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Les jeunes derrière Mélenchon

Simon, 24 ans, est secrétaire départemental du Parti de Gauche. Antoine, lui a 19 ans, il planifie et coordonne les groupes étudiants. Ils sont tous les deux membres du Parti de Gauche et militants de la France Insoumise (FI).  Ils nous expliquent le pourquoi et le comment du militantisme version FI.

 

Meeting de Mélenchon à la Prairie des filtres, dimanche 16 avril – Aparté.com

 

Rencontrés à la table d’un bar, ils sont souriants et confiants. C’était le 30 mars dernier, il faisait beau, grand soleil, et Mélenchon dépassait Hamon pour frôler les 20% d’intention de vote. Les deux militants ont foi en l’avenir, ils parlent de « dynamique », d’« adhésion forte au mouvement » et envisagent un second tour avec le candidat de la FI. Ils veulent porter un projet, un programme, leurs idées et ce jusqu’au bout. Finalement, être militant, c’est simplement y croire ?

 

Propos recueillis par Brice Bacquet et François Cellier le 30 mars 2017

 

Aparté.com : Quand vous êtes vous engagés en tant que militant et pourquoi ?


Simon : À la fin de la campagne de 2012, j’ai commencé à me rapprocher du Parti de Gauche. C’est à ce moment là qu’une grande génération de militants a émergé et on rejoint plusieurs partis plus ou moins liés au Front de Gauche. 2012 a structuré ce qui est en train de se passer maintenant. J’ai été séduit par le programme et la personnalité de Mélenchon. Je me suis engagé en 2013, et depuis je milite pendant les élections et d’autres actions locales. Je n’avais pas vraiment d’attentes spécifiques au début. Je voulais militer, et j’ai donc rejoint par curiosité. Je me suis reconnu dans ce programme écologique et économique.

Antoine :  Pour moi aussi, c’était en 2012, j’avais quatorze ans et j’étais en Troisième. J’ai suivi la campagne de loin à travers les différents débats qu’il pouvait y avoir. J’ai commencé à m’intéresser au programme de la gauche et du Front de Gauche. On était obligés de s’intéresser aux candidats et au programme. La personnalité de Mélenchon et son programme m’avaient bien parlé  à l’époque. Il y a trois ans, j’ai décidé de m’engager au Parti de Gauche.

« Quand on adhère à un parti politique, on a vraiment l’impression de contribuer au changement », Antoine.

 

Aparté.com : C’est quoi être militant ?

Simon : Plusieurs formes de militantisme se retrouvent dans la FI. On aura des mecs qui ne vont utiliser qu’Internet pour faire des live tweets quand Jean-Luc passe à la télé ou diffuser du contenu sur les réseaux sociaux. D’autres seront là pour tracter essentiellement ou assisteront simplement aux réunions publiques. Chacun prend l’initiative de faire les choses, malgré la coordination au sein des groupes. Par exemple, un des éléments amusants du premier débat, c’est le tweet d’un compte intitulé « Mélanchon » avec A qui est arrivé en top. Ça prouve bien que les choses prennent petit à petit et que ce n’est pas forcément à l’intérieur de la sphère militante.

Antoine : C’est l’idée d’engagement. Quand on adhère à un parti politique, on a vraiment l’impression de contribuer au changement et de porter nos propres idées, de faire bouger les choses. C’est pas une chose facile d’adhérer à un parti. Quand on est jeunes, c’est un peu l’aventure, mais le mouvement donne un certain cadre, t’explique un peu mieux les choses. Il y a des formations pour acquérir une base de réflexion assez large et développer ses propres connaissances. Avec FI, c’est très ouvert, n’importe quel citoyen volontaire peut venir. Il n’y a pas de cotisations à payer, de formulaire à remplir, etc. Chacun peut venir et les groupes d’appui sont là pour intégrer ces nouvelles recrues.

 

Concrètement, vous y faîtes quoi ?

Antoine :  Je coordonne avec plusieurs personnes les groupes d’initiative étudiante. On essaie de s’implanter dans toutes les facs. L’an dernier pendant la mobilisation anti-Loi Travail, les jeunes étaient vraiment mobilisés et conscients des problèmes. Il était important de créer une branche jeune au sein de la FI, et notamment sur Toulouse. Il y a une structure assez libre, chacun mène les actions qu’il veut. On essaie de coordonner le tout. On fait des réunions publiques, du militantisme de base, coller, afficher, tracter. On essaie de remobiliser la conscience politique dans les universités en organisant des débats par exemple. On a créé un syndicat alternatif étudiant pour changer de l’intérieur le système. On se bat pour toutes les luttes locales comme la fusion des universités. Nous sommes des étudiants toulousains, donc on porte la voix de la France insoumise auprès de ces populations-là.

