Accueil >> Culture >> Critiques >> Au TNT, « Les Oiseaux » d’Aristophane volent vers l’Utopie

Au TNT, « Les Oiseaux » d’Aristophane volent vers l’Utopie

Jusqu’au 13 mai 2017, le TNT (Théâtre National de Toulouse) présente sa dernière création avec Les Oiseaux d’Aristophane. Cette satire sociale — vieille de 2 400 ans — reste intemporelle et en cette période électorale la nouvelle traduction proposée par Agathe Mélinand provoque rires et questions.

18 comédiens composent la troupe – Photo Polo Garat, TNT – Théâtre national de Toulouse.

 

L’œuvre d’Aristophane, le père de la comédie antique, raconte la tribulation de deux Athéniens —Évelpidès (Eddy Letexier) et Pisthétairos (Georges Bigot)— qui fuient la cité d’Athènes rongée par la corruption, « les taxes et les amendes » ainsi que les « délations » car si « les cigales pendant l’été chantent dans les figuiers (…) l’Athénien, pendant toute l’année, chante l’air des procès », constate l’un des protagonistes.

Guidés par un geai et une corneille, les deux fuyards sont à la recherche de Térée, souverain puni et transformé en une huppe par les dieux. Auprès de l’ancien roi, les Athéniens veulent trouver « un endroit pour y passer tranquillement » leur vie. Vient l’idée pour Pisthétairos de convaincre la huppe et le reste des oiseaux de fonder une ville. Entre l’Olympe et la Terre, à l’abri des humains perfides et des dieux capricieux. Ainsi né un lieu préservé, la cité dénommée Coucouville-les-Nuages, sous l’impulsion du tribun et néanmoins manipulateur Athénien.

Cité désormais affranchie des soucis et de la démagogie, ce lieu d’utopie suscite la curiosité des hommes et la colère des dieux. Au bureau des ailes, un sycophante de père en fils veut des « ailes rapides et légères comme celles de l’épervier » afin d’« éviter les pirates » et « assigner à tour de bras » les citoyens. Là, un diseur d’oracle est expulsé à coups de fouet, tout comme le géomètre venu « mesurer l’air », tracer rues et places de la cité aérienne des oiseaux. C’est sans compter sur ce « marchand de décrets » venu « vendre de nouvelles lois » et de cet inspecteur qui « assigne Pisthétairos pour insultes et voies de fait ! ». Les oiseaux eux sont indifférents au sort des dieux et ces derniers ne reçoivent plus les offrandes des hommes. C’est la guerre ! Mais expulser les divinités à coups de fouet sera bien plus difficile que de bannir les persécuteurs venus d’Athènes.

 

2400 années plus tard, des thèmes toujours d’actualité

Photo Polo Garat, TNT – Théâtre national de Toulouse

 

L’œuvre d’Aristophane est une satire sociale de son époque. Elle attaque une vision de la démocratie, les philosophes, les poètes, les hommes politiques, le polythéisme mais surtout, cette pièce de théâtre s’établit comme un miroir de notre contemporanéité. Jamais une pièce écrite en 414 avant J.-C. n’a été aussi pertinente et d’actualité. Pisthérairos est vu —par ce peuple d’oiseaux naïfs et manipulés— comme l’homme providentiel qui use de démagogie. « Cette question est toujours vivante, particulièrement en France avec [la campagne présidentielle, NDLR] qui nous rassemble en ce moment », juge Georges Bigot.

 

“Aristophane a un regard très satyrique, très caustique mais, en même temps, une foi inextinguible en l’humanité”, Laurent Pelly, metteur en scène et codirecteur du TNT

 

Néanmoins, pas question pour Bigot de classer son personnage dans l’unique case de l’homme « mauvais ». Toujours selon l’acteur, Pisthétairos est profondément « humain », et il est d’une nature « complexe ». Finalement chaque spectateur peut faire sa propre interprétation qui, d’ailleurs, change au fil de la représentation. « La pièce n’est jamais manichéenne. On ne sait jamais dans quel camp il faut être », analyse Agathe Mélinand, codirectrice du TNT qui a traduit à partir du grec (moderne) l’œuvre. Une explication que partage aussi Laurent Pelly qui lui a mis en scène Les Oiseaux. « La pièce est forte et éblouissante. Aristophane a un regard très satyrique, très caustique mais, en même temps, une foi inextinguible en l’humanité. »

Photo Polo Garat, TNT – Théâtre national de Toulouse

 

Résultat ? La traduction d’Agathe Mélinand propose un texte actualisé tout en conservant l’esprit et la poésie de l’œuvre originale. On rit mais sans excès. Dans certaines scènes, le langage est obscène, mais les noms d’oiseaux sont justifiés. Quant à la mise en scène, cette nuée hybride d’hommes-rapaces est chorégraphiée avec précision. La troupe se déplace dans une harmonie poétique et convaincante. Le décors est sobre, simple et très efficace.

Avec Les Oiseaux, les codirecteurs proposent au public leur dernière création avant de céder la place à Galin Stoev qui entrera en fonction au début de l’année 2018. Au-delà du génie d’Aristophane qui provoque rires et questions, le TNT signe une belle création qui espère s’envoler. Il nous reste plus qu’à leur souhaiter de toucher les étoiles.

Les Oiseaux, d’Aristophane. Au TNT jusqu’au 13 mai 2017. Toutes les infos pratiques ICI.

Rédigé par Kevin Figuier

Sur les Internet et sur papier.

Attendez, (A)partez pas si vite !

Cinémathèque de Toulouse: 13e édition du Cinéma en plein air

Si le temps est mauvais, la séance en plein air n’est pas annulée mais se …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *