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TEMPS DE LECTURE : 12 MINUTESToit d’abord ?

Après la visite d’Emmanuel Macron dans la Ville rose, « Aparté.com » fait le point sur logement social et l’hébergement d’urgence toulousain.

Toulouse, quatrième ville de France, pourrait grimper dans le classement avec la croissance démographique – Photo Kevin Figuier, Aparté.com

 

La plaie est béante. Pour un président «ni de gauche, ni de droite», ses opposants ont vite rebaptisé le slogan en un «ni de gauche, ni de gauche», comme si le président ne faisait que la part belle à l’électorat de droite. Il faut dire que depuis le début de son mandat, beaucoup attendent le volet social qui semble être absent du calendrier présidentiel. C’est donc à Toulouse, en mission sauvetage, que le président de la République Emmanuel Macron essaye de panser les plaies qu’il a lui même entaillé. Et le lundi 11 septembre 2017, c’est en terrain presque conquis devant plusieurs centaines de personnes réunies place du Capitole, que le président a présenté le plan « logement d’abord ».

Face au manque cruel de places en France, l’annonce est appréciée. Emmanuel Macron reconnait qu’« il faut sortir d’une logique où l’on ne fait que du traitement d’urgence et où l’on met des gens dans des chambres d’hôtel qui coûtent cher ». En effet, au cœur de l’été, l’État a communiqué sur le rachat d’hôtels Formule 1 pour y loger urgemment, des réfugiés arrivés ces derniers mois. Il fallait, et tout le monde s’y accorde, permettre la construction de logements adaptés.

Le président l’a annoncé, ce sont 50.000 places d’hébergement d’urgence qui vont être très rapidement construites, afin de faire face à un manque cruel de lits. Ensuite, le plan logement prévoit, dans un second axe, la construction de 40.000 logements supplémentaires dits « très sociaux » et ce chaque année dès 2018. Une bonne nouvelle, puisque actuellement, ce sont seulement 17.000 habitations sociales qui voient le jour par an. Cette annonce de plus de 20 000 logements supplémentaires par an tentera de mettre fin au mal logement ou du moins tenter d’enrayer une situation pentue. Enfin, l’État mise sur la construction «massive» dans le parc locatif privé, en promettant «une réduction des exigences des normes environnementales et sociales». Le président a estimé qu’en matière de logements, «notre pays en construit trop peu car notre système est bloqué par la sur-réglementation».

 

«La bonne note, c’est qu’on va mettre fin aux nuitées d’hôtel qui coûtent cher aux contribuables», François Piquemal, porte-parole du DAL-31

 

Quelles normes sont visées ? Si aujourd’hui on ne connaît pas encore les mesures qui seront assouplies, on peut déjà se demander si, dans le pays de la COP-21, il est utile de rendre nos habitations polluantes et énergivores. Le président a anticipé les critiques sur la question mais se dit pragmatique : on ne pourra pas lier, selon lui, le problème du logement et les politiques menées sur le handicap ou la protection de l’environnement. Selon le gouvernement, ce sont 30.000 projets qui sont bloqués chaque année à cause de réglementation abusive. Libérer les normes, pour libérer la construction.

 

À Toulouse, vers une situation pérenne ?

Plusieurs dizaines de militants du Droit au logement sont venues exprimer leur mécontentement face à la politique gouvernementale – Photo Pablo Tupin-Noriega, Aparté.com

 

En pleine déclaration sur le logement d’urgence et social à Toulouse, Emmanuel Macron est accueilli, à plusieurs centaines de mètres de là, par plusieurs associations et syndicats hostiles à sa politique. Place du monument aux morts, quelques centaines de manifestants bravent le vent et la pluie et dénoncent un coup politique. François Piquemal, porte parole du Droit au logement 31 (DAL), dénonce le «pays des bisounours» dans lequel vit Emmanuel Macron et demande, micro en main, la construction massive de logements sociaux pour faire baisser les prix. Revendication presque obtenue, même si c’est insuffisant pour le porte parole: «Aujourd’hui, 140.000 personnes en France sont sans domicile. À Toulouse et la métropole, on estime à plus de 2000 ce nombre». Il dénonce, chiffres à l’appui, l’attente de 24.000 demandes de logement social dans la Ville rose, nombre qu’il faut faire baisser rapidement.

Remonté contre la visite «naphtaline» du président, le porte parole lance un cri l’alerte contre l’inefficacité des pouvoirs publics et de la mairie. Néanmoins, «la bonne note, c’est qu’on va mettre fin aux nuitées d’hôtel qui coûtent cher aux contribuables», tempère François Piquemal. Depuis plus de sept ans, le militant s’intéresse de près à la thématique du logement et regrette de ne pas avoir été « convié au Capitole lors de la présentation du plan logement ». « C’était plus un jeu de séduction entre le président et M. Moudenc (Maire de Toulouse, ndlr) qu’une visite sérieuse sur le logement […] Ce qui ressort de cette annonce, c’est le bricolage qu’opère le président sur la question», poursuit encore le porte-parole militant. Une improvisation dénoncée par les associations : «Comment peut-on avoir l’ambition de construire des logements sociaux attractifs alors qu’on va abaisser les normes environnementales ?», la question, soulevée par François Piquemal, restera sans réponse.

