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TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESEn Aparté avec … le photographe Philippe-Gérard Dupuy

Invité d’honneur du festival Manifesto, Philippe-Gérard Dupuy est l’un des pères de la photographie contemporaine. Il a œuvré toute sa vie pour sa diffusion et son évolution dans le sud du pays. Nous avons eu le privilège de le rencontrer dans l’intimité de la maison où il vit, au creux de son univers. Entre dérision et détournement, son travail transporte au-delà du monde, et invite à déconstruire le réel.

 

Philippe-Gérard Dupuy voyage depuis chez lui – Photo Victor Bouchentouf, Aparté.com

 

Aparté.com : À l’occasion du festival Manifesto, est publié un recueil rassemblant différentes facettes de votre œuvre. Il s’intitule L’Autre. Ce titre est évocateur. Qui se cache derrière ?

Philippe-Gérard Dupuy : C’est moi petit, là, l’enfant aux six boutons (Il montre la couverture du livre). C’est parti d’une soirée où j’étais président du jury Manifesto. Il y a eu une petite réunion à l’espace Saint-Cyprien, et Jacques Sierpinski a dit : «à Toulouse, il y avait un photographe qui s‘appelait Jean Dieuzaide. Maintenant, il y a l’autre. Il s’appelle Philippe-Gérard Dupuy». Cela me plaisait bien. C’est un nom que j’ai trouvé dans pleins de choses, comme des titres de livres que j’ai lus. Je ne voulais pas inscrire «Photographie : Philippe-Gérard Dupuy». On ne le voit qu’à l’intérieur du livre, pas sur la couverture. L’autre, c’est moi tout simplement .

 

Aparté.com : Lors d’une interview pour France 3, vous avez déclaré que vous avez débuté la photographie pour retrouver celui que vous étiez étant petit …

Philippe-Gérard Dupuy : Un petit peu, oui … C’est toujours un peu ça. Il y a beaucoup de gens qui pensent à leur enfance, donc je ne suis pas exceptionnel. Tout ce que j’ai fait par la suite, c’est de travailler avec des éléments de l’enfance, des jouets, des éléments de décor, des petits trucs, pour en faire des images.

 

Aparté.com : En effet, on sent que vous travaillez avec des tas d’éléments. On trouve chez vous des pommes de terres, des jazzmens, des animaux ou encore des poils. Dites nous en davantage sur votre univers…

Philippe-Gérard Dupuy : Mon univers essaie de s’extraire du reportage, d’un quotidien qui n’est pas particulièrement drôle. Comme tout le monde, j’ai de très bons souvenirs et aussi de mauvais. Mais j’essaie de rêver à d’autres choses, à me faire un autre monde, que j’exprime ensuite en faisant des photos.

 

Aparté.com : Lorsque vous commencez à 17 ans, réussissez-vous à vivre de votre art ?

Philippe-Gérard Dupuy : Au départ, j’avais envie de savoir comment tout ça marchait. Mon premier choc, ça a été de voir une photographie apparaître dans de l’eau. Je ne savais pas ce qu’était le révélateur et ça m’a passionné. C’est là que j’ai voulu apprendre tout le fonctionnement. J’ai commencé à apprendre dans un atelier d’illustration photographique, en ayant un boulot à côté. J’ai fini par trouver une activité où réaliser quelques reportages. Mais, j’ai aussi travaillé dans l’architecture et la décoration d’intérieur. C’est à côté de ces activités que j’ai commencé à prendre des photos pour moi.

 

Aparté.com : Dans votre photographie, vous modifiez, et altérez, le contenu de départ. Nous pensons à la série Charades où vous utilisez la technique du montage. Quel est alors votre rapport au réel ?

Philippe-Gérard Dupuy : J’utilise des éléments réels, mais je les mets dans un autre espace. Je suis un voleur, un trafiqueur. Quand je fais des portraits de jazzmens, on me dit que je prends la quintessence du musicien. Ce n’est pas du tout le cas. Je ne fais pas le portrait de la personne telle qu’elle est, mais seulement de comme je la vois. Il y a des photographes qui réussissent très bien à rendre compte de la réalité.  La réalité elle existe, mais je n’essaie pas d’avoir un coucher de soleil pour améliorer la photo. Mais je suis en amour fou des gens comme Doisneau, par exemple. Ce n’est juste pas ce que je cherche à travers ma photographie.  Je n’ai jamais été un grand reporter, mon périmètre s’est arrêté en France, Espagne et un peu en Tunisie. J’ai fait quelques trucs à New York mais je n’ai jamais été tenté pour faire de la photo à l’autre bout du monde. J’ai beaucoup travaillé chez moi. Je suis un photographe de chambre.

 

Le temps n’aura pas Philippe-Gérard Dupuy – Photo Victor Bouchentouf, Aparté.com

 

Aparté.com : On imagine donc que vous recourrez au numérique…

Philippe-Gérard Dupuy : Oui, absolument. Certains de mes portraits de jazzmens sont numériques, par exemple ! J’ai atteint une espèce d’équivalence technique. Très longtemps, j’ai travaillé en laboratoire. Aujourd’hui, mon imprimante me suffit.

 

Aparté.com : Votre travail évolue constamment, il suit les changements du monde… Au fil de votre vie, comment votre regard s’est-il adapté ?

Philippe-Gérard Dupuy : Mon travail a changé en fonction des ambiances, des lieux, que j’ai traversé. J’ai vieilli aussi. Mais finalement, j’ai gardé des trucs. La preuve est que je continue de travailler avec des jouets. Ma façon de le faire a juste changé : c’est plus graphique et abstrait. Le jouet va me poursuivre encore quelques temps.

 

Aparté.com : Du haut de votre apprentissage personnel, qu’aimeriez-vous dire aux jeunes photographes qui liront cet entretien ?

Philippe-Gérard Dupuy : Il faut apprendre comment tout ça fonctionne. Ce n’est qu’après que l’on pourra prendre le temps pour s’exprimer et improviser. Exactement comme dans le jazz. À côté de ça, il faut garder les yeux grands ouvert. C’est important d’aller voir des expos, de lire des livres de photos. Le défaut de notre époque, où le numérique simplifie tout notre travail, c’est qu’on brûle les étapes. Avec le numérique on va rapidement à faire des choses qui à une époque était difficile à réaliser. On pense que ça y est, on a trouvé le truc, alors que non. Il y a plein de jeunes photographes qui sont à côté de la plaque. Apporter quelque chose de nouveau c’est rare. Aujourd’hui , la photographie est d’une tristesse inouïe. Si l’on souhaite faire reconnaître son travail photographique, il vaut mieux rentrer dans le secteur plasticien. La plupart sont photographes plasticiens. Il faut que ça soit sérieux et qu’il y ait un gros discours.

Propos recueillis par Marion Elluin-Dunand et Victor Bouchentouf.

Article rédigé par Marion Elluin-Dunand

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