Simon : Je suis dans la coordination des actions de la FI sur Toulouse. Je suis plus sur de l’activité militante pure : tractage et affichage. Je participe aussi à l’organisation des réunions publiques, comme celle de Liêm Hoang-Ngoc [ndlr Conférence à l’université Jean-Jaurès en février]. En gros, on milite.

 

Quel est le retour des électeurs pendant vos actions ?

Simon : Depuis 2012, il y a une plus forte adhésion. Ça s’explique par le contexte national. On le constate avec un Parti socialiste à 10 % dans les sondages. Une partie du PS est partie sur une politique totalement libérale, qui est prête à gouverner, comme c’est le cas en Allemagne, avec la droite. Il y a une restructuration de la gauche autour de la FI, et une autre plus libérale se forme autour de Macron. Je pense que le PS est en train d’imploser. Il y a une assez forte demande de la jeunesse pour l’émergence d’une nouvelle offre politique. On a des assez bons retours en général. On sent que Jean-Luc est moins rejeté qu’en 2012, il y aune forte adhésion autour de sa personne et du programme qu’il porte.

Antoine : Par rapport à 2012, il y a une plus forte dynamique parce que notre objectif était différent. L’autre gauche, pas celle du PS, était éparpillée entre plusieurs petits candidats qui ne parvenaient pas à faire quelque chose de grand. Les gens étaient donc moins enclins à rejoindre la dynamique. Aujourd’hui, on est un mouvement plus citoyen, plus ouvert. On essaie de reconstruire le peuple. C’est pour ça que l’adhésion est plus large et que la dynamique est plus grande. On apparaît aussi en continuité avec nos idées. Là, cela fait un an qu’on essaie de construire l’Avenir en commun, de se mobiliser un peu partout en France. Avec la tension actuelle, on veut créer une dynamique positive. Cette dynamique est captée dans les universités et les établissements scolaires. Les gens s’intéressent de plus en plus à notre programme, et ils acceptent de nous parler aussi.

« On sent que Jean-Luc est moins rejeté qu’en 2012, il y aune forte adhésion autour de sa personne et du programme qu’il porte », Simon.

 

Qui sont ces intéressés ? Plutôt les jeunes électeurs ?

Antoine : Les militants des partis du Front de Gauche viennent nous rejoindre et adhèrent au programme. Ils forment une forte base électorale en accord avec la vision d’avenir que propose Jean-Luc. Après, ce sont plus des gens qui n’ont jamais adhéré à un parti qui rejoignent nos troupes plutôt que des militants de longue date. Depuis qu’on a lancé le mouvement France insoumise, on a 320 000 jeunes qui nous soutiennent, ce ne sont pas vraiment des adhérents.

Simon : On est un parti de jeunes. Ils n’adhèrent pas forcément au Parti de gauche ou à FI. C’est un mouvement assez ouvert, des membres d’autres organisations politiques nous rejoignent. Ce sont des gens qui viennent nous soutenir pour la campagne, qui viennent militer. Plusieurs ont adhéré par la suite au Parti de Gauche. On voit aussi qu’il y a une mobilisation d’anciens élus. C’est un des éléments de la restructuration de la gauche. Dans notre département, plusieurs personnalités dont Patrick Jimena (EE LV), sont derrière FI.

 

Est-ce que cette dynamique traduit un rejet des partis traditionnels ?

Antoine : On part du principe que dans 15 ou 20 ans, les partis seront dépassés par les choses et qu’il n’y aura plus de parti de masse. On essaie de recréer une structure à partir de cela, de retrouver une force politique qui ne soit pas dans les partis. Les Insoumis, c’est un mouvement avec militants, mais sans parti.

Simon : C’est un renouvellement des pratiques politiques, mais ce n’est pas une fin des partis. On fait avec ce qui marche bien.

Internet modifie-t-il vos pratiques militantes ?