 

En 2016, Toulouse comptait 64 % de locataires selon l’INSEE – Photo Kevin Figuier, Aparté.com

 

Quant à la mairie, les annonces gouvernementales sur le logement sont globalement une bonne nouvelle. Et pour cause, le plan «logement d’abord» ressemble fortement au système mis en place par la mairie pour démanteler les camps illégaux. «À Toulouse, on a une bonne expérience sur l’hébergement d’urgence, se félicite Daniel Rougé, 3ème adjoint au maire en charge de la solidarité, dans d’autres villes, on voit des campements, des tentes. Ici, on a choisi de mettre en place l’hébergement en diffus, qui signifie un espace privatif pour l’intimité dans de bonnes conditions, et non des hébergements collectifs ». Ainsi, le plan «logement d’abord», qui s’opère de la même manière, ne va faire qu’accélérer l’hébergement des sans domicile dans la Ville rose. Daniel Rougé nous présente le plan proposé par la mairie, déjà prêt pour 2018 : «On va proposer 80 logements en T3, dont 40 logements des bailleurs sociaux et 40 des bailleurs privés. En plus, on propose deux pensions de famille, des structures sous forme de logement avec le repas en commun pour faciliter l’échange, pour débloquer 50 places».

Dès 2018, ce sont donc plusieurs centaines de personnes qui pourront être logées à Toulouse. «Habiter, c’est être citoyen. Quand on est chez soi, qu’on a notre intimité, on s’ancre dans le quartier et on est inclus socialement. Et quand on a du travail, on est inséré. Depuis trois ans (date de la nouvelle majorité municipale, ndlr), on a relogé 1000 personnes et nous souhaitons faire plus jusqu’en 2020», se réjouit l’élu. Mais pour le DAL, ce n’est pas suffisant, qui estime le nombre de sans domicile à 2000 dans la Ville rose. Quant au logement social, la mairie se félicite d’être sur une bonne dynamique, nous confirme Franck Biasotto, adjoint en charge du logement à Toulouse Métropole. « Il faut continuer, amplifier nos efforts sur le logement. On a décidé en 2014 de créer 7.000 logements par an, 3.500 pour Toulouse et autant pour la métropole. On a rempli nos objectifs et on les a même dépassé. On construit plus de 2.000 logements sociaux par an». Mais l’adjoint le reconnaît, « il y a 28.000 dossiers en attente pour accéder à un logement social ». La cause ? « 80 % des toulousains peuvent prétendre à un logement social. Il y a une forte demande. On est dans le mouvement de 25 % de logements sociaux pour 2025 », explique l’élu à Toulouse Métropole.

 

«Construire plus et moins cher», Julien Denormandie, secrétaire d’Etat.

 

Pour investir et rénover, Franck Biasotto s’est engagé avec la mairie dans la vente de HLM. «Si l’on vend un appartement 100.000€, on peut financer 3 à 4 logements neufs», estime-t-il . Ainsi, ce sont 400 logements par an qui sortent de terre grâce à la vente de HLM. Et Emmanuel Macron a félicité la mairie de l’initiative, et l’a repris dans son plan logement, en souhaitant vendre jusqu’à 40.000 HLM par an, contre à peine 10.000 aujourd’hui. Mais l’adjoint prévient concernant le financement du plan logement. «Il ne nous faut pas priver de construire, ici, à Toulouse. La Métropole a besoin de logement alors ne tirons pas sur l’ambulance. On doit garder un certain rythme de construction, garder notre dynamique », conclut-il.

 

Une politique illogique

«Construire plus et moins cher». La phrase, sortie de la bouche de Julien Denormandie, secrétaire d’Etat auprès du ministère de la Cohésion des territoires, peut prêter à sourire mais le gouvernement veut réaliser une révolution dans le domaine social, en économisant sur les 18 milliards d’euros que coûtent les APL, tout en favorisant la construction massive de dizaines de milliers de logements privés.

Le 20 septembre 2017, le ministre de la Cohésion des territoires Jacques Mézard et son secrétaire d’État, Julien Denormandie ont présenté un projet majeur du quinquennat Macron, malgré son absence du programme du candidat. Dès le 1er octobre, la baisse de 5€ des APL permettra de réaliser 390 millions d’euros d’économie par an, baisse vécue comme une «insulte» pour François Piquemal, du DAL-31. «Ce n’est pas rien 5€ qu’on supprime, ce sont 5,6 millions de ménages qui sont concernés, dont 40 % vivent sous le seuil de pauvreté», constate le militant toulousain.

