Accueil >> Société >> Dans les bureaux >> Les jeunes derrière Hamon

Les jeunes derrière Hamon

Mardi 4 avril. C’est juste avant le débat présidentiel à 11 candidats que nous rencontrons Julien, 23 ans, et Pierrick, 24 ans. Tous les deux s’investissent pour la première fois en politique car ils ont été convaincus par le programme du candidat socialiste Benoit Hamon.

Meeting de Benoit Hamon au Zénith de Toulouse le 18 avril 2017 — © Kevin Figuier / Aparté.com

 

 

C’est autour d’un verre de vin que l’on retrouve les deux jeunes militants socialistes. Chemises blanches et vestes, les militants de la Haute-Garonne se sont mis sur leur 31 : ils iront ensuite suivre le débat des 11 candidats à la Fédération du Parti socialiste, rue Lancefoc à Toulouse.

Julien a 23 ans. Il a effectué des études en géographie à l’Université de Toulouse — Jean Jaurès (“Le Mirail”), qu’il souhaite reprendre l’année prochaine afin de terminer sa licence. Il a “envie de changer les choses” et rejoint la campagne des Primaires citoyennes afin de soutenir Benoit Hamon. En Haute-Garonne il n’y a alors que “4 ou 5 jeunes” socialistes à militer pour le candidat frondeur. En janvier 2017, il rejoint le Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS).

Pierrick, 24 ans, s’est associé à son ami Julien après les Primaires de la Gauche afin de supporter le candidat Benoit Hamon. Il n’est pas encore encarté, mais pense rejoindre le PS très prochainement. Tous deux opèrent autour de la candidate socialiste aux législatives sur la circonscription de la sous-préfecture de Muret (7e circonscription de la Haute-Garonne).

Aparté.com : Quel est votre rôle au sein des MJS ?

Pierrick : Notre rôle ça va surtout être du collage…

Julien : Voilà, collage, affiches, tractage, porte à porte… Je représente notre candidate aux législatives au sein des MJS, et quand elle ne peut pas se déplacer comme ce soir à la Fédération. On essaie de se développer à la fac du Mirail, on pose un stand, on met de la musique, on se chante l’Internationale et on va à l’encontre des jeunes ! On essaie de faire quelque chose qui dédiabolise un peu le monde politique, à notre échelle, et c’est aussi le choix de Benoit Hamon : une politique plus proche, un peu plus “normale”, mais pas comme le “candidat normal” que François Hollande a prétendu être.

“C’est Benoit Hamon qui a créé le MJS, il est vraiment le candidat des jeunes et ça se voit lors des meetings”

Et tu sens dans tes activités qu’il y a une défiance des gens par rapport à la politique, quand vous faites du tractage ?

Pierrick : Ça va être “la gauche on en a marre, déjà 5 ans, il faut passer à autre chose”, c’est ce que les gens nous dise.

Julien : François Hollande s’était fait élire en prétendant combattre la finance, et il ne l’a pas fait, il a fait une politique sociale-libérale. Le socialisme et le libéralisme, ce sont 2 contraires, c’est comme être climatosceptique et écologiste, ce n’est pas possible : soit tu es socialiste, soit tu es libéral. Emmanuel Macron il est libéral ; Benoit Hamon, il est socialiste ! Les gens ont été déçus de la politique sociale-libérale donc quand ils voient que Benoit Hamon a le logo du Parti socialiste en bas de tous ses tracts, dans le coin de toutes ses affiches,  ils se disent “tous les mêmes, tous pourris”.

Pierrick : Après les gens nous parlent beaucoup de Benoit Hamon par rapport au revenu universel. À chaque fois on nous sort : “infinançable”, “ça sert à quoi ?!”, “ça ne sert à rien, les gens ne vont plus travailler, ça va être des feignants”, après on essaie de les convaincre.

“Les gens ont été déçus de la politique sociale-libérale menée par François Hollande”

Qu’est ce qui vous a poussé à vous engager ?

Julien : Je ne vais pas mentir, celui qui me représentait le mieux avant, c’était Jean-Luc Mélenchon. Sauf que sa politique un peu trop extrême, eurosceptique… Chercher du soutien auprès de Vladimir Poutine, défendre Bachar Al Assad, et sa petite chemise grise qui rappelle Mao Zedong, ce sont des choses que je ne cautionne pas. Maintenant qu’il y a Benoit Hamon qui représente le Parti socialiste, et qui a des idées vraiment de gauche… Il n’y a pas un grand fossé entre Jean-Luc Mélenchon et Benoit Hamon, mais je pense que ce dernier serait plus démocrate que Jean-Luc Mélenchon.

Quand tu as commencé la campagne des primaires, il n’était pas du tout favori dans les sondages. Y croyais-tu dès le début ?

Julien : Je n’ai jamais baissé les bras. Je suis très bon pour remotiver les troupes, y a pas de soucis. Il ne faut jamais baisser les bras. Les sondages, encore une fois, mettaient Benoit Hamon en troisième ou quatrième homme, mais il y avait quand même une dynamique qui se construisait. Au sein du Parti socialiste, les ténors, les militants de longue date restent souvent fidèles au Premier Ministre et au Premier secrétaire du PS, sauf que les citoyens, ce n’est pas ce qu’il veulent. Lors des primaires, le PS a retrouvé une dynamique vers la gauche grâce aux citoyens qui n’étaient pas encartés. C’est vrai qu’il y a toute une restructuration en ce moment, mais c’est les citoyens qui n’étaient pas encartés qui permettent cette dynamique.

À propos de ça, tu ne penses pas que ces citoyens, non-encartés au PS, qui ont voté à gauche…

Julien : Je vois venir la question : vont voter Mélenchon ? Moi je n’aimerais pas, je préférerais que ce soit Benoit qui devienne Président…

Pierrick : C’était quand même pour certaines idées qui ne vont pas forcément se retrouver chez Mélenchon qu’ils ont voté pour Benoit. Ils devraient quand même rester sur le vote Benoit Hamon.

Julien : C’est sûr, il y en a eu des gens qui votent pour Jean-Luc Mélenchon qui se sont déplacés aux primaires. Les gens qui se reconnaissent dans les valeurs de socialisme, d’écologie, sont venus sans forcément savoir pour qui ils allaient voter aux Présidentielles. La dynamique avec Jean-Luc Mélenchon, est forgée grâce aux sondages. Benoit Hamon n’était pas donné vainqueur à la primaire, François Fillon non plus, Donald Trump n’était pas donné vainqueur à la Présidentielle aux États-Unis. J’en croise des gens qui sont à fond derrière Benoit Hamon, des gens auxquels je n’aurais jamais pensé ! Après c’est vrai qu’il y en a beaucoup chez Jean-Luc Mélenchon. Ces gens sont marqués de l’idéologie socialiste, et ont voulu montrer leur ras-le-bol du Parti socialiste qui n’était plus socialiste, mais qui était devenu social-libéral. Mais Benoit Hamon permet de remettre à sa place le PS.

“Je ne vais pas te cacher que si Mélenchon arrive au deuxième tour, même si je préférerais que ce soit Benoit, je serai content”

Et qu’est-ce que tu penses de toutes les défections qu’il y a eu vers Emmanuel Macron ? Quelle ambiance règne en ce moment au sein du Parti socialiste ?

Julien : Manuel Valls, Jean-Marie Le Guen, Jean-Yves Le Drian, on peut les citer, et bien d’autres…

Pierrick : Ils ont perdu leurs valeurs de gauche, tout simplement !

Julien : Ils n’ont pas respecté leur engagement, en tout cas pour Manuel Valls. Il y a une dame qui a porté plainte contre Manuel Valls parce qu’il n’avait pas respecté sa déclaration sur l’honneur de soutenir le candidat vainqueur des Primaires citoyennes. Je trouve qu’elle a eu raison.

Est-ce que vous vous attendiez à la défection de Manuel Valls ?

Julien : Manuel Valls faisait déjà au gouvernement, une politique libérale légère. Emmanuel Macron propose un libéralisme total, ils se retrouvent bien.

Ne pensez-vous pas que ça sera un poids pour Emmanuel Macron d’avoir Valls comme soutien ?

Julien : Un boulet ! Et on est contents aussi de nous débarrasser de ce boulet ! Il n’avait qu’à respecter ses engagements ! Mais on reste très très unis. Localement, les militants, les élus, qui étaient vallsistes, montebourgeois aux Primaires, se sont bien accordés sur la candidature de Benoit Hamon.

Est-ce que la cible principale désormais, c’est Macron ?

