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TEMPS DE LECTURE : 6 MINUTESEn Aparté avec Scratch Bandits Crew

Le vendredi 19 et le jeudi 20 avril, les Scratch Bandits Crew ont déposé leurs platines au Bikini en première partie de Chinese Man. L’occasion de leur glisser quelques questions. Supa-Jay et Syr, les deux acolytes derrière le groupe, reviennent sur leur carrière, leur musique et la musique.

 

Syr & Supa-Jay – Idhir Baha Aparté.com

 

Aparté.com : Depuis vos débuts, votre formation a bien évolué. Aujourd’hui, vous n’êtes plus que deux sur scène, alors qu’auparavant votre groupe était un quatuor. Qu’est-ce qui vous a poussé à de tels changements ?

Scratch Bandits Crew : Comme tu le dis, on a commencé à quatre. Ce qu’on faisait à la base, le scratch, ça consistait à substituer une platine à un instrument. Si on voulait un truc qui ressemblait à de la batterie, une personne devait s’en charger. Il fallait un scratcheur par instrument qu’on voulait imiter. Ça se passait comme ça jusqu’au début des années 2000. Petit à petit, il est devenu possible de faire de plus en plus de choses différentes à la fois sur une même platine. On n’était plus obligés d’être à quatre. En plus, on a eu envie de faire de la musique autrement. C’est pour ça qu’on s’est mis à deux. Par contre, on a multiplié les feats et les enregistrements d’instrumentistes. Paradoxalement, notre dernier disque fait en duo [Stereo 7, ndlr] est celui qui implique le plus de personnes.

 

Aparté.com : Comment est-ce que vous pensez le fait de faire de la musique électronique à plusieurs ?

Scratch Bandits Crew : Le délire DJ, à la base, c’est vraiment un truc solo. On a monté ce groupe-là parce qu’on voulait vraiment faire les choses à plusieurs. C’était un peu comme si on était un groupe traditionnel. En quinze ans d’aventures, on a ressenti à différents moments le besoin de changer notre formation.

 

« Être un groupe à géométrie variable nous a permis de ne jamais s’enfermer »

 

Dans votre nom de groupe, on comprend qu’il y a quelque chose entre vous et le détournement de sons. Pourtant, comme vous le disiez à l’instant, vous vous êtes mis à collaborer avec des instrumentistes pour créer votre propre banque de son. Où est-ce que vous en êtes vis-à-vis de ces deux pratiques, aujourd’hui ?

Quand on a commencé, on ne faisait de la musique qu’à partir de celle d’autres personnes, qu’on trouvait sur des vinyles. Cette technique-là, c’est le sampling. Ensuite, les ordinateurs ont ouvert un immense panel des possibles. On pouvait enregistrer ce qu’on voulait très rapidement, et le scratcher immédiatement. C’est pour ça qu’on s’est mis à créer nos propres sons. Aujourd’hui, on fait la synthèse de ces deux disciplines. On ne se fixe aucune limite vis-à-vis de ça. Le but est de toujours se rafraîchir.

 

Ce champ des possibles, a enrichi votre musique. Lorsqu’on vous écoute, on sent des tas d’influences et de couleurs différentes. Est-ce que cette diversité musicale est une réponse au repli sur soi que connaît la société aujourd’hui ?

Ce n’est pas forcément ce qu’on cherche initialement. On n’est pas dans cette démarche-là. Malgré tout, quand tu montes un groupe, c’est aussi pour faire des tas de rencontres. Alors, dans ce sens là, peut-être. Notre démarche à nous, c’est de se servir du fait que la platine n’ait pas de sons et qu’elle puisse en produire des milliards.

Rencontre – Idhir Baha, Aparté.com

 

La question de l’engagement dans les musiques électroniques semble absente. Il n’y a pas forcément cette démarche explicite que l’on peut trouver dans d’autres styles. Malgré ça, est-ce que vous considérez qu’il y a dans votre façon de faire de la musique un certain engagement ?