Autre effort, ce sont 1,4 milliard d’euros que cherche à économiser le gouvernement sur les organismes sociaux, qui touchent 45 % des aides personnels au logement, le reste étant pour les organismes privés. La baisse des loyers demandée par le gouvernement doit concerner 2,5 millions de ménages pour permettre une baisse d’APL de 50€ à 60€. Et au DAL, on s’insurge. «On coupe les APL pour les locataires, on demande aux offices HLM de baisser les loyers mais ce sont 60€ de moins seront pas réinvestis». Et cet argent, qui devait servir à la construction de nouveaux HLM, rénover les plus vétustes, ou bien les entretenir le plus régulièrement possible, n’est plus. Même réaction à la mairie de Toulouse, où l’adjoint au maire Franck Biasotto en charge du logement assure que «5€ de baisse sur les APL, c’est 17.000 logements sociaux à Toulouse, donc 1 million d’euros de perte par an, soit 20 % de  l’auto-financement municipal de la création de logements sociaux. La mairie ne pourra pas réinvestir dans la construction et la rénovation de logements, explique l’élu avant de poursuivre. Donc imaginez 50€…On ne construit plus du tout, on ne réhabilite plus, on gère l’existant… Ce n’est pas possible. Il nous faut des contreparties ».

 

Le loyer moyen, charges comprises, pour se loger à Toulouse est de 588 € – Photo Kevin Figuier, Aparté.com

 

Dans une première conférence de presse, Alain Cacheux, président de la Fédération des offices publics de l’habitat juge cette annonce comme «un coup de massue» dont les «compensations que propose le ministère sont, en outre, dérisoires et mensongères». Pourtant, le gouvernement l’a promis : cette perte financière sera intégralement compensée, par un gel du point d’indice du livret A à 0,75 % pendant deux ans qui devrait rapporter quelques dizaines de milliers d’euros, et un prolongement des prêts des bailleurs sociaux par la Caisse des dépôts.

D’autres économies pourront être réalisées par la vente de 40.000 logements sociaux par an aux locataires. Enfin, les APL seront calculées, dès 2019, – et de façon logique en fonction des ressources financières en cours, et non selon les revenus déclarés deux ans plus tôt, comme actuellement. Aujourd’hui, 26 % des allocataires des APL changent de situation professionnelle ou familiale chaque année, soit une perte estimée de 1,6 milliard d’euros. Ces décisions budgétaires feront face à une mobilisation inédite d’une quarantaine d’associations, qui, sous un collectif appelé « Vive l’APL » regroupant Emmaüs, Secours Catholique, Fondation Abbé Pierre, DAL. Ces associations manifesteront dans les semaines à venir contre les réductions d’aides au logement et demanderont la mise en place des encadrements de loyers, dont François Piquemal revendique l’élargissement. «La solution fonctionne en Allemagne permet de donner moins d’APL car les loyers sont moins chers». Une idée qui n’est pas au programme de la Municipalité, elle propose d’autre contrepartie à l’État. « Il faut diviser les aides entre les aides à la pierre et les aides à la personne. Il faut proposer la défiscalisation, car plus on défiscalise, plus les loyers sont bas. Sinon, une partie des APL du privé —qui représentent 55 % du montant total des APL— pourrait être récupérée à hauteur de 3 milliards d’euros pour donner aux bailleurs sociaux », juge Franck Biasotto. Le message est passé.

 

Comme partout en France, les grands ensembles sont voués à la destruction pour des immeubles moins hauts – Photo Kevin Figuier, Aparté.com

 

Autre projet du gouvernement, c’est de pérenniser, jusqu’en 2022, le prêt à taux zéro (PTZ) pour les primo-accédants et l’avantage fiscal aux acquéreurs d’un logement neuf à louer. Une bonne nouvelle alors que ces dispositifs devaient expirer à la fin de l’année. Une modification cependant, quant au secteur, qui sera restreint aux seules zones urbaines. Promoteurs et constructeurs peuvent se réjouir de la prolongation de ces dispositifs : Entre 2011 et 2012, année de fin des PTZ (avant réforme), le nombre de prêts à taux zéro est passé de 350 milliers à 70 milliers, de quoi faire plonger la construction de logements sociaux durant tout le quinquennat Hollande.

Le sujet est brûlant, tant pour Emmanuel Macron que pour les élus et associations sur place, en charge de l’application du plan logement. C’est une mise à l’épreuve pour le président, qui tente en tout et pour tout d’éteindre un feu dont il est le seul à pouvoir canaliser. Attention, cependant, à ne pas prendre un retour de flammes.

 

/// Pour aller plus loin: La « réquisition » nommée Abbé Pierre.

Article rédigé par Antoine Pelé

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