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TEMPS DE LECTURE : 4 MINUTESL’orgue, un instrument bien plus grand que ta chambre d’étudiant

Toulouse, capitale européenne de l’orgue ? Tel est le cri du cœur poussé lors de la 22ème édition du festival Toulouse les Orgues qui s’est déroulée au début du mois d’octobre. L’occasion pour nous de dépoussiérer l’image que nous nous faisions de cet instrument méconnu !

 

Wayne Marshall et l’orgue incroyable de Saint-Sernin – Photographie : Thomas Guilin

 

Deux chambres étudiantes. La taille de l’orgue de l’église du Gésu impressionne. Cet instrument, vieux de plus de vingt siècle apparaît comme un instrument religieux poussiéreux. Quel intérêt peut-il donc avoir aujourd’hui ?

 

L’orgue, qu’est-ce que c’est ?

Instrument à vent, il produit des sons à l’aide de tuyaux qu’alimente une soufflerie. L’organiste, qui est donc la personne qui en joue, utilise ses mains sur les claviers et ses pieds sur le pédalier. Cet instrument peut être d’une taille réellement monumentale.

 

Le système de soufflerie expliqué à des jeunes et des moins jeunes – Photographie : Thomas Guilin

 

C’est dans cette église, un matin d’un vendredi 13, que nous retrouvons Yves Rechsteiner, le directeur artistique du festival Toulouse les Orgues. Loin de l’image que l’on s’était faite de lui, il n’est pas ce vieil homme catholique que l’on rattache à la passion pour l’orgue. N’ayant pas atteint la cinquantaine, il a conscience du « syndrome du dinosaure » qui menace son instrument. Pour le combattre, il s’attache à transmettre sa passion.

Revenant avec nous sur son parcours, il dit avoir très vite « senti un décalage entre les musiques [qu’il jouait] et le goût du public. » La perte de vitesse de la religion catholique est peut-être l’une des raisons. « Entrez dans une basilique construite pour accueillir 3000 personnes et pourtant [aujourd’hui] elle en reçoit rarement plus de 50. La messe, qu’accompagne traditionnellement l’orgue, s’est un peu cassée la figure », déclare-t-il.

 

Yves Rechsteiner partage sa passion avec une jeune organiste – Photographie : Thomas Guilin

 

Alors, faut-il enterrer l’orgue ? « Certainement pas« , persiste Yves Rechsteiner. Il affirme qu’il existe une véritable fascination pour cet « instrument de malade » dans les yeux des enfants, étudiants ou encore des musiciens électro à qui il présente l’instrument. Nous comprenons réellement ces propos lorsqu’il nous ouvre littéralement les portes de l’orgue présent dans l’église, et qu’il nous y fait rentrer. De très nombreux tuyaux sont plantés les uns à côté des autres. De plusieurs tailles, certains nous dépassent largement tandis que d’autres nous effleurent les chevilles. Cette transmission lui paraît plus importante que jamais « dans ce monde anxiogène où tout bouge très vite. L’orgue, en tant qu’objet de patrimoine, nous permet de ne pas oublier qu’il existe de belles choses.« 

 

Le doux flirt de l’orgue et des musiques électroniques

Par leurs expérimentations, l’électro joue un rôle déterminant dans le partage de cet héritage. Nous en trouvons la confirmation le vendredi 6 octobre, à la cathédrale Saint-Etienne. Jakob Lekkerkerker produit sur scène sa Cathedral mobile.

 

Un orgue monumental trône à presque huit mètres du sol face à une centaine de spectateurs – Photographie : Thomas Guilin

 

Sur le programme est annoncé un concert d’ « orgue amplifié et électronique en mouvement. » D’emblée, l’artiste nous prend à contre-pied en inscrivant l’orgue dans la musique électronique. L’instrument à vent surplombe une scène modeste, le public n’est pas celui des concerts de musique classique. Étudiants, travailleurs et retraitées s’y côtoient. Nous ne savons pas à quoi nous attendre.

Sur scène, un homme accroupi l’accompagne. Il est devant ses boîtes à effets et son ordinateur, un casque aux oreilles. Des enceintes cachées, d’autres visibles, sont disposées dans tous les coins de l’église. Cette création se nourrit de sons enregistrés dans la ville de Toulouse. Le tintement des cloches des églises, la voix enregistrée annonçant les arrêts de métro, le clapotis de l’eau sur les berges de la Garonne. Jakob Lekkerkerker envoie l’orgue à des centaines de kilomètres de la musique classique à laquelle nous nous attendions. Dans l’atmosphère glaçante d’une église en pleine nuit, la création sonore fait penser à l’ambiance de films d’épouvantes. Dérangées, certaines personnes âgées quittent les lieux.

 

Un parterre de pédales à effets qui fait davantage penser au grunge qu’au classique – Photographie : Thomas Guilin

 

Quels avenirs pour l’orgue ?

Le festival continuera tant que les salles se remplieront, soyez-en sûrs. L’avenir de cet instrument s’écrira grâce à des artistes transgressifs comme Yves et Jakob, qui se battront pour ne plus être marginaux. Ils finiront par être remplacés à leur tour par les jeunes organistes qui se forment partout dans le monde. Dans ce domaine, Toulouse n’est pas en reste. Il y existe, par exemple, deux classes supérieures d’orgue. L’une est au Conservatoire à rayonnement régional (CRR), l’autre à l’institut supérieur des arts de Toulouse (isdaT). Ces jeunes éprouveront sans doute moins de remords à transgresser les lourdes traditions de cet instrument.

Article rédigé par Valentin Chomienne

Rédacteur en chef culturel.
Autodidacte de l’écriture, amateur sans bornes de musiques, aimant à bonnes ondes sociétales : avec le moins de préjugés possibles, l’objectif rêvé est de se battre pour l’ouverture des cœurs et des esprits.

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