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En Aparté avec Giedré… la fille qui fait des chansons rigolotes avec des trucs pas rigolos

Pour clore en beauté le Pink Paradize Festival, Giedré partageait la scène du Bikini avec Gérard Baste, au soir du 31 Mars. L’occasion pour nous d’échanger avec la plus incisive des chanteuses françaises.

Photo prise par Solenn Bos

Aparté.com : Salut Giedré ! Cela te dérange si on enregistre l’interview ?

Giedré : Bien sûr que non ! De toutes façons, je nierai mes propos. Je dirai que c’est pas ma voix. [Tout le monde se marre. Le décor est planté.]

Canal Sud : Ce soir, tu joues avec Gérard Baste. T’as quelque chose à dire sur lui ?

Giedré : Haha oui, enfin… je joue sur la même scène que lui. Je ne fais pas ces backing vocals. On ne s’est encore jamais rencontrés mais c’est une très bonne idée de plateau !

C.S : Ah, d’accord.

Giedré : Par contre ma réponse n’a pas l’air de te satisfaire. Je peux répondre autre chose. Tu veux que je dise le contraire ? Peut-être que tu seras plus content.

À nouveau, tout le monde se marre. Le journaliste de Canal Sud reprend la parole.

C.S : En quoi les anus du public toulousain sont-ils plus accueillants que les autres ? [Le public de ses concerts a l’habitude de faire des anus avec ses mains, au lieu de faire des cœurs, ndlr]

Giedré : Quand j’étais jeune, Toulouse est une des premières villes dans laquelle je suis venue jouer. Mon tourneur habite là, du coup je suis fortement attachée à la Ville rose. Comme les gens ici mangent beaucoup de saucisses, ils ont des problèmes de transit et ont des anus très résistants pour faire face à tout cela.

« Les anus de Toulouse sont vaillants », Giedré

C.S : Pourtant, tu es allée sortir un album au Japon. Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

Giedré : C’était marrant. J’y ai fait des concerts, comme ça arrive parfois aux personnes qui acceptent de jouer dans des festivals sans électricité et dans la boue. À un des concerts, un monsieur japonais qui gère un label indépendant est venu. Il voulait sortir mon album au Japon. Je lui ai dit qu’il fallait surtout pas faire ça sinon il allait faire faillite. Mais il a beaucoup insisté et avec le temps j’ai accepté. On a même tourné le clip de la chanson « On fait tous caca » en japonais. On ne pouvait pas faire ça pour une autre, c’est elle la plus universelle.

Version japonaise de « On fait tous caca » de Giedré

 

C.S : Tellement universelle qu’elle résonne même dans la période électorale dans laquelle nous sommes. Parmi tous les candidats, qui chie le plus gros caca par la bouche [La diarrhée verbale est le sujet de « Tire la chasse stp« , ndlr] ?

Giedré : Je pense qu’il y a un petit concours qui est difficile à départager. Bien sûr, il y a ceux qui sont évidents… mais en fait, ils sont tous un peu dans le game.

A : On parlait de ta tournée au Japon tout à l’heure. Est-ce que cela te tenterait un de ces jours d’aller voir les anus du public lituanien ?

Giedré : C’est délicat, en vrai. C’est mon pays et j’y retourne tout le temps. C’est comme ma maison. Mais, c’est une culture vraiment très différente. En France, vous avez un grand héritage de cette expression satirique, avec le bouffon du roi, le caricaturiste, ou encore Coluche. En Lituanie, il y a eu l’occupation pendant très longtemps, et là, il n’y avait pas de liberté d’expression. Pas de satire donc. Alors, c’est des gens qui auront beaucoup de mal à parler comme je le fais.

« Peut-être qu’ils me traiteraient de sorcière », Giedré

A : Ce regard te fait-il peur ?

Giedré : Non, pas vraiment. J’ai pas peur de grand chose dans la vie. Mais j’aime pas forcer les gens. Ça ne m’amuse pas de mettre mal à l’aise les gens. Je trouve ça bien plus rigolo quand tout le monde est d’accord. Après, là, je parle en leur nom. Si ça se trouve, ça se passerait très bien.

Photo prise par Raymond Le Menn

 

A : Est-ce que ça t’arrive de te sentir enfermée dans ce rôle satirique dont tu parles ?

Giedré : Les gens peuvent t’enfermer quelque part. Mais, il tient qu’à toi de lutter contre ça. Si un jour tu en as marre, ce qui n’est pas mon cas, tu peux arrêter. Il ne faut pas faire les choses en ayant peur de ne plus être aimée. Pour l’instant, j’ai jamais ressentie ça. Si ça devait arriver, je préférerais être honnête devant trois personnes que faire semblant devant 100 000. C’est un vrai travail sur soi de pas se laisser enfermer.