Simon : Internet a un certain poids sur la campagne. De plus en plus de personnes récupèrent les éléments de campagne sur les réseaux sociaux. Il y a une forte présence de plusieurs mouvements politiques sur internet, et nous, on est en pointe là-dessus. En même temps, les meetings de Jean-Luc Mélenchon font presque toujours salle comble, on est souvent obligés d’installer des écrans à l’extérieur pour retranscrire le débat. Il y a toujours les anciennes pratiques militantes classiques, porte-à-porte, réunion de campagne, etc.

Antoine :  Les autres partis nous imitent aussi. Par exemple, l’idée de faire une chaîne YouTube a été reprise par Florian Filipot du FN. Benoit Hamon a essayé de refaire la même chose. On arrive à recréer des pratiques militantes ou de communications qui fonctionnent et qui se développent sur les réseaux sociaux. Je pense que la campagne de 2017 se passe énormément sur les réseaux sociaux. Il ne faut pas dénigrer la puissance politique des jeunes, ils vont regarder une vidéo sur YouTube, la partager, la montrer à leurs parents et à leur entourage. Il faut penser aussi à l’après 2017, si on veut que nos idées continuent de peser sur le champ politique, ce sera par les jeunes. Après 2017, ils vont porter notre programme et nos idées.

« Les Insoumis, c’est un mouvement avec militants, mais sans parti », Antoine.

 

Justement, après 2017, quel est l’avenir de la France insoumise ?

Simon : Ce sont des choses qui se régleront selon les rapports de force. On espère que notre candidat soit au second tour. Pour les législatives, ça dépend de qui sera président, ce n’est pas la même chose si Le Pen ou Fillon arrive en tête au lieu de Jean-Luc. On veut restructurer la Gauche, on a vocation à être une des forces majeures de l’opposition à l’Assemblée.

Antoine : Notre objectif n’est pas être dans l’opposition, mais de gagner la campagne. On y va pour gagner.

 

/ / / 60 000 à 70 000 personnes se sont retrouvées dimanche 16 avril pour le meeting de Jean-Luc Mélenchon à la Prairie des filtres. À découvrir ici.

 

Quel est pour vous le point le plus important du programme ?

Antoine : Tous les points sont importants. La 6ème République est le point central. Notre programme ne peut s’appliquer sans le passage à une nouvelle république. C’est un nouveau système politique pour faire changer vraiment les choses.

Simon : Tout est important. Il y a la question économique, la question sociale et la question écologique. Tout est lié. Le point central de notre programme, c’est la volonté de rupture avec la 5ème République à bout de souffle. D’autres éléments sont importants, comme la règle verte dans la Constitution.

« On veut restructurer la Gauche, on a vocation à être une des forces majeures de l’opposition à l’Assemblée », Simon.

 

Maintenant, la question qui fâche, que pensez-vous de l’alliance impossible avec Hamon ?

Antoine : Il y a une vrai divergence programmatique. On n’était pas prêt à tronquer des éléments de notre programme contre d’éventuels postes aux législatives. En particulier, la question européenne, il y avait pas mal de divergences. L’écologie aussi, on avait des points de désaccord. De manière générale, il y a pas mal de points communs qui se retrouvent dans les deux programmes, mais aucun accord ne s’est fait en terme sur ça. Les gens ont en marre des magouilles, des combines politiciennes, etc. Nous, on est clair dans notre ligne politique. Aller droit et continuer nos opinions politiques.

Simon : On n’est pas pour les accords d’appareil, c’est-à-dire de s’allier en échange d’un certain nombre de circonscriptions. Ça a écœuré pas mal de gens de la politique.

 

Qu’attendez-vous du 16 avril à la Prairie des filtres ?

Simon : On table sur 20 à 30 000 personnes. Le meeting de Toulouse sera un des derniers, donc sa vocation est d’être assez beau et grand. Ça dépendra de la météo. Un pique-nique, c’est sympathique et convivial s’il fait beau. On avait déjà fait ça le 28 août pour sa rentrée politique, et ça c’est bien passé. [Finalement il fera beau et 70000 personnes assisteront au meeting selon les organisateurs, ndlr]

Antoine : C’est un bon moyen de convaincre le pique-nique. On est en petit comité, les gens peuvent parler entre eux. C’est plus ouvert qu’un meeting classique. Ça résume bien l’idée de la FI.

Rédigé par Brice Bacquet

Rédacteur en chef de cette année - Société, culture, politique et internets

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