Julien : La cible principale : Marine Le Pen. Parce que chez Marine Le Pen, ce n’est pas de l’électorat de droite qui s’y retrouve, c’est l’électorat de personnes que se sentent abandonnées, dont beaucoup votaient auparavant à gauche.

Du coup l’électorat de Macron c’est de l’électorat de droite ?

Julien : Selon moi, c’est l’électorat social-libéral, qui n’existe pas. Certains étaient au PS mais prônaient le libéralisme, donc je ne sais pas pourquoi ils étaient au PS. Ensuite l’électorat sarkozyste, juppéiste, du Modem, les médias et les stars… Quand je vois Renaud qui soutient Emmanuel Macron… Dans les médias on ment tellement sur le fait qu’Emmanuel Macron est le seul qui peut vaincre Marine Le Pen, je n’y crois pas. Si Benoit Hamon arrive au second tour face à Marine Le Pen, c’est Benoit Hamon qui sera président, ou même François Fillon qui nous a pourtant volé !

Pierrick : Fillon au second tour, je n’y crois pas.

Et que penses-tu du fait que Hollande n’ait toujours pas donné son soutien à Hamon ?

Julien : Je pense que François Hollande est un très bon Président depuis qu’il n’est plus candidat. Il remplit sont rôle de président de la Ve République, qui est d’être arbitre de la politique, tel que le Général de Gaulle l’avait souhaité dans la Constitution de 1958. Bernard Cazeneuve fait très bien son travail on ne va pas lui en demander plus, ni moins. Même s’il est vrai qu’il continue une politique dans laquelle on ne voit pas de changement.

Pierrick : Je pense que s’il ne prend pas position avant la fin de son mandat il aura rempli le contrat.

“Je pense que François Hollande est un très bon Président depuis qu’il n’est plus candidat”

J’ai vu un sondage ce matin comme quoi 78% des électeurs de gauche seraient favorables à une alliance entre Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon. C’est vrai qu’il y a une forte similitudes dans les programmes, une volonté de changer de République, un appui fort sur l’écologie, la reconnaissance du vote blanc… Quelles sont les grosses différences selon vous entre les programmes, qui font que vous soutenez l’un plutôt que l’autre ?

Julien : À Jean-Luc Mélenchon, je reproche le fait de ne pas admettre cette raréfaction du travail qui apparait petit-à-petit. Encore la semaine dernière, j’ai vu que Latécoère, basé à Toulouse, ferme son site et le déplace vers un atelier qui est à Coulommiers et il y a environ 150 postes qui disparaissent pour être remplacés par des automates. Je pense que c’est un bien que les machines remplacent les hommes : moins de travail ça emmène une meilleure santé, une meilleure espérance de vie. Jean-Luc Mélenchon ne veut pas admettre cette raréfaction du travail.

Pierrick : Toujours sur le travail : hier, Christiane [Taubira, en meeting à Saint Gaudens] a parlé de la reconnaissance du durcissement du travail. Il faut prendre plus de temps pour soi, mettre en avant…

Julien : Que la vie ce n’est pas que le travail ! Ce revenu universel te permettrait de travailler un jour de moins dans la semaine, de gagner plus que ce que tu gagnes en 35h actuellement, et tu gagnes un jour de libre ! Tu pourrais gaspiller ton temps dans la vie associative, l’éducation de tes enfants, t’occuper d’un membre de ta famille qui est devenu dépendant, faire du sport… Les gens se déplacent, cherchent à se renseigner, participent à la vie citoyenne. Bon Jean-Luc Mélenchon parle du travail, mais il parle un peu du revenu universel comme Manuel Valls de “société farniente”.

“Jean-Luc Mélenchon ne veut pas admettre cette raréfaction du travail”

Je me souviens pourtant qu’il avait qualifié l’idée de Benoit Hamon de “brillante”.

Julien : Et pourtant il ne la défend pas. Il faut être utopiste ! Il faut réclamer beaucoup pour avoir un peu !

Si je récapitule, le point du programme de Benoit Hamon qui a fait la différence, qui vous a convaincu, c’est le revenu universel ?

Julien : La démocratie aussi : 49.3 citoyen, vote blanc.

Pierrick : Moi je me suis investi pour Hamon surtout au niveau de l’écologie.

Tu étais pour Europe Écologie – Les Verts au départ ?