Oui, il y en a sans doute un. Mais il change d’année en année. Quand on a commencé, on ne voulait pas travailler avec des MCs car on trouvait que c’était trop rassurant pour les gens d’entendre des paroles. À l’époque, c’était un engagement. Aujourd’hui, plus du tout. Tout le monde s’est habitué aux musiques électroniques sans paroles. Le temps passe, et on essaye toujours de rester sincère et de réfléchir quand on crée. Là, il y a un vrai engagement émotionnel. Rester à l’affût des nouvelles tendances musicales, réussir à s’en inspirer tout en conservant l’identité musicale qui est notre marque de fabrique.

 

« Le problème de l’électro aujourd’hui, c’est que tout se mélange, et qu’on perd toutes les singularités »

 

Du coup, faire de la musique aujourd’hui a-t-il le même sens qu’à vos débuts ?

En 2002, ce qu’on faisait n’était pas reconnu comme étant de la musique. On était obligés d’expliquer ce qu’était le scratch et pourquoi est-ce que c’était de la musique. Aujourd’hui, y a plus besoin de faire ça. Les gens le savent. À l’époque, pour pouvoir jouer dans des salles de concert, et pas dans des discothèques, on a dû développer une scénographie et un jeu graphique derrière nous. Forcément, tout ça a bien changé. On vient du scratch et des DJ sets, et on aime beaucoup bosser avec des instrumentistes, en particulier ceux qui font du jazz. On ne s’interdit rien, et on ne se gêne pas pour jongler avec tout ça. Ce soir, on sera seul derrière nos platines et on fera une espèce de retour aux sources en faisant un DJ set.

 

Entre le live et le DJ set, qu’est-ce qui change vis-à-vis du public ?

De fait, le rapport avec lui change. En live, on a une scénographie et un univers vidéo, donc c’est plus long et immersif. Les énergies véhiculées varient beaucoup. Sur les DJ Set, on cherche à faire des choses plus dynamiques. Ce qu’il se passe aussi, c’est que les deux formats ont tendance à se mélanger. Instrumentistes et DJ se sont beaucoup rapprochés et même mélangés. Aujourd’hui, presque tout le monde joue avec les deux.

Vous pouvez nous en dire plus sur le regard que vous jetez sur ce monde musical dans lequel aujourd’hui se côtoient musiques électroniques et instrumentales ?

On essaye de rester ouverts aux nouveautés, pour nourrir notre inspiration. On ne veut pas subir les nouvelles tendances. Tout en évitant de se renier et de faire la girouette en surfant sur les modes. Ça, c’est un travail de longue haleine, mais c’est important de se remettre en question tout en essayant de conserver une certaine identité. Après, ça nous arrive quand même de trouver des nouveaux trucs vraiment pourris. Ça peut arriver à tout le monde de se sentir déboussolé par les nouvelles façons de faire et de ne plus rien y comprendre.

 

« Il faut considérer tous les courants musicaux comme des richesses »

 

Pour le monde musical de demain, est-ce que vous auriez quelque chose de particulier à souhaiter ?

Les nouvelles générations n’ont jamais les codes des précédentes. Elles n’ont donc pas les mécanismes et les blocages qui vont avec. Elles feront inévitablement bouger les lignes. Et ensuite, il y aura d’autres générations qui viendront. En fait, ça fonctionne par phases. La seule chose qu’on souhaite, c’est que ce flux là ne s’arrête pas. Que le mouvement perdure pour toujours. Et ça, on est persuadés que ce sera le cas.

 

Propos recueillis par Julie Perrot et Valentin Chomienne.

Article rédigé par Valentin Chomienne

Rédacteur en chef culturel.
Autodidacte de l’écriture, amateur sans bornes de musiques, aimant à bonnes ondes sociétales : avec le moins de préjugés possibles, l’objectif rêvé est de se battre pour l’ouverture des cœurs et des esprits.

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