« Si un jour je veux faire du rap en finlandais, et bien il faudra que je me laisse cette liberté là », Giedré

A : Souvent, on éloigne ton expression satirique de la musique engagée. D’ailleurs dans certains de tes textes, tu te payes la tête de ceux qui s’engagent explicitement. Qu’est-ce que tu as à dire à ce propos ?

Giedré : Ce mot-là, il est galvaudé depuis que Yannick Noah est un chanteur engagé. Effectivement, j’ai du mal à me reconnaître là-dedans. Je ne sais pas à quel moment l’engagement est devenu de la démagogie. Moi, j’ai pas envie d’être Zaz.

A : Oublions ce mot-là [engagement, ndlr]. Penses-tu porter des messages ou des idées à travers tes morceaux ?

Giedré : Les miennes. Je n’ai pas forcément la prétention de les porter mais en tout cas je les dis et elles n’engagent que moi. Qui suis-je pour savoir mieux que les autres ? Après, si ça parle à des gens, c’est très chouette. Mais c’est comme dans une conversation normale. Ça peut devenir dangereux de monter sur scène en étant convaincu d’avoir raison. Ça peut vite devenir une secte. Souvent, j’ai des amis qui me disent que mes concerts ça y ressemblent vachement et que ça fait super flipper. Il faut se protéger de toutes ces notions-là sinon on ne peut pas rester naturel.

A : Tu auto-produis tes albums. Cette démarche rentre-t-elle en écho avec cette envie de rester naturelle ?

Giedré : Pour le coup, c’est un véritable engagement. C’est un choix politique de rester indépendante et de faire les choses soi-même. Créer son chemin plutôt que suivre la grande autoroute avec tous les péages. Tout va de pair. Tous ces gens qui écrivent des chansons sur le partage qui ne payent pas leurs impôts, c’est pas cohérent.

Photo prise par Solenn Bos

A : Et donc, de quel œil vois-tu le paysage musical d’aujourd’hui ?

Giedré : Il n’y a peut-être pas assez de connexions. Par exemple, ce qui est dommage c’est qu’il n’y ait pas de ponts entre Fun Radio et des choses plus indépendantes. Ça fait comme si c’était deux mondes. La venue de Grégoire, c’était génial pour ça. Ça avait vachement plus de sens que si ça avait été Didier Super.

« Ce qui est dommage c’est qu’il n’y ait, par exemple, pas de pont entre Fun Radio et des choses plus indépendantes », Giedré

À part ça, je trouve que tout va bien. Tellement de gens font plein de trucs, chez eux seuls, dans leur grenier. Il y a de tout, mais c’est comme ça.

CS : Comment as-tu soudoyé Grégoire pour qu’il chante avec toi à l’Olympia ?

Giedré ft. Grégoire à l’Olympia

 

Giedré : On connaît tous son penchant pour la drogue et les putes. Pour lui rendre honneur, il a accepté de gaîté de cœur. Je garderai toute ma vie ce SMS de Grégoire me disant :

« Giedré, je serais ravi de faire caca avec toi à l’Olympia »

Et ça, ça me donne beaucoup de foi en l’humanité. Voilà, même des gens étiquetés comme lui, si tu leur en donne l’occasion, peuvent avoir du second degré et ne pas se prendre au sérieux.

A : Dans ce désir d’ouverture des champs musicaux, as-tu un prochain projet en tête ?

Giedré : Bien sûr, je prépare toujours la suite. La tournée finit à la fin de l’été, et donc j’ai gribouillé ce qui va venir après. Du coup, quand l’occasion se présente, je la saisis. Là, j’ai fais un morceau avec un groupe de rap qui s’appelle Cadavre Exquis, et c’est hyper cool.

A : Si tu pouvais faire un vœu pour changer quelque chose dans le paysage musical futur, qu’est-ce que ce serait ?

Giedré : Je ferais en sorte qu’il y ait moins de cloisonnements, moins de compartiments. Moins de « ah ouai, ça c’est underground », « ça c’est pop W9 », « ça c’est festival associatif ».

A : Et donc, pour finir, comment présenterais-tu Giedré à quelqu’un qui ne la connaît pas, et sans la compartimenter ?

Giedré : Je dirais :

« mais tu sais, c’est la fille, elle fait des chansons rigolotes sur des trucs pas rigolos ».

// Pour suivre les autres dates de la tournante de Giedré, c’est ici

Interview réalisée en collaboration avec Canal Sud.

 

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