Pierrick : Au départ je suis quelqu’un de très terre-à-terre, je vis avec l’écologie, c’est très important, je n’ai pas envie de donner une terre empoisonnée à mes enfants. C’est surtout pour ça que j’ai rejoint Hamon.

Julien : C’est vrai que l’écologisme se marie mieux avec le socialisme plutôt qu’avec le libéralisme. Tu ne peux pas être hyper productif avec une société qui pollue…

Pierrick : En tant qu’écologiste, Jadot n’aurait pas pu rejoindre Macron, ou même Mélenchon…

Et pourtant De Rugy l’a fait !

Julien : Daniel Cohn-Bendit aussi ! Pourtant Macron n’a presque aucun programme concernant l’écologie, il ne veut pas la sortie du diesel. En même temps le financement de sa campagne est basé sur du lobbyisme pétrolier. Il ne va pas défendre la sortie du diesel !

Pierrick : Ni du nucléaire !

À propos du débat de ce soir, quelles sont vos attentes ? 15 minutes de paroles par candidat c’est faible non ?

Pierrick : Surtout que Benoit Hamon revienne au combat, comme il l’a fait pendant la Primaire, et qu’il montre vraiment qu’il est le président que l’on attend tous.

Julien : Déjà faire comprendre qu’Emmanuel Macron n’est pas de gauche. Faire comprendre que le Front National n’est pas de gauche. Le FN propose un programme avec énormément de social, mais avec beaucoup de haine derrière. Si tu lisais le programme de Marine Le Pen tu serais totalement pour : retour de la retraite à 60 ans… Le problème c’est qu’à la fin de chaque ligne, il y a marqué “réservé aux français”. Il est où l’Universalisme ? Il faut faire comprendre à cet électorat qui est dans la galère, parfois dès le début du mois, qu’il n’est pas abandonné par le Parti socialiste, que Benoit Hamon compte se battre pour eux, et que ça ne sert à rien de tourner cette haine vers les immigrés. C’est contre les grands oligarques financiers qu’il faut se battre, pas contre les immigrés, ce sont nos frères !

Pierrick : Le début de la haine c’est la peur, et après vient la guerre. Et là on revient dans des années noires. On a déjà vu ce que l’extrême droite donnait au pouvoir.

Julien : Il faut que Benoit Hamon fasse comprendre que même s’il est du même parti politique que François Hollande, il ne fera pas la même politique. Bien faire comprendre que Benoit Hamon ne continuera pas la même politique que le Parti socialiste sous François Hollande et Manuel Valls.

“C’est contre les grands oligarques financiers qu’il faut se battre, pas contre les immigrés, ce sont nos frères !”

Il devra quand même composer avec des ministres qui ont été dans les précédents gouvernements…

Julien : Mais qui sont partis assez tôt ! Je ne m’avance pas, je ne suis pas Benoit Hamon, je n’ai pas le mérite de connaître toutes les petites subtilités. Je pense que Christiane Taubira fera partie de l’équipe, mais elle a démissionné assez rapidement, elle n’a pas suivi la ligne politique portée par Manuel Valls et Myriam El Khomri… Pareil pour Montebourg. Donc il faut se reconstruire avec cette aile gauche du PS.

Vous ne sentez pas le PS au bord de l’implosion ?

Julien : Le parti est en train de se reconstruire autour d’une aile de gauche. Mais clairement on ne sait pas ce qui va se passer, on est pas au courant.

Au niveau de la dynamique, tu m’as dit tout à l’heure, “les sondages, ce n’est pas significatif”.

Julien : Je n’y prête pas attention.

Pierrick : Les sondages en 2002 donnaient Jospin président !

Julien : Comment des sondages peuvent être objectifs alors que c’est les copains d’Emmanuel Macron qui dirigent les médias ? Et même clairement, François Fillon vous le voyez toujours en troisième homme malgré le Pénélope gate ? Je vois une dynamique assez forte chez Jean-Luc Mélenchon…

Rédigé par François Cellier

Flâneur — Origami master — Rédac' chef bis — Chez Aparté.com depuis septembre 2013.

Attendez, (A)partez pas si vite !

[OpenData] Haute-Garonne: Pour tout savoir des législatives

Les 11 et 17 juin 2017, les électeurs en France métropolitaine voteront (ou s’abstiendront) pour …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *