les intéressé.e.s venu.e.s l’écouter.

« C’est un événement politique ici ! Pourquoi ne sont-ils [les politiques] pas là ? S’informer, comprendre, savoir, tout ce que nous faisons aujourd’hui et demain, à notre échelle, est un geste politique. Il n’est plus question d’attendre un gouvernement ou un autre, le bon ou le mauvais, les enjeux sont désormais ici. », souligne l’économiste Geneviève Azam à propos du désintérêt de la classe politique envers ces problématiques essentielles.

 

Plus loin, de vieux fauteuils sont disposés en cercle, quelques tapis au centre et le début d’un débat autour de la démocratie et de la place du vote en société.  L’équipe du réseau Arc-en-ciel théâtre d’Occitanie/Midi-Pyrénées, entend alors inviter des volontaires à réfléchir sur ces questions, lors d’un atelier de théâtre institutionnel. L’une des équipes régionales coordonne alors ce théâtre participatif où la controverse publique tient une place majeure ce jour-là au cœur de l’Agora éphémère.

Se mettre en scène pour le monde de demain – Photographie : Sonia Chabane

 

Le médiateur nous présente un homme et une femme, manifestement complices. L’homme, au foulard blanc, se positionne en faveur du vote, rappelant la longue lutte pour la reconnaissance du pouvoir du peuple. Son adversaire, au foulard rouge, semble s’opposer au principe du vote, citant Albert Camus et rappelant également la définition de cette notion considérée comme le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple. Les deux parties sont rapidement rejointes par le public, qui se tourne alors majoritairement vers les partisans d’une démocratie sans vote. Un certain jeu politique se met en scène à grands renforts de « on ne va pas se fâcher » ou encore « bien sûr, je suis d’accord avec vous, mais… ». Difficile de ne pas y deviner l’écho des soubresauts qui secouent la politique française actuelle.

Chez les Rouges, la question d’une minorité muette est soulevée, ils déplorent notamment l’absence de décompte du vote blanc, considéré comme catalyseur du mécontentement français à l’encontre du système politique. Leur argumentation semble prendre le dessus alors que les intervenants, militants, étudiants, parents, baroudeurs, voyeurs ou simples curieux se succèdent dans l’espace, attablés à une tribune. Il vient l’idée de s’inspirer du modèle de la Grèce Antique dans lequel la démocratie repose principalement sur le tirage au sort. Chacun des trois pouvoirs  est donné aux citoyens : l’Assemblée du peuple, l’Ecclésia, permet le choix de 500 citoyens pour siéger à La Boulè où leur est déléguée une partie du pouvoir législatif. Six-mille autres sont tirés au sort afin de rendre la justice. Dans un tel système, les politiciens sont rapidement remplacés. Le camps rouge, majoritaire s’en inspire, souhaitant voter plus souvent par le biais du référendum, prendre le temps de parler, de se comprendre et d’arriver à un consensus. Selon eux, un tel système permettrait d’éviter les affrontements répétitifs à l’exemple des mouvements sociaux contre la loi Travail.

« Je suis pour le vote, je suis pour l’ouverture du vote à tout le monde, je vis ici depuis des années, je paye mes impôts comme tout le monde, travaille, j’ai appris la langue, j’aime ce pays et pourtant on me nie mes droits !  On m’a dit que j’avais des devoirs à remplir pour avoirs mes droits, mais où sont-ils ? J’attends encore, » rappelle le fondateur du Collectif La Ruche des Colibris, à Pamiers, en Ariège.

 

Passage à une échelle de vote cruciale mais localisée : le système associatif et les collectifs

Résister à la tentation de parler des élections à portée nationale paraît être un exercice contraignant alors même que le mot « consensus » fait son apparition dans l’une ou l’autre partie. L’« Utopie ! » ultime décriée par les partisans du vote se heurte à « l’éclatement » du groupe souligné par les Rouges. Selon eux, la minorité, gouvernée par la décision de majorité, ne se sent pas écoutée et finit inévitablement par le quitter.  L’alternative au vote semble donc sans issue, à l’exception de quelques idées énoncées a-demi-mot, comme celle de « voter pour une nuance de : un peu, beaucoup, passionnément… ».

 

Discuter devient un art à Alternatiba – Photographie : Paul Roquecave

 

Cette controverse publique, même si elle oppose deux camps, semble petit à petit prendre la forme d’une grande assemblée populaire cherchant conjointement des solutions alternatives aux manquements démocratiques réels. Après une heure d’un intense débat les questions demeurent majoritairement sans réponses.  Sur cette arène, rien n’est moins certain que la conviction des propos, comme le confie un participant « En réalité, j’ai choisi un camp mais j’aurais pu choisir l’autre », car l’important à ce jour n’est non pas de refaire véritablement le monde, mais seulement d’ouvrir d’autres pistes de recherche.

 

Les stands du Village démocratique afin de trouver une autre voie tout aussi ludique, peut-être plus conciliable

« Non, la démocratie ne résume pas au vote, ni au candidat. D’ailleurs, tous les candidats sont façonnés par les médias, il suffit d’aller voir le panneau qui montre les liens des uns avec les autres.  Inform’action, me plaît, par ses informations justes et non aux prises de conflits d’intérêts. », souligne Carole assise dans le public.

On rencontre alors une diversité d’associations, notamment le célèbre Mouvement Colibris,  dans des ateliers participatifs, de visionnage de films vidéo comme la roulotte des Data Gueule. Au-delà de la démocratie et du vote l’économie et l’accès à information semblent indissociables. Théorisée par le bloggeur Stéphane Laborde à travers des podcasts la TRM dite Théorie Relative de la Monnaie fait son chemin jusqu’à Alternatiba, puisqu’on y retrouve ici le collectif Monnaie Libre Occitanie ayant lancé sa monnaie Ḡ1 le 8 mars dernier pour « offrir une vision plus juste et durable de l’économie. »

« Les monnaies alternatives m’intéressent. L’argent, c’est un thème qui sous-tend tous les autres en fin de compte. Dans nos sociétés actuelles, on est centré sur un unique rapport à la monnaie. Pourtant, il existe d’autres solutions, » explique un père de famille devant un stand spécialisé.

Dans l’atelier du Démocramètre dans les espaces publics organisé par Solidarités Villes et Le Bruit de la Conversation  est donné à voir aux visiteurs un thermomètre pour classer des photos variées en fonction de leur degré de démocratie. Dans de nombreux cas, les photos de caméras de surveillance sont au plus bas (le moins démocratique) alors que les manifestations, voir les casseurs sont les premières (le plus démocratiques). Une démocratie donc appréhendée par degrés, capables de concilier le plus fidèlement possible les aspirations de chacun.

Entre la Grèce antique et la France contemporaine, il n’y a pas photo – Photographie : Paul Roquecave

 

Co-écrit par Lucie Dumas, Noémie Gibert et Sonia Chabane.

Article rédigé par Sonia Chabane

From Nice to Sciences Po Toulouse, writing on my way to somewhere else.

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