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Au théâtre du Pavé, le 2nd tour des vies “primaires”

Au lendemain de l’élection présidentielle, le théâtre du Pavé propose avec sa pièce Les Primaires second tour, une projection de la France dans un régime totalitaire qui ne dit pas son nom. Elle raconte aussi le fragment d’une vie de famille quelque part en vacances …

Photo Théâtre du Pavé

 

À l’entrée du théâtre, une spectatrice répond “a voté !” lorsque la caissière lui tend le ticket d’entrée pour accéder dans la “grande salle”. Jusqu’au 27 mai 2017, la troupe de bénévoles et amateurs du théâtre du Pavé présente la pièce Les Primaires second tour ; suite des Primaires premier tour qui s’est jouée mi-décembre 2016.

C’est dans un bistrot de quartier que s’ouvre le spectacle. Plusieurs voisins se retrouvent autour d’un verre et parlent spontanément de politique. Là, un sarkozyste prêche sa bonne parole mais récolte en retour les foudres des riverains. À l’image de la diversité des électeurs, on retrouve aussi une « écolo » et un militant abstentionniste.

Peut-être que l’une des solutions pour relier le peuple et le politique serait celle de “tirer au sort” parmi les citoyens. Élue présidente de la République suite à un tirage au sort, une quadragénaire essoufflée raconte à un ami sa toute fraiche prise de fonction avec les gardes républicains sur le seuil de la porte d’entrée de son appartement. “Tous les ministres et sous-ministres seront tirés au sort !”, explique dans la foulée la nouvelle cheffe d’État.

 

Le brun

Parmi les histoires de ces vies, celle d’un jeune couple rongé par l’incertitude et les remords. Téléportés dans un avenir sous le joug d’un régime totalitaire qui ne dit pas son nom, les deux amoureux doivent se plier “à une loi” qui interdit la détention de tout chat ou chien qui n’aurait un pelage “brun”. Pire, sont aussi concernés les animaux domestiques qui n’auraient pas une ascendance qui ne corresponde pas “à la réglementation”. Tous ces animaux qui ont “une couleur non conforme” représentent une “injure à l’état-nation” et seront éliminés par les “miliciens bruns”.

Dans une seconde partie, le décor change et transporte les spectateurs dans un restaurant hors des contrées françaises quelque part près de la mer Méditerranée. Pantacourt, chaussettes de tennis remontées, dégaine nonchalante avec son sac banane ou encore casquette à la tête ; Jean le père (Francis Azéma) décide d’installer femme et ados à l’intérieur du restaurant faute de place sur la terrasse. Fuyant “les cons”, le paternel multiplie les sommations patriarcales et discussions improbables. À l’un de ses fils, il lui reproche son manque d’indépendance financière et sa supposé attitude de farniente. Les passes d’armes sont rocambolesques et paraissent puisées du réel. On rit avec délice.

Les parents – Photo théâtre du Pavé

 

Avec Les Primaires second tour, le metteur en scène Francis Azéma ainsi que la troupe ont choisi d’achever leur saga sur une note de légèreté et de dérision. Tout fait écho à l’actualité ou met en exergue ce que chaque humain a de primaire dans son comportement, à l’image de la beaufittude assumée du père de famille. Dans la première partie du spectacle, la scène avec la nouvelle présidente de la République élue suite à un tirage au sort est un procédé proposé dans le programme de Jean-Luc Mélenchon, l’ex-candidat de La France insoumise à la présidentielle.

 

“On a échappé au pire”

Quant aux “miliciens bruns” aidés par la propagande du journal Les Nouvelles brunes et de Radio brune, l’analogie fait immédiatement référence à la Sturmabteilung et à un régime à l’idéologie totalitaire. Tout ce qui ne correspond pas à la norme dont elle s’érige scientifiquement comme supérieure aux autres est éradiqué. Une façon subtile de rappeler l’Histoire pour ne (re)voir ces heures sombres. Cette projection est fictive mais elle aurait prit une dimension “contestataire”, explique Francis Azéma, si le FN avait gagné la dernière élection. Cette séquence aussi grave qu’irrationnelle du jeune couple fait susciter aux spectateurs une impression de “on a échappé au pire”.

Si on peut reprocher à certains passages —notamment en première partie— des dialogues tellement convenus qu’il est possible de deviner à l’avance les prochaines répliques, la troupe de bénévoles amateurs du Pavé réussit tout de même à convaincre le public. C’est sans compter sur la géniale interprétation de Francis Azéma qui réalise une performance juste. Il joue avec un naturel insolent un père aux réactions épidermiques mais pourtant sensible au “soleil”. Un spectacle à voir, tant pour les rires qu’il provoque que pour les questions qu’il suscite.

 

Les Primaires second tour, c’est jusqu’au 27 mai 2017 au théâtre du Pavé. Métro ligne B, station Saint-Agne. Tarifs ICI.

Rédigé par Kevin Figuier

Sur les Internet et sur papier.

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