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TEMPS DE LECTURE : 5 MINUTESEn Aparté avec … Elsa, une femme trans énervée

Aux yeux de la population, la transsexualité est un sujet encore tabou, qui effraie voire révulse. Devenue socialement une femme il y a huit ans, Elsa est une femme transgenre. Elle milite avec radicalité pour faire évoluer la situation des trans dans la communauté LGBT qu’elle juge lente à agir.

Affiche d’Act-Up collector — Photo Kevin Figuier, Aparté.com

 

Ici à Aparté.com, on aime parler des minorités sexuelles. On avait déjà discuté de transsexualité avec Florence dans un (long) entretien publié en juillet 2013.  Un soir à trainer sur les Internets, je vois ce tweet:

Sur la bio du compte Twitter @Elle_sa_, Elsa se présente ainsi: « Meuf trans militante transféministe venere. Luttes LGBT/Queer, sexualités, VIH, rapports de genres, vecus traumatiques Cravache, mégaphone & Vie Trans précaire ».

Intéressant. Ce tweet mérite des explications et finalement un article. Je contacte donc Elsa et nous convenons rapidement d’un rendez-vous pour une interview.

Sous une pluie battante, je me rends dans la rue du colonel Driant à Toulouse. Je reconnais les lieux, il y a quelques années, j’ai rencontré un membre de l’association Droit au logement pour un documentaire radio consacré sur l’hébergement d’urgence. Je rencontre Elsa au rez-de-chaussée de ce bâtiment au style anonyme. J’avoue ne pas très bien maitriser le langage LGBT. Pour preuve, je ne savais pas dans quelle situation il fallait dire « femme transsexuelle » ou « homme transsexuel » pour une personne qui se considère comme transgenre. Pour résumer, « femme transsexuelle », c’est lorsqu’une personne vue comme homme décide de devenir socialement d’être une femme aux yeux du monde. Donc logiquement, « homme transsexuel », c’est une personne qui fait ce parcours pour être reconnue comme un homme.

 

De « il » à « elle »

Pour cet entretien, je cherche d’abord à savoir qui est Elsa. Elle a 29 ans. Animatrice depuis environ un an à Act-up, son boulot est de sensibiliser les personnes « en milieux festifs sur les questions de sexualités et de la consommation de produits psychoactifs ». En clair, de la drogue. Aux yeux de ses proches, cela fait huit ans qu’Elsa est une femme transgenre. Il y a huit ans, l’homme qui était « dans un placard calculé » a travaillé dans l’Éducation nationale comme professeur des écoles. Pas encore titulaire, elle doit passer un oral pour s’affranchir du statut de vacataire. C’est à cet entretien qu’il décide d’être officiellement elle pour le corps professoral. Les évaluateurs ne lui valideront jamais la titularisation: « Vous une personne déviante », se souvient encore Elsa. Tel un château de cartes, la vie de cette femme transgenre s’effondre. Précarité, rejet de la famille, tout y passe.

Pour Elsa, ce changement ne s’est « pas fait en un claquement de doigt, c’est une profonde réflexion sur plusieurs années ». Toujours selon elle, « le changement physique de l’appareil génital n’est pas une obligation ». Mais dès qu’on change, au yeux de la loi, et après un suivi psychologique et psychiatrique de deux années vous êtes officiellement une femme ou un homme sur votre nouvelle carte d’identité. D’ailleurs, Elsa « milite pour que le changement d’état civil se fasse de manière libre et gratuite sur simple demande en mairie ». Pour son cas personnel, Elsa « ne veut pas faire croire sur [sa] CNI qu[‘elle est] une femme depuis toujours ». Non, ce qu’elle veut c’est « qu’il reste une part de décalage dans [son] perçu et dans sa confrontation aux autres ». Une singularité délibérée où « l’immense de ses amies trans s’intègrent dans la masse après des années de violences afin de souffler ».

 

Pour la militante, les associations LGBT sont mainstream, principalement composées de « personnes cisgenre blanche et à la vie confortable ». Composées mais aussi « majoritairement menées par des hommes gays blancs cisgenre aisés » qui provoque « une invisibilisation et une non compréhension des objectifs politiques des populations LGBT minorisées ». Néanmoins, elle ne rejette pas les assos et ne « sont pas des ennemis politiques » mais Elsa estime qu’elles ne vont pas assez loin. Le combat que la toulousaine mène est « parallèle aux associations LGBT » au point qu’elle aime à se définir comme une militante « trans-pédé-bie-gouine ». Une formulation qui revêt une connotation « militante » qui est en fait une récupération des stigmates et insultes subis. Toujours pour Elsa, les assos LGBT mènent un « combat qui n’est pas le droit à la différence mais à celui du droit à être invisible ; elles donnent une bonne image, celle de la respectabilité ». Ce qui est « dramatique » pour la militante. Cette discrimination, qui ne dit pas son nom, reproduit une norme.

 

« Tu es en dehors de la norme alors je vais t’imposer une violence que je vais penser légitime car j’ai la société avec moi »

 

Selon l’ancienne professeure des écoles, « dans le monde LGBT les femmes trans —qui ont eu leur changement d’état-civil— correspondent bien à des femmes comme on attend d’elles. Elles sont invisibles, ne font pas de bruit. Ce sont des femmes comme les autres et sont d’ailleurs l’image attendue pour certaines ultra-féminines », constate avec lassitude Elsa. Si vous ne correspondez pas à une norme, vous êtes rejeté-e. Cette forme de marginalisation subie dans une minorité est une sorte de double-peine selon la militante. La vision du militantisme trans-pédé-queer-gouine, défendue par Elsa, s’inspire des « grands mouvements d’émancipation de liberté voire de révolution sexuelle à l’image du MLF ou du FAHR« .

Les personnes trans « galèrent pour survivre », tient à rappeler Elsa. Outre les difficultés d’insertion professionnelle, la violence physique et verbale est toujours présente. Insultes, mauvais regards, crachats, claques etc. Sur les huit dernières années, la militante est allée de nombreuses fois à l’hôpital et a été victime lors d’une rencontre d’un soir d’un « viol correctif » au motif qu’elle était un « monstre ». « Tu es en dehors de la norme alors je vais t’imposer une violence que je vais penser légitime car j’ai la société avec moi », analyse-t-elle avec recul. Dans une dernière anecdote, dont elle a été la victime, elle se souvient que dans une salle d’attente chez un médecin un couple hétéro avec un enfant dans le berceau a voulu amuser l’assemblée en fixant Elsa. « Avec un peu de chance, notre enfant ne sera pas comme ça ».

Article rédigé par Kevin Figuier

Sur les Internet et sur papier.

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