Accueil >> Culture >> Critiques >> [Cinéma] Le Concours : Reflet de notre société ?

[Cinéma] Le Concours : Reflet de notre société ?

Le dernier film-documentaire de Claire Simon nous plonge au cœur du concours d’entrée de La Fémis, l’école nationale supérieure des métiers de l’image et du son de Paris. De l’arrivée des candidats à la délibération des jurés, immersion entre rêves et désillusions.

→ Critik’express

 

Les raisons pour laquelle il faut aller voir le film :

– Pour entrevoir le fonctionnement et les rouages d’entrée de La Fémis

– Pour se questionner sur la place de la sélection dans notre société

– Pour rire des candidats stressés tout en étant confortablement installé

– Pour apercevoir Vincent Dedienne en marinière (véridique)

Les raisons pour laquelle il ne faut pas aller voir le film :

– Parce que ce n’est pas bien de jalouser ceux qui réussissent

– Parce que le stress ambiant ça rappelle un peu les partiels qui approchent…

L’anecdote qui te fera passer pour un cinéphile :

Le tournage du documentaire a engendré plus de 170 heures de rushes. Et encore, plusieurs départements (comme le montage ou le décor) et certains candidats n’ont pas accepté d’être filmés !

 

Le 27 février dernier, l’ABC projetait Le Concours de Claire Simon en présence du producteur du film, Arnaud Dommerc. La salle de cinéma comble, en majorité étudiante, est venue analyser le film, questionner le producteur et pour d’autres, préparer le concours de l’année prochaine.

L’établissement a de quoi faire fantasmer. Depuis son ouverture en 1986, des personnalités du cinéma français se sont succédées comme François Ozon, Emmanuelle Bercot ou encore Céline Sciamma. Pourtant les places feront peu d’élus. Seulement 60 places sont attribuées par an avec un taux d’admissibilité autour de 4%, un concours réputé sélectif. Les candidats devront, pour décrocher leur place, passer cinq épreuves réparties sur cinq mois.

 

L’attente devant le studio © 2015 Andolfi – Claire Simon

 

Le cinéma pour language commun

Arnaud Dommerc et Claire Simon se connaissent depuis plusieurs années. La réalisatrice qui tourne alors Le Bois dont les rêves sont faits (2016), propose à Arnaud Dommerc la production d’un nouveau documentaire qui lui tient à coeur. Directrice du département réalisation depuis 10 ans, elle veut quitter La Fémis pour en réaliser un film.

 

On ne savait pas si le film était financé et finançable mais il y avait dans ce risque là, selon moi, la vérité du film.

 

Arnaud Dommerc, réalisateur et producteur, n’a pas fait La Fémis ni d’études de cinéma.  Il a appris le métier en travaillant directement au sein d’équipes de tournage. Il est désormais professeur à Paris 8 et transmetteur de savoir (car il n’y a pas d’enseignants) à La Fémis. Il confie que pendant sa jeunesse, il déclarait que le cinema ne pouvait être appris. Pour lui, ce qui transparait dans le film c’est justement la désacralisation du cursus. L’idée qu’on peut faire des films sans avoir fait La Fémis, comme lui et Claire Simon.

 

Le réel comme décor

Claire Simon pose sa caméra et laisse le récit se dérouler. Sans aucune intervention de la réalisatrice ni regard à la caméra, l’immersion est totale à mi-chemin entre la réalité et la fiction tant les lignes classiques du documentaires sont brouillées.

Formellement, chaque étape du concours est filmée chronologiquement. Sur le même modèle que son précédent documentaire, Claire Simon multiplie les personnages sans jamais les isoler complètement : une mosaïque de candidats aspirants, reflet de la société. Cette façon de filmer ne laisse pas le temps de s’attacher aux candidats croisés mais bien de les comparer les uns aux autres, de pratiquer sa propre sélection.

 

Le second jury

Le jury de La Fémis est autant observé que les aspirants candidats. Constitué de professionnels du secteur du cinéma, ils ne pourront être juré qu’une seule fois pendant dix ans. Regroupés selon leurs métiers, ils ont pour délicate mission de choisir leurs héritiers. Implicitement ils projettent leur propre vision du métier sur les candidats, imaginant leur futur au sein de l’école, pratique jugée émouvante et critiquable pour Claire Simon.

Le public sous constante tension devient lui aussi critique, à l’égard des candidats mais aussi du jury. Inconsciemment il devient juré à son tour. Confortablement installé le spectateur se révèle parfois plus critiquable que le jury officiel lui-même. Les réactions face aux candidats résonnent et se succèdent dans la salle : rire, incompréhension, lamentation. Soupir général quand une jeune fille complètement déstabilisée reste muette face à la question “Quels sont les films qui vous inspirent ?”. Force est de constater que la sélection, sujet phare du documentaire, nous pousse à l’exercer.

 

La force du documentaire réside dans son dépassement du classique pour devenir anthropologique. La sélection, cœur du film, est une pratique omniprésente dans notre société et ce documentaire nous permet de l’analyser. Homme, femme, étranger, cinéphile, extraverti, autodidacte, enragé… plusieurs facettes sociales et culturelles nous sont présentées. Mais au final, est-ce que cette diversité de départ est conservée à l’arrivée ?

 

“Le Concours” de Claire Simon, actuellement en salles

 

Prix du meilleur documentaire cinéma à la Biennale de Venise (2016)

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Rédigé par Estelle Bourlaud

Attendez, (A)partez pas si vite !

La belle Gérone et l’audacieuse Figueres

[LONG-FORMAT] — Quoi de mieux, après «les exam’» ou le boulot, que de partir en …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *