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Les jeunes avec Marine Le Pen

À 22 ans, Lucas est partisan du Front National (FN) depuis plusieurs années. Aujourd’hui, il se consacre à ses études, mais revendique son vote extrême droite. Maxime, quant à lui, a 20 ans et son vote FN est un cheminement traditionnel et familial. Rencontre.

Bien qu’ils assument leur vote, Lucas et Maxime ont refusé de montrer leur visage – Sid-Ahmed Sid-Aissa / Aparté.com

 

Lucas et Maxime sont tous les deux étudiants en Histoire à l’Université Toulouse Jean Jaurès. Dimanche, ils vont voter pour Marine Le Pen. Ils nous expliquent pourquoi.

Aparté.com : En tant que jeunes, qu’est-ce qui vous attire dans le vote FN ?

Lucas : L’espoir d’une identité française. La France est en proie au mondialisme. L’identité nationale est la seule barrière naturelle pour préserver la culture française. Le mondialisme c’est l’aplatissement des cultures des nations dans le monde et le centralisme du pouvoir autour des États-Unis. Et moi je suis pour la diversité des cultures.

Maxime : Moi, c’est plus pour la sécurité, la question des frontières est une nécessité.

Lucas : Je suis d’accord avec Maxime, les idées du FN me plaisent pour contrer la délinquance au quotidien. Le terrorisme, ça n’arrive pas tous les jours, par contre la délinquance on en parle pas trop parce qu’on est habitués. J’ai habité dans la cité Montanou, à Agen, et je sais comment ça fonctionne. Les peines de prison, c’est un gros problème. La prison n’est pas une fin en soi, il y a beaucoup de libertés pour certains.

 

« En France, on est bien en prison », Lucas.

 

Aparté.com : Est-ce que vous assumez votre vote FN ?

Lucas : Je ne m’en cacherai jamais sauf si je me sens en danger et que je sens une animosité.

Maxime : Oui sauf quand je ne peux pas le justifier car je ne suis pas 100 % d’accord  avec Marine Le Pen. Dans des discussions de bistrot, je ne le dis pas parce qu’on a une réputation étrange de racistes alors qu’on est plus nuancés.

 

Aparté.com : Êtes-vous racistes ?

Maxime : Non, enfin ça dépend ce qu’on entend par raciste. Je suis contre la haine des autres. Par contre si c’est juste pour justifier les différences entre les « ethnies », alors oui.

Lucas : Aujourd’hui il y a une espèce de séparation en deux de la société, les racistes et les non-racistes.

 

« Je suis ethno-différentialiste », Lucas.

 

Aparté.com : Quelle dynamique connaît le FN à Toulouse ?

Maxime : La fac du Mirail est ancrée à gauche et même à l’extrême gauche, donc c’est vrai qu’il y a une faiblesse de l’idéologie du FN dans ce milieu-là. En général, il n’y a pas trop d’activisme du FN en Province. Pourtant, je trouve qu’il y a une augmentation des gens qui tendent vers cette idéologie, sur les questions identitaires.

Lucas : Ici (ndlr, à l’université Jean-Jaurès), les gens ne disent pas qu’ils votent FN mais dans les idées on perçoit une possibilité de leur part pour ce vote. On sent une dynamique.

 

Aparté.com : À Toulouse, qu’est-ce que Marine Le Pen peut changer ?

Maxime : On vote Marine le Pen pour un niveau national, on veut qu’elle change la vie partout en France, pas qu’à Toulouse.

 

« Si Marine Le Pen est élue, dans la vie de tous les jours ça sera plus facile de s’afficher Front National », Maxime.

 

Lucas : Pour moi, il y a un problème de peur. Dans les transports en commun, sur la ligne A du métro, les personnes âgées sont inquiètes. Avant d’arriver à la fac on traverse des quartiers difficiles comme Bagatelle. La population issue de l’immigration fait peur. Au-delà d’instaurer un climat de méfiance, j’aimerais que le vote FN serve à faire prendre conscience aux gens qui ne se côtoient pas qu’ils ne doivent pas avoir peur. Je pense que la communauté maghrébine doit faire le premier pas. Souvent, ce sont les jeunes qui font peur. Les jeunes doivent se plier aux exigences des anciens pour dire qu’ils ne sont pas dangereux.

