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TAT Productions : La folle ascension du Pixar rose

Toulouse n’est pas forcément connue pour sa production audiovisuelle. C’est pourtant bien dans la Ville rose que se trouve TAT Productions, un des studios les plus dynamiques et reconnus de France, notamment pour leur série phare Les As de la jungle. « Aparté.com » est allé leur rendre visite alors que le studio s’apprête à sortir son premier film, le 26 juillet 2017.

Ces animaux sont bien connus du jeune public puisqu’il peut les retrouver sur les chaînes de France Télévision – TAT Productions

 

Situé rue Gabriel-Péri, le studio est vraiment au cœur de la ville. Jean-François Tosti, l’un des trois fondateurs nous reçoit dans une salle remplie de goodies et de prix, notamment un Emmy Award que l’on prendra un malin plaisir à soupeser. En nous montrant les boites estampillées Vita Da Giungla, Jean-François Tosti nous explique que leur série Les As de la jungle est distribuée dans environ 200 pays et traduite en 60 langues et qu’elle cartonne particulièrement en Italie. Avec son accent local, il nous raconte de succès en succès l’histoire du studio.

La déclinaison italienne des As de la jungle – Photo Samuel Martin, Aparté.com

 

Fondé en 2000 par les frères Éric et Jean-François Tosti et David Alaux, il est la concrétisation de leur passion précoce pour l’animation, et notamment la technique du stop-motion. Jean-François Tosti nous raconte ainsi leur fascination d’enfant pour le travail de Ray Harryhausen (Jason et les argonautes, Le Voyage fantastique de Sinbad…). En 2001 sort leur premier court-métrage de cinq minutes en stop-motion, Le Vœu. Ce dernier est repéré par Alain Chabat qui en fait l’avant programme de l’avant-première d’Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre.

Par la suite, le studio enchaîne pendant un temps des projets modestes de commande avant que les trois toulousains ne décident de revenir à un création plus personnelle. C’est ainsi que naît Spike ou les aventures d’un lutin du père noël. Lancé en 2005 et sorti en 2008, le moyen-métrage de 35 minutes est diffusé par « France 3 » à noël et rencontre un fort succès. Spike est pour TAT l’occasion d’agrandir ses effectifs à 15 personnes et passer du stop-motion à la 3D. Jean-François Tosti, qui n’est pas par ailleurs un aficionado des productions Disney classique, reconnaît l’influence de Pixar qui pour lui a initié une vraie révolution dans le domaine de l’animation.

De g. à d.: Le trio fondateur, Jean-François Tosti, David Alaux et Eric Tosti – Photo Samuel Martin, Aparté.com

 

Le trio créatif décide alors de de construire un nouvel univers avec Les As de la jungle. Pour changer de la banquise de Spike, Jean-François Tosti nous raconte qu’ils sont partis “sur cette idée d’animaux dans la jungle. Par rapport à Spike, on a vite vu que le personnage préféré des enfants c’était pas Spike mais Paco, son copain qui est un pingouin. On s’est donc dit que ça serait cool d’avoir un pingouin dans la jungle”. Avec un grand sourire, il ajoute : “À partir de là, un pingouin dans la jungle, comment on fait ? On a inventé ce personnage, Maurice, de pingouin-tigre, qui est donc un vrai pingouin, mais qui est convaincu d’être un tigre et qui est complètement timbré, et d’ailleurs tout le monde le voit comme un tigre”. Et pour persévérer dans le non-sens, Maurice devient très naturellement le père d’un poisson rouge dans son bocal qui se prend lui aussi pour un tigre.

Les As de la jungle, c’est donc un univers délirant évidemment destiné aux enfants, mais également aux adultes : “Notre marque de fabrique est de s’inscrire dans des thématiques de cinéma de genre et de le retraiter à notre sauce —sans verser dans la parodie— car c’est ce qui nous a nourri”.

 

Promenade

La suite de la visite du studio confirme l’amour du trio pour le cinéma de genre et le second degré. Les murs sont crépis d’affiches de films de genre, de la série A à la série Z, ce qui contraste évidemment avec l’esthétique mignonne des créations du studio. C’est au moment de la production de la première saisons des As de la jungle que TAT Productions a déménagé dans ses locaux actuels afin de loger ses quelques 80 employés. Le gros projet au moment de notre visite (fin 2016) est le premier long métrage cinéma des As de la jungle. On parcourt tout d’abord les open-space remplis de graphistes s’affairant aux diverses tâches de la production du film.

Il faut beaucoup de graphistes pour créer un film – Photo Samuel Martin, Aparté.com

 

Dans d’autres salles plus petites, on rencontre des artistes s’affairant à préparer les nouveaux projets du studio. Alors que les uns s’affairent au story-board, un autre travaille sur le montage préparatoire de Terra Willy, le film qui sortira après celui des As de la jungle. Des croquis animés de façon sommaire sont monté avec des voix témoins. “Ça nous permet de caler le rythme des dialogues, des plans”.

Travail sur le montage préparatoire de Terra Willy – Photo Samuel Martin, Aparté.com

 

Jean-François Tosti présente la ferme de rendu – Photo Samuel Martin, Aparté.com

 

On visite également la salle bruyante de « la ferme de rendu ». Cet enchevêtrement de câbles et de machines est dédié au stockage des données et au calcul des images finales. Car pour avoir un résultat de qualité, le rendu d’une image peut prendre plusieurs heures. Par rapport à la série (qui a déjà un rendu d’excellente qualité pour les standards européens), le temps de calcul par image a été multiplié par quatre ou cinq.

 

En France, on a pas de pétrole, mais on a des dessins-animés

Le succès de TAT Productions témoigne de la réussite de l’animation en France et de la qualité de son système de formation (bien que Jean-François Tosti nous rappelle que l’attrait de l’étranger et ses salaires sans commune mesure avec les salaires français est fort). Le pays est le 3ème producteur mondial d’animation avec près de 300 heures de programmes audiovisuels et entre 3 et 10 long-métrages produits par ans.

L’État joue également le jeu avec un système d’aide très performant. Et bien que ne constituant que 10% de la production audiovisuelle en France, l’animation réalise 40% des exports.  Jean-François Tosti nuance toutefois. Autant les aides sont très consistantes pour les séries et le succès à l’international est là, autant c’est une autre histoire pour ce qui concerne les longs-métrages. « Les films d’animation français s’exportent moins et en plus le système de financement n’est pas aussi favorable. Par exemple pour un film de fiction a budget égal sachant qu’un film d’animation va faire potentiellement plus d’entrées, les chaines vont investir entre deux et trois fois moins d’argents sur un film d’animation. Ça a un sens d’après les chaines de télévision parce qu’elle ne savent pas ou les programmer dans leur grilles ». Beau joueur, Jean-François Tosti tempère : « Après, on sait que nos films d’animation s’exporteront généralement beaucoup mieux et rapporteront au final beaucoup plus d’argent que ces films de fiction. On est dans ce système d’équilibre avec des financements, pas à perte mais quasiment de certaines œuvres qui sans ce système ne pourraient pas exister. Finalement c’est un peu une idée de solidarité nationale ».

Le graphiste, ce fier travailleur de l’ombre – Photo Samuel Martin, Aparté.com

 

Toulouse toujours

Fort de son succès, TAT Productions reçoit tous les ans « une dizaine de proposition pour venir s’installer ailleurs ». Mais l’équipe reste attaché à sa ville. « On a commencé ici et on a été énormément soutenu par la région. Ça marche très bien donc la région continue et la métropole a décidé de nous aider. Maintenant qu’on y est arrivé ça serait plutôt mal venu de partir ailleurs ». Les toulousains ne pourront que s’en réjouir. Et pour participer à l’effort collectif, ça se passe dans les salles à partir du 26 Juillet.

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