 

Aparté.com : Marine Le Pen se dit proche du peuple, qu’est-ce que ça veut dire pour vous ?

Maxime : Ça veut dire qu’elle est proche de tous les peuples. Elle parle à la France périphérique, oubliée par les politiques du pouvoir, les banlieues, les campagnes, les gens qui se sentent déclassés.

Lucas : Ils le disent tous, je ne vois pas comment on peut être proche du peuple en ayant été parlementaire toute sa vie. C’est un argument très démagogique. En vrai, on ne peut pas être à sa place et être proche du peuple.

 

Aparté.com : Marine Le Pen se dit très croyante. Pour vous, c’est important la religion ?

Maxime : La France est de culture catholique donc il ne faut pas l’oublier, même si l’athéisme prend de la place. Je suis athée, mais il y a des choses à faire pour la préservation de la communauté catholique.

Lucas : Elle le dit du point de vue personnelle, elle ne veut pas forcément que les gens soient croyants. Je suis agnostique, j’ai été croyant et baptisé. C’est important la religion car elle peut être structurante pour la société, mais ce n’est pas le sujet le plus important.

 

Aparté.com : Alors, pourquoi ne pas voter François Fillon ?

Lucas : Il a été le premier ministre de Sarkozy pendant cinq ans, c’est le point numéro 1. Ensuite, il fait partie du paysage politique français depuis 30 ans. On a son bilan : entrée de migrants, évolution de la dette française, les résultats ne sont pas là. Le vote Fillon est un vote de classe, celui des  bourgeois de la haute classe française.

Maxime : Il est pro-catho, pro-France, pro-Poutine, ça le rapproche du FN, mais le clivage avec Marine Le Pen est très clair. Idéologiquement, ils sont différents. Et la question identitaire n’est pas assez importante chez Fillon.

 

Aparté.com : D’après les sondages, Emmanuel Macron est en tête des intentions de vote devant Marine Le Pen, qu’est-ce que vous pensez de lui ?

Lucas : C’est l’antipode parfait du FN. C’est le candidat du système. Je ne dis pas que Marine ne l’est pas. C’est une question subtile, Macron est plus du système, question de nuances.

 

Aparté.com : À son extrême opposé, on peut penser à Jean-Luc Mélenchon, qu’en pensez-vous ?

Lucas : C’est un très bon homme politique. Il tient des propos de qualité sur la forme. En revanche, quand on voit son parcours politique, il se dit anti-système, mais il a été au PS comme sénateur. Il est de gauche de manière économique et sociétale. Il veut la France avec des frontières ouvertes, il veut plus d’immigration.

 

« Mélenchon a dit qu’il ne pouvait pas vivre entouré de blonds aux yeux bleus, c’est un vrai raciste lui pour le coup », Lucas.

 

Maxime : Son programme rend optimiste, mais il est là depuis longtemps, qu’est-ce qu’il peut apporter ? Ce qui me dérange c’est son positionnement sur l’Europe. Je m’en détache car il dit qu’il pourra sortir de l’UE. C’est pour appâter les foules de dire qu’on sort de l’Europe, comme Marine Le Pen.

 

Aparté.com : Qu’est-ce que vous pensez de Jean-Marie Le Pen ?

Lucas : Lui, il est du peuple. La base est qu’il vient d’un milieu modeste. Il est sorti du parti parce que beaucoup de gens ne l’aiment pas trop, il a compris que ça pouvait entacher le FN même si ça a blessé son ego. Dans ma famille, certains le regrettent, c’est une nostalgie des vieux adhérents plutôt qu’un dégoût particulier pour la politique de Marine Le Pen.

Maxime : Moi, je préfère le père car il est atypique, il sait ce qu’est le peuple. Il vient d’un milieu relativement modeste. Il est d’un certain âge, et il a une très grande culture.

 

Aparté.com : Pour finir, 3 mots positifs et 3 mots de regrets au sujet de Marine Le Pen.

Lucas : Concise, charismatique, compétente pour les mots positifs. Tensions dans le parti et mauvaise communication pour les regrets.

Maxime : Ténacité, alternance et sécurité. Mes regrets sont sur l’Europe, car je pense que c’est un mensonge de campagne et une mauvaise communication.

Propos recueillis par Sid-Ahmed Sid-Aissa

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